ITS Bordeaux 2015 – La voiture intelligente trace sa route

Des voitures autonomes sur route ouverte, des expérimentations d’infrastructures connectées grandeur nature, des débats rassemblant des centaines d’experts mondiaux : les systèmes de transports intelligents (ITS) n’ont jamais été autant à la fête qu’à Bordeaux début octobre, autour du thème « Vers une mobilité intelligente – un meilleur usage de l’espace ».

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ITS Bordeaux 2015 - La voiture intelligente trace sa route

Gains de temps, renforcement de la sécurité, accroissement de la productivité, diminution de la pollution : les transports intelligents ont toutes les vertus. L’alliance des technologies de l’information et de la connectivité avec les transports autorise en effet un nombre infini d’applications : transport multimodal optimisé, voitures autonomes, communication entre les utilisateurs pour optimiser le trafic et la sécurité, tout est possible. Mais avec une double question sous-jacente : comment faire passer les acteurs des transports intelligents d’un stade de développement à une phase de mise en place et, surtout, comment faire accepter ces solutions par le public ?

Des démonstrations autonomes grandeur nature

Pour Flottes Automobiles, nous nous sommes concentrés sur les nouveautés mises en avant lors de ces ITS, notamment en matière de voitures autonomes et de technologies qui favorisent leur évolution : infrastructures, moyens de communication, capteurs, etc. Alors que les abords des halles du palais des congrès de Bordeaux ont vu évoluer tranquillement, mais sûrement, des navettes automatiques entre autres de marque Navya, des démonstrations de véhicules autonomes et d’équipements de sécurité connectés ont lieu dans des espaces délimités pour certaines, sur route ouverte pour d’autres.

Dans la plupart des cas, ce sont des sociétés françaises qui ont montré leur savoir-faire, volontiers valorisé comme une alternative sans complexe aux fameuses Google Cars. Ces dernières n’étaient d’ailleurs pas présentes à Bordeaux et n’ont de fait jamais été montrées au public en Europe.

Commençons par une phase de conduite où l’autonomie devrait faire son apparition dans les premiers modèles commercialisés : les mouvements dans le cadre d’un parking. Pas seulement pour les manoeuvres, mais bel bien comme un véritable service de valet de parking : la voiture est laissée et récupérée à l’entrée du parking, elle part chercher une place toute seule et revient récupérer son propriétaire à la demande. Renault a ainsi montré des Fluence Z.E. pilotées à distance, capables d’éviter un obstacle apparu soudainement, de négocier un rond-point serré et enfin de venir tranquillement récupérer leur conducteur à un point de départ donné.

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Toujours chez les français, la marque Akka, spécialiste du conseil en ingénierie, a fait la démonstration d’un étrange modèle développé en collaboration avec Dassault Systèmes. Le Link & Go, c’est son nom, se veut un véhicule d’autopartage destiné à un usage strictement urbain. Il fonctionne comme une navette et peut prendre en charge des passagers de manière autonome.

Des constructeurs établis et de nouveaux entrants

En dehors de l’enceinte du congrès, sur route ouverte, l’un des démonstrateurs les plus spectaculaires était quant à lui signé Vedecom. De curieux véhicules où un oeil exercé a pu reconnaître une base de Renault Zoé. Institut travaillant sur le thème de la transition énergétique, Vedecom rassemble les constructeurs français PSA Peugeot Citroën et Renault, des équipementiers parmi les plus grands et des organismes de recherche et universitaires.

Deux véhicules Vedecom ont donc tourné sur un parcours d’essai de 7 km sur route ouverte autour du salon, avec des ronds-points, des passages piétons, de doubles et simples voies, mais aussi et surtout les autres voitures. Une présentation au public qui constituait une première en France.

L’évolution de ces véhicules étonnants est rendue possible grâce à une batterie de radars, caméras et radars lasers (lidar) qui constellent la carrosserie des prototypes. La connexion aux feux de circulation se fait grâce à un wi-fi spécifique, tandis que la localisation est réalisée au moyen d’un GPS ultra précis. Et c’est le rôle de la cartographie embarquée, combinée au puissant calculateur, de définir les trajectoires les plus judicieuses, de ralentir en arrivant devant un passage piétons, de négocier un rond-point et d’anticiper le changement de couleur d’un feu de circulation.

Navette automatique Navya

Golf "Volkswagen" équipée du système Valeo Cruise4U

Vedecom sur la route de Bordeaux à Versailles

Résultat, emmenées en convoi – une exigence des autorités pour cette expérimentation –, ces petites voitures électriques ont tracé leur route de façon très convaincante, et pris part au trafic avec prudence, mais sans hésitation ni trop grande lenteur. Prochain environnement pour les démonstrateurs Vedecom, des tests dans la ville de Versailles cet hiver et, consécration, une invitation lors de la conférence COP21 à Paris.

Autre démonstrateur qui a rencontré un grand succès à Bordeaux, la Volkswagen Golf dotée du système Valeo Cruise4U. Sur la rocade, l’évolution de cette voiture s’est montrée impressionnante, à l’aise comme un poisson dans son élément…

Un scanner laser spécifique Valeo Scala est employé sur ce modèle, avec à la clé une précision à 10 cm près. Magique, la voiture suit le trafic très naturellement, comme le ferait, il est vrai, un régulateur de vitesse adaptatif. Sauf que, d’une impulsion sur le clignotant, le conducteur peut commander un changement de file automatique pour dépasser une voiture plus lente, au lieu de rester bloqué derrière elle.

Mais les visiteurs étaient déjà bien avertis des possibilités des voitures autonomes grâce à PSA qui a effectué le trajet de Paris à Bordeaux avec un Citroën Picasso en mode autonome sur l’autoroute.

Véhicule Akka

Fluence Z.E. Renault

Du véhicule autonome au véhicule indépendant

Dans cette situation précise, il s’agissait d’un niveau d’autonomie moindre que celui des modèles Vedecom : comme la voiture Volkswagen-Valeo que nous venons d’évoquer, ce Picasso ne peut rouler tout seul que lors de phases bien spécifiques sur voies rapides, avec des marquages au sol définis et standardisés.

Mais ce cas d’école proposé par PSA n’en était pas moins parlant : ce sont bien ces phases autonomes qu’offriront les premiers véhicules capables de conduite automatisée vendus sur le marché. Le Picasso en question se dote d’ailleurs désormais des capteurs classiques pour ce type d’usage : laser, radar, caméra, GPS. Il peut alors suivre le trafic de sa file et doubler à la demande du conducteur.

Car tous ces modèles, ceux de Vedecom ou de Valeo, n’en conservent pas moins des phases de conduite qui demandent la présence d’un conducteur lorsque le véhicule n’est pas aux commandes. En clair, à moins de parler du véhicule 100 % autonome de niveau 5 selon le classement SAE (Société des ingénieurs automobiles américains) qui fait référence, à l’image d’une Google Car sans même un volant, le conducteur sera parfois amené à reprendre la main. Et cette phase de transition est quantifiée en nombre de secondes nécessaires pour prendre le volant et se concentrer.

Ainsi, si le système détecte en conduite autonome une situation où le conducteur doit se remettre au volant, il doit le lui signifier clairement. Mais cela ne suffit pas : la voiture doit aussi s’assurer que le conducteur est en mesure de le faire. D’où le développement de caméras permettant l’analyse du visage. Situées dans le tableau de bord, face au conducteur, elles répèrent la direction de son visage (est-il positionné face à la route ?) et voient si ses yeux sont ouverts. Et le système peut en déduire l’attitude du conducteur, par exemple s’il dort ou s’il est particulièrement distrait.

Gérer le retour au volant du conducteur

Mobius, une interface intelligente développée par Valeo, offre de bonnes capacités de divertissement du conducteur lorsqu’il laisse la voiture à la manoeuvre, mais avec un système de commande intuitif et un écran multimédia proche de l’axe de vision lors de la conduite : en phase de transition, le conducteur n’a donc pas besoin de changer de position. Un bon résumé également des phases de transition promises à l’issue de ce congrès ITS : la route des transports intelligents et de l’autonomie sera longue et progressive. Mais elle est d’ores et déjà ouverte à la circulation.

UNE ORGANISATION, DES PARTENAIRES MULTIPLES

Le congrès ITS a été organisé par Topos Aquitaine pour la mairie de Bordeaux, la métropole, le conseil général de la Gironde et le conseil régional d’Aquitaine, avec le soutien du ministère des transports, d’Atec – ITS France, de Cerema et de l’Ifsttar. Ertico – ITS Europe est un partenariat publicprivé multi-secteurs qui vise le développement et le déploiement des systèmes et services de transports intelligents. Avec plus de 100 membres, il fait le lien entre autorités publiques, industrie, opérateurs d’infrastructure, usagers, associations nationales de transports intelligents, dans le but d’amener l’intelligence dans la mobilité.