GE livre ses premiers véhicules aux Armées

Exemplaire à plus d’un titre, le marché d’externalisation du parc auto du ministère de la Défense remporté par GE Fleet Services prend forme avec la livraison des premiers véhicules au CAD de Maisons-Laffite.

- Magazine N°128
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C’est avec un mois d’avance sur le délai prévu , le 12 avril dernier, que GE Fleet Services a livré son premier lot de véhicules au Centre Automobile de la Défense (CAD) de Maisons-Laffite (78). Soit quatre mois seulement après la notification du marché. C’est un premier bataillon de Peugeot 107,207,307 break,807 et Partner qui vient d’arriver. Le CAD de Maisons-Laffite en accueillera désormais tous les mois pendant un an. Une trentaine de véhicules par livraison qui, pour la première fois, adoptent des plaques civiles au lieu des plaques militaires. C’est un véritable changement culturel pour l’armée française. Une petite révolution à la hauteur de ce marché unique en France et en Europe, autant par son volume que par son mode opératoire.

Des temps de «respiration»

Au total, ce sont en effet pas moins de 20 120 véhicules commerciaux (voir encadré page suivante), renouvelés sur une période de 14 mois, qui vont désormais être gérés par le loueur GE Fleet Services. Le marché, d’une valeur globale de 360 millions d’euros sur 6 ans, porte sur l’externalisation du financement des véhicules, de leur gestion et de la maintenance du parc. Concernant le financement, le ministère n’a pas choisi le front de la location longue durée, mais la location avec option d’achat. Une façon d’assurer ses arrières et de s’offrir une solution de repli. « « Nous avons opté pour la LOA. Ce qui nous permettra, le moment venu, de tirer les leçons de l’achat d’une prestation globale de cette taille sans s’interdire de revenir au système précédent si l’essai n’est pas concluant. Mais l’objectif est bien de ne plus être propriétaire de notre parc », précise Jean-baptiste Gillet, Directeur des affaires financières au Secrétariat Général de l’Administration des armées (SGA). Et d’ajouter : « Notre démarche est novatrice à plus d’un titre, la flexibilité que nous avons introduite dans le marché va nous permettre de modifier tel ou tel élément en fonction du retour d’expérience. Nous n’avons pas de position dogmatique. Cela vaut par exemple pour la prestation assurance qui ne fait pas partie du marché. Aujourd’hui, l’Etat est son propre assureur, mais on peut très bien imaginer que cette position évolue. Nous avons d’ailleurs décidé d’effectuer un suivi très précis de la sinistralité du parc, ce qui nous permettra de faire le point sur cet élément. » En pratique, le ministère de la Défense a introduit dans le marché des clauses dites de «respiration». Des clauses de rendez-vous ont par exemple été instituées pour ajuster la loi de roulage prévue au contrat (6 ans et 95 000 kms). Une première évaluation sera ainsi réalisée à l’issue de la première année de location, puis à l’issue des années 3 et 5. L’armée française s’est aussi accordée une certaine souplesse quant à l’évolution à la hausse où la baisse de son parc, dans une fourchette oscillant entre + 2 % et – 10 %. Cela étant, l’objectif poursuivi reste de rationaliser le parc. La mise en oeuvre de ce marché lui a d’ailleurs déjà permis de réduire de 6 % la flotte des véhicules légers. Ce sont ainsi quelque 1 300 véhicules qui ne seront pas remplacés.

Une prime à la performance

De son côté, GE Fleet Services est également intéressé à la diminution de ce parc. Cet élément figure en effet au chapitre des clauses d’incitations contractuelles à la performance prévues au marché. Le taux de disponibilité des véhicules, tout comme le coût des réparations seront aussi regardés de près par le ministère. « Ces clauses témoignent elles aussi de l’aspect novateur de ce marché, souligne Jean-Baptiste Gillet. Nous avons par exemple fixé une exigence de disponibilité minimale. Nous réajusterons ce seuil au bout de deux ans en le calquant sur le niveau de disponibilité effectivement constaté. Si le loueur est performant, il aura droit à un bonus, GE Fleet Services est donc directement intéressé au fait que les voitures soient réparés le plus vite. »

Cette «prime» à la performance a également son revers. L’indisponibilité du système informatique ou encore les éventuels retard de livraison entraîneront par exemple des pénalités. On comprend mieux l’enthousiasme de GE à annoncer la livraison anticipée des premiers véhicules de Maisons-Laffite… Quoi qu’il en soit, la réussite de ce marché passera de toute façon par une collaboration étroite entre les équipes du loueur et les correspondants locaux du ministère. Au total, ce sont pas moins de 50 personnes qui seront totalement affectés à ce dossier chez GE. De son côté, le ministère a redéployé les effectifs existants (3 230 agents étaient jusqu’alors mobilisés par la fonction automobile, soit 1 200 personnes en équivalent temps plein). Désormais, ce sont 400 civils qui assureront l’interface entre le loueur et les utilisateurs. Chacun de ces correspondants locaux aura la responsabilité d’une centaine de véhicules en moyenne. « Dans son offre, GE Fleet Services s’est engagé à nous accompagner dans la mise en place de cette démarche inédite pour le ministère », rappelle Françoise Gaudin, Administrateur civil et responsable du marché au sein du service des moyens généraux du SGA. Et de préciser : « Pour nous, il s’agit d’un vrai changement culturel. Il était donc primordial que le loueur nous aide à expliquer ce changement aux utilisateurs sur le terrain. Il intervient également dans la formation des correspondants locaux, notamment quant à l’utilisation des outils de gestion et de reporting fournis par GE. »

L’armée portugaise s’inspire du modèle français

Cette petite révolution ne restera pas longtemps un cas isolé. Au sein de l’Etat, d’autres ministères suivent en effet de près cette expérience. Selon Jean-Baptiste Gillet, certains ministères pourraient d’ailleurs se regrouper pour mettre en place ce type de procédures. Les collectivités locales et territoriales observent également cette démarche avec intérêt. Mais cette initiative résonne également au-delà de nos frontières.

« Ce marché suscite la curiosité chez nos voisins. Sa mise en œuvre a d’ailleurs récemment fait l’objet d’une réunion, animée par le Secrétaire Général des Armées auprès de ses homologues européens. Notre expérience a même été suivie par certains d’entre eux. C’est notamment le cas des armées portugaises qui viennent de s’engager à leur tour dans une procédure de dialogue compétitif pour externaliser la gestion de leur parc automobile », annonce Françoise Gaudin. On ne sait pas, cependant, quels seront ici les véhicules concernés. Pourquoi pas également les véhicules de fonction ? C’est en tout cas la démarche choisie également par l’armée française et qui porte sur un parc de 611 voitures.

« La procédure est en cours, confirme le Directeur des affaires financières du SGA. Mais pour l’instant, nous n’avons fixé aucune date butoir. » On en saura pas plus. Sur ce dossier, le secret défense n’est toujours pas levé !