Gestionnaires de flotte automobile : entre politique et réalité

Les responsables de flottes automobiles sont à l’interface des orientations prises par les collectivités et la réalité du marché. Une position «privilégiée» pour constater le décalage entre les politiques publiques et l’offre des constructeurs.

- Magazine N°138
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Manque de fil conducteur

Difficile de marier flottes automobiles des collectivités et préservation de l’environnement compte tenu de l’offre des constructeurs. Le décalage s’intensifie au fur et à mesure que la volonté des collectivités en matière d’environnement se fait plus forte mais il n’est pas nouveau. « Il y a un manque de persévérance des pouvoir publics dans le domaine automobile, poursuit le responsable de la flotte automobiles de Poitiers. Dans les années 80, la priorité était donnée au GPL, dans les années 90 à l’électrique, aujourd’hui au GNV. On passe d’une chose à l’autre sans fil conducteur. »

Pour les responsables de flotte, chacune de ces étapes a été l’occasion de nouvelles difficultés. Le GPL a posé des problèmes d’encombrement du réservoir mais surtout, les constructeurs semblent aujourd’hui s’en détourner au profit du GNV. « Un Kangoo GPL devait nous être livré fin novembre 2007 et on nous reporte la livraison de 15 jours en 15 jours » indique Laurent Einrick, Responsable du service voitures de Dijon. Et le GNV pose les mêmes problèmes d’encombrement que le GPL. Pour les véhicules affectés aux responsables d’ingénierie ou ceux des responsables des espaces verts, cet encombrement n’est pas préjudiciable à l’activité comme a pu le constater William Verlaguet, Responsable de la flotte clermontoise avec ses Citroën C3 équipées. Mais le même responsable souligne les limites de cet équipement sur « les fourgons de menuiserie ou de serrurerie en raison du besoin de place pour le matériel embarqué. »

En maintenance pendant 3 ou 4 mois

Or, l’une des principales responsabilités des gestionnaires de flotte reste « de trouver la bonne solution adaptée sans mettre en péril le fonctionnement du service » rappelle Christian Gardin à Lyon. Pas toujours facile avec des véhicules propres, mais peu performants. « Avec les véhicules électriques que l’on utilisait il y a une dizaine d’années, les utilisateurs n’arrivaient pas à revenir à la mairie. »

Et la difficulté d’utilisation des véhicules électriques s’accroît avec le manque de réactivité des concessionnaires pour leur entretien. « Ce sont des véhicules qui restent en maintenance pendant 3 ou 4 mois » constate-t-on à Dijon. Les concessionnaires ont tendance « à les laisser au fond de l’atelier, signale le responsable de la flotte de la mairie bisontine. Nous pourrions les réparer dans notre atelier intégré mais comme sur les véhicules électriques, les batteries sont louées, nous ne pouvons pas intervenir sur la batterie, ni sur le calculateur électronique qui gère la charge et la décharge. Systématiquement, nous sommes pénalisés sur les délais. » Quant à acheter les batteries pour régler cette question du service après-vente, « cela reviendrait à multiplier par deux le coût des véhicules. »

Pour pallier au manque de zèle des concessionnaires locaux, certaines mairies ont fait le choix de renforcer leur implication grâce aux appels d’offres. « La solution de facilité, c’est l’UGAP », admet William Verlaguet, la centrale d’achat public qui permet aux responsables de flotte de faire l’économie des procédures d’appels d’offres.

Mauvais calcul

Mais cette démarche d’acquisition n’est pas forcément appréciée par les concessionnaires locaux susceptibles de les prendre en charge pour l’entretien. « C’est un mauvais calcul de la part des concessionnaires de mal recevoir ces autos qui leur assurent pourtant un travail de maintenance », regrette Jean- Marc Borne, en charge du département achat de véhicules de l’UGAP.

Paradoxalement, l’ouverture des appels d’offres aux acteurs locaux n’est pas forcément récompensée. « Dans les appels d’offres locaux, nous avons du mal à obtenir des réponses. On est passé pendant deux ans par l’UGAP mais la mairie nous a demandé de revenir à des appels d’offres avec les locaux. Ça nous économise la phase de constitution de la mise en concurrence mais ça nous donne peu de gains de temps sur les délais d’acquisition. Les concessionnaires locaux ont tendance à nous dire qu’ils n’ont pas le temps, que les procédures sont trop complexes. Contre toute attente, les gens qui nous demandaient de participer aux appels d’offres n’y ont pas répondu » décrit-on à la mairie de Besançon. Devant l’ensemble des difficultés rencontrées, les responsables de flottes automobiles, le plus souvent responsables de l’ensemble des véhicules de la mairie, trouvent des solutions… sans voitures. Pour les déplacements du personnel de la mairie de Dijon, « 150 vélos ont été commandés. Avec les 110 que nous possédons déjà, ce sont au total un peu plus de 250 vélos disponibles pour les salariés municipaux. Au salon Ever de Monaco, qui s’est déroulé fin mars dernier dans la principauté, nous sommes allés voir les véhicules propres et nous nous sommes notamment intéressés aux vélos électriques », indique Laurent Einrick. Reste qu’un vélo ne remplacera jamais une fourgonnette…

Projets suivis avec attention

Vers quelles solutions s’orienter ? A Dijon, force est de constater que la solution des carburants bio n’offrait pas d’alternative aux véhicules classiques. « Nous devions renouveler notre station de carburant que nous voulions redimensionner pour le biocarburant. Or, il se trouve que l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) ne considère pas le véhicule bio comme un véhicule propre. Il semble pourtant que le diester a des rejets inférieurs à 20 % au gasoil et le bioethanol de 30 % », relève Laurent Einrick. De quoi alimenter le scepticisme sur la capacité de réponse aux politiques des collectivités. Mais si certains sont dubitatifs sur la capacité des constructeurs automobiles à offrir des solutions intéressantes pour leur flotte, d’autres veulent garder espoir. « Nous avons beaucoup d’échanges avec les constructeurs et je suis confiant, pointe le responsable de la flotte automobile parisienne. D’ici deux ans, nous aurons des nouveautés en matière de batteries, ainsi que dans les véhicules hybrides. »

A Lyon, le responsable de la flotte automobiles reste ouvert aux solutions proposées et multiplie les essais de véhicules qui pourraient répondre aux besoins de sa mairie. « On teste les véhicules comme le Newteon sur des petits porteurs comme le Piaggio Porter, le Gem, ou le Cleanova », indique le responsable du parc. « Aujourd’hui par exemple, on teste un Iveco Newteon hybride pour un atelier excentré. Il pourrait fonctionner en tout électrique en centre ville et rentrer ensuite de manière autonome. On essaye également des solutions sur des véhicules comme les Twingo ou les Smart. Tout est possible ou presque, mais en règle générale, les rapports prix au kilomètre restent très élevés. »

Attentif aux nouvelles propositions des constructeurs automobiles, les responsables de flottes le sont aussi aux appels d’offres qui pourraient faire bouger le marché. Plusieurs projets sont suivis attentivement : celui de la Poste par exemple, mais aussi ceux des communautés de communes. « Il y a un projet lancé sur le grand Lyon sur du tout électrique, explique le responsable de la flotte lyonnaise. On regarde cela de près. Si les gros appels d’offres pouvaient faire réagir les constructeurs en les poussant à innover toujours plus, ce serait bien ! »

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