Gérer le risque au meilleur coût

Gérer le risque au meilleur coût

En termes d’assurance, les clients cherchent un meilleur service au meilleur coût. D’où l’importance du rôle de conseiller et d’accompagnateur pour apporter une prestation de proximité et favoriser une politique de prévention. Les primes, en baisse sur ces dernières années, devraient enregistrer de légères hausses, sur un marché très compétitif.

- Magazine N°153
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Gérer le risque au meilleur coût

Le marché de l’assurance flottes, relativement stagnant, du fait de la réduction des effectifs et des parcs automobiles, regroupe des réalités très différentes, selon la taille de la flotte automobile, de quelques véhicules pour une PME jusqu’à plus de 40 000 véhicules pour de grands groupes internationaux.

Pour les petites sociétés ou les artisans, l’objectif est de couvrir la garantie de responsabilité civile circulation obligatoire (risques causés aux tiers) pour l’ensemble des effectifs susceptibles d’utiliser les véhicules de l’entreprise. Souvent, ils désirent également s’assurer de la disponibilité de véhicules des salariés utilisés à des fins professionnelles. Covéa Fleet, les Assurances du Crédit Mutuel (ACM), AXA, Aviva ou Sagena proposent des solutions pour ces petites flottes.

Dès que les parcs sont plus importants, les clients passent par un interlocuteur unique, le courtier, et la prestation s’oriente vers du « sur mesure ». Certes, certaines entreprises, souvent les plus petites, font appel à des loueurs longue durée. « Cette solution a cependant des contraintes. Lors d’un changement de loueur, l’entreprise conserve des voitures appartenant au précédant loueur et multiplie les interlocuteurs », explique Bruno Roux, directeur du département Flottes Automobiles du courtier en assurance Marsh France.

A la recherche du meilleur prix

« Le métier de courtier est un travail d’accompagnement et de gestion sur la durée, mais certains clients remettent désormais les contrats en cause chaque année. Cela peut être dû à un changement du management chez les clients : alors que le budget pouvait être géré par la direction juridique ou des assurances, plus sensible à la notion de services et de garanties, il est transféré de plus en plus entre les mains de la direction des achats, qui regarde avant tout la dernière ligne de la facture », indique Thierry Dubois, directeur du Développement Flottes Automobiles chez Diot.« Nous avons pourtant intérêt à travailler sur la durée avec nos clients afin d’analyser au mieux leur sinistralité et leur proposer des solutions personnalisées, notamment en termes de fréquence et de coût de leurs sinistres », explique pour sa part Simon Kay, responsable Souscription Automobile chez Axa Corporate Solutions.

Pour réduire la facture, « nous valorisons auprès des assureurs nos clients qui ont mis en place des opérations de prévention, nous misons sur la fidélité et nous proposons des montages fiscalement optimisés », souligne également Christophe Giraud, responsable du pôle d’expertise Assurances automobiles des flottes d’entreprises chez Aon.

L’optimisation fiscale au travers de l’auto-assurance partielle ou complète permet au client de ne pas assurer les dommages matériels pour ses propres véhicules et d’éviter les taxes fiscales sur cette garantie facultative. Souvent, le calcul se fait à partir d’un coût moyen annuel des sinistres, donc récurrent, et le client s’assure pour les dépassements. Chez Aon, environ 70 % des grands clients sont passés à l’auto-assurance. Cette optimisation fiscale « adaptée aux grandes entreprises », précise Simon Kay, peut aussi concerner une partie de la responsabilité civile (40 à 50 %) qui est une garantie obligatoire. La réduction de la facture peut être conséquente : une RC est taxée à 33,6 % en France, mais seulement à 5 % en Grande-Bretagne. « Il existe 2 solutions, soit la franchise, soit la conservation. Dans ce second cas, les premiers sinistres sont payés sur le fonds de conservation et la prime prend le relais. Le système de franchise par sinistre est en revanche plus vertueux car il encourage davantage les clients à gérer au mieux leur sinistralité », ajoute Simon Kay. Selon Christophe Giraud, « le passage à l’auto-assurance nécessite des analyses statistiques précises. Par des études actuarielles et des benchmark, le courtier doit accompagner son client. »

Au cœur du métier : le service

Mais assurer une flotte d’entreprise ne se réduit pas à des chiffres. « La plupart des clients transfèrent au courtier l’ensemble des actes liés à la gestion du risque auto, y compris la relation directe avec les collaborateurs pour la déclaration, le suivi des accidents et des réparations », explique Thierry Dubois. Les solutions intègrent aussi l’édition des cartes vertes, un reporting à la demande, la mise à disposition d’un véhicule de remplacement… Pour optimiser les coûts, « nous utilisons des réseaux organisés de réparateurs et d’expertise. La vidéo-expertise permet de limiter l’immobilisation du véhicule », indique Stéphane Houdelin, responsable Indemnisation Flottes de Marsh France.

Les courtiers peuvent aussi proposer une couverture pour les voitures particulières de leurs collaborateurs en «mission ». De fait, « les chefs d’entreprise ne perçoivent pas l’ensemble des risques comme ceux liés aux salariés qui utilisent leur propre voiture », précise Eric Lagarde, directeur Marketing et Développement de Covéa Fleet qui assure plus d’un million de véhicules d’entreprises par an. « La réactivité est très importante et nous vérifions régulièrement la satisfaction des clients au travers d’un baromètre », ajoute t-il. Une filiale du groupe propose également une garantie qui assure aux conducteurs imprudents un stage gratuit pour retrouver leurs précieux points liés au permis de conduire. Pour Thierry Dubois, « le courtier est avant tout un accompagnateur. Il doit mettre en place un service performant de proximité et s’adapter aux besoins différenciés des entreprises et à leur évolution. »

Cap sur la prévention et l’éco-conduite

Courtiers et assureurs proposent aussi des solutions pour réduire la sinistralité, ce qui a des effets positifs indirects sur l’absentéisme, les accidents du travail… « L’objectif est d’effectuer un reporting le plus détaillé possible, par exemple la sinistralité par conducteur, par type de sinistre, afin d’établir le meilleurs diagnostic », souligne Bruno Roux. « Nous proposons d’accompagner l’entreprise et ses collaborateurs par une communication interne adaptée, une sensibilisation au risque routier, ou encore des formations à la conduite. Nous pouvons aussi inciter l’entreprise à réduire le kilométrage parcouru grâce à une meilleure organisation en interne », explique Thierry Dubois. Les préconisations peuvent aller jusqu’à suggérer de ne pas laisser une voiture dans un parking d’aéroport pour éviter les vols.

Selon Bruno Roux, « le risque routier, première cause d’accidents mortels au travail, est multifactoriel.L’évaluation et les actions de prévention ne doivent plus concerner le seul conducteur mais également le matériel utilisé, l’environnement de conduite et l’organisation du travail. Ainsi, dans certaines entreprises, le conducteur est reçu par sa hiérarchie en cas d’accident, ce qui évite de banaliser l’événement. » De fait, « la fréquence de la sinistralité concernant les dommages matériels a baissé de 2 % en 2007 après un recul de 5 % en 2006. Les chiffres sont identiques pour la fréquence des dommages corporels », ajoute-t-il. Entre 1990 et 2007, le nombre de sinistres impliquant des accidents corporels est passé d’environ 124 000 à 81 000 sinistres.

Au-delà de la simple prévention, certains proposent des formations à l’éco-conduite. « Il s’agit de stages destinés aux conducteurs afin de leur permettre d’adopter une conduite moins consommatrice en carburant. Ce qui permet de réduire la facture ainsi que les émissions de CO2 », précise Christophe Giraud.

Cependant, si le nombre des sinistres baissent, « le coût par sinistre augmente. Un phénomène lié à l’inflation des coûts des réparations, de l’ordre de 4 à 5 % par an et à une augmentation du coût des sinistres corporels. Si le nombre de décès est à la baisse, les cas de blessures graves avec incapacité sont plutôt en hausse », indique Bruno Roux. Courtiers et assureurs notent des indemnisations nettement plus élevées que prévues pour des accidents survenus il y a quelques années et traités actuellement devant les tribunaux. « Les coûts liés aux dommages corporels ont augmenté de 70 % depuis 2001 », précise Eric Lagarde. « Le marché français de la flotte automobile a enregistré, en 1997, 33 sinistres avec des indemnisations en termes de dommages corporels supérieures à 750 000 €. En 2005, ce nombre est passé à 64 sinistres », ajoute Simon Kay. « On constate des différences d’indemnisation des dommages corporels d’une Cour d’appel à l’autre. Un des débats actuels concerne la mise en place d’une harmonisation nationale des indemnités corporelles. Le rapport Dintilhac a permis d’amorcer la réflexion », souligne Stéphane Houdelin.

Faire face à l’inflation des coûts

Côté réparations, la sophistication des matériaux et des voitures tirent les coûts à la hausse. Exemple marquant, selon Simon Kay : « la fréquence des sinistres pour bris de glace a diminué de 9 % sur les trois dernières années mais le coût par sinistre a augmenté de 17,7 % ! » Certains acteurs du marché s’interrogent également également sur l’impact de la nouvelle procédure sur les véhicules endommagés suite à un accident grave, parue par décret le 12 avril 2009 et appliquée depuis le 1er juin. « C’est une évolution majeure. Les experts ne se contenteront plus d’examiner, par exemple, le pare-choc endommagé, mais devront contrôler 31 critères de dangerosité et, si un des critères n’est pas positif, le véhicule pourra alors être immobilisé, ce qui augmentera les coûts et les délais », estime Christophe Giraud chez Aon.

Les courtiers s’attendent en conséquence à une légère hausse des primes d’assurance, après 5 à 6 années de baisse. « Nos primes ont reculé de 1 % en 2008, alors que l’inflation a augmenté de plus de 2 % », indique Eric Lagarde. Selon Christophe Giraud, « le jeu de la concurrence a permis de maintenir à la baisse les primes, mais les assureurs qui ont subi les effets de la crise financière doivent désormais être encore plus vigilants sur l’équilibre de leurs résultats techniques. »

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