Le poids lourd à hydrogène n’est pas la priorité de l’Union Européenne

Pour inciter les chargeurs à financer la motorisation hydrogène des poids lourds, l’Union Européenne compte sur les États-membres, les industriels et l’Euro-vignette. Avec des ambitions pour l’instant limitées.
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Pour l’UE, les camions à hydrogène ne représenteront jamais que 20 % de la flotte de transport et ne circuleront que dans des corridors routiers traversant l’Europe, et matérialisés par un réseau de stations d’hydrogène.

Le transport routier de marchandises (TRM) longue distance et ses ambitions de motorisation hydrogène n’ont pas les faveurs de l’Union Européenne. En 2021, l’Union Européenne financera en effet 2,2 milliards d’euros sur les 5 milliards d’euros que totalisent 140 projets engagés par les collectivités européennes. Objectif : verdir le transport de voyageurs et le transport lourd de marchandises.

Mais sur ce montant, seuls 54 millions d’euros seront consacrés au transport routier. Et ils ne concerneront que trois programmes lancés par Paris, Barcelone et des villes italiennes pour l’acquisition de bus urbains roulant au gaz, à l’électricité ou à l’hydrogène, ainsi que de leurs infrastructures de recharge.

L’intermodalité primera sur l’hydrogène

Interrogée le 1er octobre lors d’un débat organisé par le média d’information Politico, Adina Valean, commissaire européenne au Transport, a justifié cette position. « Pour le TRM, nous pensons qu’il faut d’abord développer l’intermodalité en finançant le report du fret routier sur les trains, plutôt que le déploiement d’une nouvelle infrastructure », a souligné la commissaire.

« Par ailleurs, si nous attribuons des fonds à une hydrogénation massive du transport, ce sera parce que cette hydrogénation sera verte et que nous serons sûrs de son efficacité. Le projet européen de tests de camions à hydrogène H2Haul sert cet objectif. Nous vérifierons également que le marché ne finance pas de lui-même l’infrastructure avec la taxe carbone, ce qui éviterait à la communauté de payer, ou qu’une Euro-vignette ne constituerait pas la meilleure formule pour que les usagers contribuent au financement de la transition énergétique », a-t-elle poursuivi.

Adina Valean a néanmoins annoncé que l’UE attribuerait une aide de 1 million d’euros d’ici 2021 au secteur européen de l’hydrogène pour la construction de stations de recharge.

Union Européenne : des corridors dédiés à l’hydrogène

Une déclaration dont Artur Runge-Metzger, directeur à la direction générale climatique de la Commission Européenne, a précisé l’esprit : « L’hydrogène a un rôle à jouer. Mais nous ne soutiendrons son développement que là où il constituera un avantage et où il se combinera au gaz et à l’électricité pour être plus efficace. »

Ce que Mechthild Wörsdörfer, directrice du développement durable à l’Agence internationale de l’énergie, a appuyé : « La production d’hydrogène nécessite beaucoup d’énergie et génère donc du CO2. Pour baisser de 30 % les émissions de CO2 du transport routier lourd d’ici 2030, il faudra combiner l’usage du biogaz ou de l’électricité pour 80 % des véhicules de transport de fret européens, et l’usage d’hydrogène vert pour les 20 % de poids lourds qui circuleront dans des corridors routiers équipés en hydrogène. Un premier corridor reliant les pays scandinaves au sud de l’Europe de l’Ouest serait possible. »

Mais ce corridor ne se concrétisera que si « chaque pays construit son infrastructure énergétique et que les transporteurs et les chargeurs soutiennent la technologie en acquérant des véhicules à hydrogène », a conclu Ovarith Troeng, directeur de la mobilité verte chez Engie. À suivre.

Notre dernière brève sur l’hydrogène

L’article du Guide de la gestion des poids lourds 2021 sur les véhicules industriels verts