Le Groupe Alainé a réussi son passage au ferroutage

En concluant en 2019 un partenariat public-privé avec le terminal ferroviaire de Mâcon pour développer deux lignes de ferroutage, le Groupe Alainé s’est créé une activité rail-route.
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Alainé
L’autoroute roulante Calais-Mâcon-Orbassano a emporté les premières remorques P400 d’Alainé lors de son inauguration.

C’est à l’initiative de Renaud Paulat que le Groupe Alainé s’est lancé en 2019 dans le transport par autoroute ferroviaire. « Plusieurs conditions étaient réunies, explique ce directeur général. La première : Viia, filiale de SNCF Logistics, s’intéressait au terminal ferroviaire de Mâcon. L’objectif était de le relier directement avec l’Espagne et le Royaume-Uni, en doublant ainsi celui de Lyon saturé ou pénalisé par des transbordements. La seconde : nous disposions de nombreux mouvements sur ces destinations. La troisième : l’autoroute ferroviaire Bettembourg-Mâcon-Le Boulou a accepté les remorques P400 de 2,40 m de large par 2,70 m de haut et 13,60 m de long, et de 44 t sur ses trains à compter de février 2019. »

Renaud Paulat, directeur général du Groupe Alainé

Viia a alors contacté Groupe Alainé. Un partenariat public-privé a été signé pour ouvrir deux lignes quotidiennes Mâcon-Calais (62) et Mâcon-Le Boulou (64). Le service a été lancé le 12 mars 2019. En deux ans, le multimodal est devenu une évidence pour Alainé avec 80 à 90 % des flux réalisés sur ces lignes et un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros par an.

260 remorques P400

Le groupe de transport s’est équipé en remorques P400 de 2,70 m de large par 2,40 m de haut 13,60 m de long. Cette P400 est conçue avec des essieux pendulaires compensant les mouvements du train et des châssis renforcés pour la manutention par Reach Stacker ou pont-roulant. Plus flexible que la caisse mobile pour les pré- et post-acheminements, la P400 est aussi plus rentable qu’une remorque routière.

« Les coûts de transport routier sont si bas qu’au tarif kilométrique, le multimodal est plus cher, souligne Renaud Paulat. Mais la P400 transporte 44 t sur la totalité de son trajet ferroviaire et routier, alors que le transport routier transfrontalier est limité à 40 t. De plus, la P400 est plus solide que les remorques routières et moins coûteuses en pneus, plaquettes de frein et réparations de bâches. Sa durée de vie atteint dix ans quand les remorques routières dépassent rarement sept ans. Enfin, si la ligne de ferroutage est fermée, la P400 peut circuler en tout-route. Nous avons investi 6 millions d’euros entre 2018 et aujourd’hui pour disposer de 260 P400 », expose Renaud Paulat.

Pour gérer les opérations rail-route, Alainé a constitué une équipe spécifique.

Une équipe pour le rail-route

Alainé a aussi constitué une nouvelle équipe. « Nous avons recruté un manager et six salariés qui se sont convertis au ferroutage, précise Renaud Paulat. Tous ont été formés à la gestion des sous-traitants qui, à destination, déchargent et rechargent les remorques. Ils doivent limiter les pré- et post-acheminements à un rayon de 200 km pour que le multimodal reste intéressant si la ligne s’étend sur moins de 100 km. Ils doivent aussi manager les conducteurs dans leurs tâches de chargement/déchargement et de livraison. Dans le ferroutage, c’est en effet la partie routière qui coûte le plus cher. Pour l’enlèvement ou la livraison à l’arrivée, ils recourent aux conducteurs étrangers non éligibles au cabotage. À partir de 2022, ce ne sera plus possible et nous devrons embaucher 60 conducteurs sur Mâcon et trouver une nouvelle organisation pour réaliser les pré- et post-acheminements à moindre coût », anticipe ce dirigeant.

À Mâcon, le chargement des P400 sur un train s’effectue avec des Reach Stacker, de gros engins mobiles de manutention disposant d’un bras de grue pour enserrer et déplacer la remorque.

Convaincre les clients

Il a aussi fallu convaincre les clients. « Nous avons mené un gros travail pédagogique pour expliquer aux chargeurs les avantages de l’autoroute ferroviaire, poursuit Renaud Paulat. Le poids transporté, la fluidité des opérations sur le réseau ferré secondaire, l’absence de contrainte de nos départs en soirée qui libèrent du temps pour les enlèvements et les livraisons et les économies de CO² les ont convaincus. Nous les avons aussi prévenus du surenchérissement du transport routier à partir de 2022 à cause du Paquet Mobilité et de la disparition progressive de la TICPE d’ici 2030. Cela nous a cependant amenés à orienter notre commercialisation vers les sociétés qui ont des flux importants en Europe comme Danone, Michelin et les industries chimiques ou automobiles. »

Alainé complétera son transport durable en réalisant les pré- et post-acheminements de ses remorques avec des tracteurs Iveco S-Way Natural Power au GNL ou au GNC.

Nouvelles lignes et camions au gaz

Et Alainé ne veut pas s’arrêter là. « Le rail-route soutient des activités connexes et nous voulons donc aller plus loin, conclut Renaud Paulat. Le bénéfice n’est pas encore là car il faut trois ans en rail-route pour y parvenir. Mais nous atteindrons l’équilibre sur certaines lignes cette année. Et nous allons lancer d’autres projets comme une ligne Mâcon-Bordeaux ou, via Bettembourg avec l’opérateur Cargo Beamer, des lignes vers Poznan, en Pologne, où il y a beaucoup de flux, et sur le port allemand de Ludwigshafen. Pour nos tractions, nous envisageons d’utiliser des tracteurs au gaz ou au biocarburant », conclut Renaud Paulat.