La crise fait trembler la LLD

Si les bilans commerciaux 2008des loueurs longue durée restent honorables et toujours en croissance, jamais pourtant cette industrie de services n’a connu une telle crise.

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Habituée à des taux de croissance insolents et à la généralisation de ce mode de gestion au sein des parcs automobiles de toutes tailles et de tous secteurs, la location longue durée semble « KO debout ». La crise du véhicule d’occasion qui sévit depuis quelques mois maintenant, met en grande difficulté son modèle financier basé sur la revente des véhicules des clients en fin de contrats à des prix établis trois ans auparavant. Lorsque le marché se retourne comme c’est le cas aujourd’hui, les valeurs résiduelles que les loueurs ont garanties à leurs clients, volent en éclats et c’est eux qui en supportent le poids financier. « Le décrochage du VO date de juin 2008, mais il s’est accéléré depuis », résume Jean- François Chanal, président du SNLVLD, le syndicat des loueurs. « Ce n’est pas seulement un problème français, mais bien mondial. Ce qui perturbe le prix du VO, c’est aujourd’hui le prix du neuf. Plus on s’éloigne des tarifs du neuf, moins on risque d’avoir de problèmes. » Face à cet environnement jamais vu, la stratégie des loueurs est triple : il faut d’abord et avant tout passer l’année 2009 le moins mal possible, conserver les parcs et les clients et enfin prolonger les durées des contrats pour ne pas avoir trop de véhicules à revendre en plein marasme du VO. La course aux volumes est bel et bien mise entre parenthèses pour les mois à venir, alors que certaines captives de constructeurs sont tentées de mettre fin au «multimarquisme» pour se recentrer sur la gamme de leur constructeur. Il reste que, et c’est sans doute la meilleure nouvelle du moment, le modèle de la LLD a encore de beaux jours devant lui. Comme le souligne Philippe Noubel chez Arval, « aucun client n’a abandonné la LLD pour un autre mode de gestion de son parc automobile. »

ALD Automotive France fait mieux que le marché

Encore une année de croissance supérieure à celle du marché pour ALD Automotive. La filiale de la Société Générale affiche une progression de 7,2 % du parc total loué à 150 241 véhicules. Le fleet management ressort, lui, avec un total de 60 000 voitures. Au final ALD Automotive annonce une flotte totale de 228 904 unités, contre 217 000 en 2007 et 206 600 en 2006. Un bilan que ne boude pas Jean-François Chanal, en charge de la France, puisqu’il indiquait il y un an dans ces mêmes colonnes « qu’une croissance de 7 à 8 % nous ira bien ». Les mises à la route ont dépassé 50 000 voitures, en progression de 7 %, un chiffre dans la ligne du bilan 2007 et légèrement supérieur à celui de 2006 (45 000 livraisons à l’époque). Avec ce bilan, ALD Automotive revendique 13,9 % du marché français de la LLD et 34,2 % sur le seul segment du fleet management. Selon Jean-François Chanal, la progression s’est faite l’an dernier sur le segment des PME, avec une hausse de l’activité de 8 à 9 %. « Nous avons gagné environ 8 000 véhicules sur cette catégorie », se félicite-t-il, alors que les grands comptes restent stables. Au total, petites flottes représentent 5 % du parc, les PME 50 % et les grands comptes 45 %. Crise oblige et alors que les commandes sont en chute de 25 à 30 % depuis le début de l’année, ALD Automotive ne se risque pas au jeu des prévisions sur l’ensemble de 2009. « Nous pensons que nous pouvons stabiliser la flotte au niveau actuel », insiste Jean-François Chanal. Comme ses confrères, ALD prolonge les durée des contrats des clients qui le souhaitent : 30 % des contrats arrivant actuellement à échéance sont prolongés de 6 mois à un an, ce qui permet aux entreprises de conserver les loyers plus compétitifs et au loueur de ne pas avoir à encaisser trop de pertes sur la revente de véhicules compte tenu de la conjoncture du marché VO. Face à cette crise de l’occasion, ALD Automotive fait d’ailleurs le pari de développer ses ventes à particuliers sur ses deux sites de Coignières et Décines dans le Rhône. En 2008, 1 200 modèles ont été vendus à Coignières et 500 à Décines. Le loueur déploie actuellement une offre low cost (des modèles affichant 100 000 km au compteur, avec une bonne traçabilité).

Alphabet France plébiscité par les petits parcs

Et de six. L’exercice 2008 s’est soldé pour Alphabet France par un sixième exercice consécutif de croissance. « Nous avons atteint nos objectifs avec un parc total financé en progression de 30 % », explique la filiale longue durée de BMW. « Nous avons profité d’une très forte croissance du portefeuille et des contrats mis à la route, grâce à la forte orientation baisse de CO2 et de TCO de nos clients. » Les mises à la route se sont inscrites à 7 972 unités l’an dernier, alors que le parc total géré atteignait 17 257 véhicules (contre 13 219 unités à fin 2007). Signe de la belle progression affichée par Alphabet dans l’hexagone, le nombre de clients a doublé en l’espace de 12 mois, passant à 8 000 au total. Plus que jamais, Alphabet s’incruste dans le paysage des petites flottes, qui représentent 60 % de son parc géré, contre 17 % pour les PME et 23 % pour les grands comptes.

Arval améliore sa part de marché

Arval a conforté en 2008 sa position de leader des loueurs longue durée (hors captives des constructeurs) avec un point de part de marché gagné, à 19,6%. La filiale de BNP Paribas est désormais à la tête d’un parc de 229 131 véhicules, en progression de 9 % sur un an (dont 222 328 véhicules financés, soit une progression de 11 %). Les mises à la route sont elles aussi en hausse de 9 % à 77 619 unités. Les livraisons sont en hausse de 7 % sur le segment grandes entreprises (34 290), 10 % sur les moyennes entreprises et grandes relations (parcs de 11 à 700 voitures) à 28 511, ou encore de 9 % sur les petits parcs (Equipment solutions véhicules pros) à 2 983 unités. Pour François Piot, directeur général d’Arval France, cette performance commerciale est d’autant plus «notable» que le loueur a été « le premier à augmenter les loyers pour compenser la forte dépréciation des véhicules d’occasion ». Jamais, de mémoire de loueur longue durée, on n’avait vu pareil cataclysme absolument majeur sur l’activité VO. Chez Arval cette crise du VO se traduit par une baisse de l’ordre de 1 000 euros par véhicule revendu en France. Or, comme le rappelle Philippe Noubel, responsable de l’Europe du Sud, « une baisse de 1 000 euros sur la revente d’un VO se traduit par une augmentation de 30 euros par mois du coût total de détention (c’est à dire le TCO pour le client) ». Il reste que la filiale de BNP Paribas ne se montre guère optimiste pour 2009. Elle anticipe une baisse de 15 à 20 % de ses mises à la route. Un repli qui s’explique en partie par l’allongement des durées de contrats de ses clients, dans le but de réduire les stocks de VO à revendre. « Nous prolongeons environ la moitié des contrats qui arrivent à échéance, souligne François Piot. C’est actuellement la meilleure solution pour nos clients et pour nous-mêmes. Les prolongations oscillent entre un an et 18 mois selon les cas ». A l’évidence, la conjoncture du marché VO est et restera un enjeu tout à fait majeur pour Arval. Les chiffres parlent d’euxmêmes : à horizon de 3 ou 4 ans, le loueur devra faire face à des volumes de revente en hausse de 50 %, sachant qu’elles seront plus proches de 77 600 que de 53 400 (le volume de cessions actuel).

Athlon Carlease compte sur la solidité de Rabobank

Athlon CarLease avait pour objectif une progression de 10 % sur le parc financé. Dans un contexte économique, financier et commercial difficile, il a finalement affiché une hausse de 7,20 % : moins que ce qu’il avait prévu, mais plus que le marché national de la LLD. Le loueur, filiale du groupe bancaire hollandais Rabobank, annonce 4 068 véhicules mis à la route l’an dernier, ce qui porte son parc loué à 12 910 unités au 31 décembre, auquels s’ajoutent 6 822 voitures gérées. Athlon CarLease revendique actuellement 923 clients actifs (c’est à dire avec au moins un véhicule à la route), parmi lesquels quelques nouvelles flottes telles que SNCF Participations,Transports Heppner, Roche Bobois ou encore Toshiba.Toujours au 31 décembre, la flotte d’Athlon se répartissait entre les grands comptes (34 %) et les PME (47 %), alors que les très petites entreprises ne dépassaient pas 19 %. Les trois constructeurs français se taillent la part du lion, avec 68 % du parc total (dont 37 % pour Renault seul). Pour palier aux effets de la crise et aux pertes éventuelles sur les reventes de véhicules en fin de contrats, Athlon CarLease procède à un allongement des durées de contrats. « Nous sommes passés de 37 mois en moyenne début 2008 à 39 mois début 2009. Cependant, l’allongement des durées se fait en concertation avec nos clients car l’intérêt est commun », explique Gérard de Chalonge, directeur des ventes. Pour l’année en cours, le loueur risque une prévision : il table sur une progression de 6 % de la flotte louée, avec 4 350 mises à la route et un parc total de 22 700 véhicules (13 700 financés et 9 000 gérés). « L’activité est actuellement conforme au budget, avec un marché particulièrement compliqué. Cependant la solidité de notre actionnaire, Rabobank, 4ème banque la plus solide et pour la 26ème année consécutive classée AAA, nous permet d’avoir une position très forte sur le marché français et plus généralement en Europe. »

GCE Car Lease ne connaît pas la crise

Petit Poucet de la LLD, mais avec la ferme ambition d’avancer avec des bottes de « sept lieues », GCE Car Lease affiche un bilan à faire pâlir d’envie ses concurrents. La filiale du groupe Caisses d’Epargne voulait engranger une croissance de 126 % sur ses commandes 2008… elle a réalisé une progression de 129 %, soit 2 175 commandes de véhicules. Au 31 décembre, cette structure gérait donc un parc de 3 148 véhicules pour le compte de 715 clients, parmi lesquels La Voix du Nord, Cemoi, Jardiland, Nutrition et santé.Aujourd’hui, si les petites flottes représentent 10 % et les grands comptes 30 % de l’activité, c’est sur le segment des PME (60 % du parc) que se focalisent toutes les espérances du loueur pour les années à venir. La tendance pour 2009 reste à la hausse chez GCE Car Lease qui annonce 3 200 mises à la route et 5 800 véhicules en parc à la fin de l’année. « A fin février 2009, notre parc s’est apprécié de 13 % par rapport à la fin 2008. Nos réalisations en terme de souscriptions sur les deux premiers mois de l’année sont supérieures de 66 % à celles enregistrées en 2008 sur la même période », insiste le loueur. GCE Car Lease bénéficieraitil donc d’une sorte de «micro-climat » qui le tiendrait à l’écart des turbulences du marché ? « Nous n’avons pas observé de changement marquant dans les habitudes de nos clients quant aux contrats qui nous lient. En revanche, la demande de conseil, de proximité et d’engagement de nos clients et prospects reste soutenue. » Quid de la revente des véhicules en fin de contrats, une vraie source de contrariété pour l’ensemble de la profession ? « Aujourd’hui, nous constatons une perte sur les ventes VO par rapport aux valeurs résiduelles qui avaient été estimées. Cette perte, qui a atteint son maximum au mois de janvier, tend progressivement à s’atténuer. Néanmoins, nous n’avons pas la même problématique que nos confrères compte tenu de notre petit volume de VO, ce qui nous permet de chercher des canaux de revente alternatifs comme le dépôt-vente ou la revente à particulier. »

GE Capital Solutions cherche à fidéliser ses clients

GE Capital Solutions ne faillit toujours pas à la règle qu’il s’applique à lui-même depuis 2004 : afficher une croissance à deux chiffres. Jusqu’en 2006, elle était de 10 % en moyenne chaque année et depuis 2007, elle a carrément doublé à 20 %. Son parc à la route ressort donc à 119 000 unités, dont 88 000 véhicules loués et 31 000 en fleet management. En revanche, les mises à la route ont marqué le pas l’an dernier, n’atteignant « que 26 000 voitures » contre 33 000 l’année précédente. « Les deux premiers trimestres ont été en croissance.A partir de l’été, la situation financière est devenue très tendue et les trois derniers mois de l’année difficiles, du fait de la volatilité des marchés financiers, avec des taux de refinancement très élevés. A partir de cette période, nous avons conseillé à nos clients de prolonger les contrats existants pour attendre une stabilisation des marchés financiers et des véhicules d’occasion, qui influencent fortement les prix des nouveaux loyers», souligne Thomas Zink, responsable marketing chez GE Capital Solutions. Pour les 6 000 clients du loueur, répartis à 32 % dans les grands comptes (plus de 500 véhicules), 55 % dans les PME (de 11 à 500 véhicules) et 13 % dans les très petits parcs (moins de 10 voitures), cette stratégie d’allongement des contrats leur permet de diminuer leurs loyers dans une période où les réductions cer pleinement son expertise en terme de conseil et de création de car-policy : revoir à la baisse les motorisations des parcs automobiles en compensant par des équipement de confort et de sécurité. Le lancement de GreenPlan a accompagné cette nouvelle démarche, avec pour objectif la réduction des émissions de CO2 et l’accompagnement des chefs de parcs et des conducteurs vers l’écoresponsabilité », explique le loueur. « A la croisée de deux secteurs, la finance de coûts sont de rigueur.Pour 2009, l’heure est résolument à la prudence. « Nous n’envisageons pas de croissance cette année », reconnaît Thomas Zink. « Les entreprises sont incertaines quant à l’évolution de leur activité et n’osent pas toujours s’engager sur de nouvelles commandes.Nous constatons également un nombre croissant de défaillances d’entreprises et des recherches d’économies. » Le challenge de GE Capital Solutions sera donc de « fidéliser les clients en donnant la priorité aux prolongations de contrats. »

LeasePlan repart au-dessus du marché

Avec une hausse des mises à la route de 9,2 %, à 28 846 véhicules, LeasePlan France réussit mieux que l’ensemble de la profession en 2008. Une bonne nouvelle pour la filiale qui fêtait ses 30 ans de présence en France et qui a réalisé une opération de croissance externe significative avec le rachat de DSC Fleet. Toutefois, par rapport à 2007 où les mises à la route avaient été en croissance de 14,4 %, cette performance est en repli. Le parc total de LeasePlan ressort à 87 742 unités, dont 76 604 financés et 11 138 en fleet management. D’une année sur l’autre, les chiffres traduisent clairement les arbitrages voulus par la direction de la France, afin de ne garder que les contrats les plus rentables. Fin 2007, le parc à la route de LeasePlan atteignait en effet 105 000 unités, dont 84 000 financés.Avec 10 000 clients environ (un chiffre stable d’une année sur l’autre), les véhicules sont surtout répartis au sein des grands comptes (60 %), les petites flottes et les PME ne représentant que 20 % du total chacune. « L’année 2008 a débuté avec le bonusmalus qui a permis à LeasePlan d’exer cer pleinement son expertise en terme de conseil et de création de car-policy : revoir à la baisse les motorisations des parcs automobiles en compensant par des équipement de confort et de sécurité. Le lancement de GreenPlan a accompagné cette nouvelle démarche, avec pour objectif la réduction des émissions de CO2 et l’accompagnement des chefs de parcs et des conducteurs vers l’écoresponsabilité », explique le loueur. « A la croisée de deux secteurs, la finance et l’automobile, qui ont subi la crise de plein fouet, LeasePlan tire son épingle du jeu grâce à l’obtention de garanties financières et surtout grâce à une politique d’entrepreneur pondéré. »

RCI Banque défend sa pole position

Renault voulait « maintenir sa position de leader » sur le marché de la location longue durée en France en 2008. Mission accomplie pour la marque au losange. « Nous avons maintenu notre place de leader avec une croissance de nos livraisons de 6 % », souligne Sylvain Schuler, responsable marketing de Diac Location- Overlease. L’activité longue durée « est ainsi soldée par 81 000 véhicules mis à la route sur les 12 derniers mois, un parc géré de 234 715 véhicules (contre 225 000 à fin 2007), dont 175 215 financés, et un total de 42 000 clients (35 000 il y a un an). Parmi les nouveaux entrants chez Diac Location-Overlease, la société Tupperware, dont les livraisons ont démarré l’an dernier. La filiale longue durée de Renault souligne que les flottes de moins de 5 véhicules représentent une très grosse part de son parc avec 65 %, tandis que les PME (entre 5 et 20 véhicules) pèsent 15 % du total et les grands comptes, 20 %. A l’évidence, Renault a fortement progressé au cours de l’année 2008 sur le segment des petites flottes puisque ce segment représentait fin 2007, 29,5 % du total de son parc à la route.

Peugeot en perte de vitesse

Délicate année pour Peugeot qui affiche une faible hausse de 1 % de ses mises à la route en 2008 (soit 48 400). Le parc à la route de la marque au lion ressort à 107 000 voitures pour quelque 160 clients grands comptes. Au 31 décembre, les petites flottes représentaient les 2/3 du parc géré, les PME et les grands comptes, le reste. Alors que depuis le début de l’année, l’activité du loueur est en repli de 16 %, il table sur un maintien de ses parts de marché LLD (mais un léger recul du parc géré) dans un secteur en repli, sur un plan national, de 25 %. Aon Auto suit sa route Pari tenu pour Aon Auto qui tablait sur une croissance de 10 % en 2008 et qui a réalisé 9,6 % de progression. Le spécialiste de la gestion des parcs pour compte affiche un parc total de 43 000 véhicules pour 39 clients. Il semble toutefois que l’entreprise ait pris de plein fouet la crise économique, avec « un ralentissement des décisions entre septembre et décembre et une amorce de retour à la normale en février ». Pour 2009,Aon Auto fait état d’une prévision de croissance à nouveau comprise autour de 10 %, avec 47 000 voitures en parc à fin 2009.

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