La mobilité durable en ligne de mire

Le 24 juin au musée Dapper, Flottes Automobiles organisait un événement fédérateur sur le thème de la mobilité durable. Après la présentation des résultats de l'étude exclusive sur les pratiques des entreprises et des collectivités , une table ronde a réuni responsables opérationnels, fournisseurs et représentants de l'État.

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La mobilité durable en ligne de mire

Les loueurs doivent mettre la pression sur les véhicules électriques et hybrides pour qu’ils soient référencés dans les car policies. » Virginie Léau-Thédenat, responsable des achats indirects chez Bouygues Construction, a ainsi interpelé les loueurs pour qu’ils dynamisent le marché des véhicules propres. Aujourd’hui, ces derniers ne constituent qu’une faible part de la flotte de Bouygues Construction. « Nous suivons de près cette offre et nous tenons compte des infrastructures à mettre en place et des coûts d’usage qui restent encore à chiffrer », a-t-elle poursuivi.

Bouygues Construction compte très peu de véhicules qui émettent plus de 140 grammes de CO2 au kilomètre. Cette volonté de verdir la flotte s’intègre dans une démarche globale lancée par Bouygues en 2007. Baptisée Actitudes, celle-ci a défini sept axes de progrès, avec un impact sur les achats et donc sur la flotte, poste stratégique pour le groupe.

Les règles d’attribution des véhicules de fonction se concentrent sur le TCO. « Avec nos collaborateurs, nous jouons sur l’attractivité sans être directifs, afin de les inciter à opter pour des modèles « verts », a expliqué Virginie Léau-Thédenat. Ainsi, si la TVS et la consommation de carburant du modèle choisi sont peu élevées, le collaborateur peut obtenir une voiture mieux équipée. Ce système d’incitation fonctionne bien. » Pour certains de ses sites, Bouygues Construction a créé une plate-forme internet pour développer le co-voiturage. Par ailleurs, l’entreprise forme ses collaborateurs à l’éco-conduite et mène une réflexion sur le déploiement d’une solution d’auto-partage.

Comme l’ensemble du secteur privé, l’État cherche à être de plus en plus sobre. Sa flotte compte 20 000 véhicules financés en location longue durée pour le ministère de la défense, 20 000 véhicules sérigraphiés achetés à l’Ugap et entretenus par les garages des administrations pour la police, 20 000 pour la gendarmerie et 30 000 pour l’ensemble des administrations dont la moitié pour le seul ministère de l’équipement.

Les flottes de l’État se mettent au vert


Au total, l’État est donc à la tête de 90 000 véhicules. La gestion et l’entretien de cette flotte doivent être externalisés dans le cadre d’un marché attribué à ALD Automotive en juillet 2009. D’ici à 2011, ce marché sera déployé à l’ensemble des véhicules légers et utilitaires.

La puissance publique est partie prenante de l’appel d’offres lancé par l’Ugap pour la livraison de modèles électriques. « Selon le cahier des charges, leur bilan économique devra être neutre sur leur durée de vie, tout en intégrant le bonus écologique de 5 000 euros, a rappelé Jean-Baptiste Hy, directeur adjoint du service des achats de l’État. Ce critère a été annoncé par les constructeurs et demeure une condition suspensive à notre engagement. »

Autre initiative, des stages de formation à l’éco-conduite ont été dispensés dans les administrations centrales et devraient être élargis à l’ensemble des conducteurs. Enfin, Bercy a déployé un système de co-voiturage, mais l’État a décidé de progresser pas à pas sur ce sujet : « Nous ne voulons pas construire d’usines à gaz, a justifié Jean-Baptiste Hy. Avant d’établir des plans de ce type, nous procédons à une analyse précise des déplacements. »

Les fournisseurs multiplient les offres vertes

Face à la demande des entreprises et des administrations, les prestataires développent des solutions toujours plus respectueuses de l’environnement. C’est le cas du groupe Daimler et de ses marques Mercedes et Smart. « En tête du podium diesel de l’Ademe, la Smart est récemment passée de 88 à 86 g de CO2/km et ce, malgré une puissance renforcée », s’est félicité Frédéric Grandvoinnet, directeur des ventes sociétés et occasions de Mercedes et Smart. Parallèlement, une série Neutroclimat de la Smart a été lancée. À la commande, les 50 000 premiers kilomètres sont compensés, notamment à travers des programmes écologiques en faveur des énergies renouvelables.

Enfin, la Smart ED électrique fait son entrée dans les flottes. « En France, a annoncé Frédéric Grandvoinnet, 200 voitures fabriquées en Lorraine seront commercialisées entre juin 2010 et juin 2011. La production 2010 est d’ores et déjà vendue et il ne reste que quelques unités commercialisables sur la production 2011. » Équipée d’une batteries lithium-ion, la Smart ED affiche une autonomie de 135 km, pour une vitesse moyenne de 100 km/h. Et elle offre le même espace qu’un modèle thermique pour les passagers et les bagages. Enfin, tous les véhicules du groupe sont équipés du système MHD (Micro Hybrid Drive), connu également sous le nom de Stop&Start.

Des véhicules moins émetteurs de CO2

À travers son offre Blue Fleet, ALD Automotive veut aussi aider les entreprises à optimiser leurs véhicules et donc à diminuer leurs consommations de carburant et leurs émissions polluantes. « En matière de CO2, nous constatons une évolution importante des commandes, a observé Laurent Corbellini, directeur marketing. De 2007 à 2009, la part des véhicules émettant entre 101 et 120 g de CO2/km est passée de 13,41 à 34,28 %. De plus, dans les tranches supérieures du malus, la tendance à une diminution des émissions a été très nette. » Autre statistique éloquente : les hybrides rassemblent 0,5 % de la flotte gérée par ALD Automotive, soit 300 véhicules. Le loueur utilise aussi ces motorisations pour sa propre flotte et intégrera des modèles électriques dès que cela sera possible. « Mais sur ce sujet, nous sommes plutôt en attente », a noté Laurent Corbellini.

Autre acteur impliqué dans le développement durable, Axa Matrix conseille les grandes entreprises en France et à l’international pour mieux maîtriser leurs risques. Composée d’ingénieurs, une équipe dédiée se consacre exclusivement à la prévention des risques et au conseil sur les flottes automobiles. « Nous procédons à des audits avec, à la clé, des actions de correction et de suivi qui ont un impact sur les consommations de carburant, les émissions de gaz à effet de serre et, à terme, sur la prime d’assurance », a détaillé Florence Métairie, responsable risk consulting des flottes automobiles. Et de poursuivre : « Pour être efficace et pérenne, un plan de prévention du risque routier doit s’inscrire dans une démarche de « boucle d’amélioration continue » qui intègre l’éco-conduite comme levier direct pour promouvoir le développement durable dans l’entreprise. »

De son côté, Michelin propose depuis 1992 des pneus dits « verts » qui, grâce à une diminution de la résistance au roulement, réduisent les consommations de carburant et les émissions polluantes. La gamme « verte » de Michelin porte le marquage Green X et pèse 93 % des volumes vendus. « Un pneu « vert » économise 0,16 l de carburant sur 100 km, a expliqué Damien Hallez, responsable marketing produit. Sur 120 000 km, cela représente 192 l de carburant, soit 211 euros pour un litre à 1,10 euro. » Fin 2012, un nouvel étiquetage des pneumatiques sera généralisé à l’échelon européen. Trois critères ont été retenus : efficacité énergétique, freinage sur sol mouillé et niveau d’émissions sonores. « Nous pouvons imaginer que nos produits seront bien placés, a estimé Damien Hallez. En outre, nos efforts ont permis aux constructeurs de réduire la consommation de carburant et les émissions de CO2. Les pneus peuvent participer pour 13 % à la diminution imposée par la Commission européenne. » Patrick Coroller, chef du service transports et mobilité à l’Ademe, milite pour des solutions complémentaires : « Dans un premier temps, il faut choisir des véhicules qui répondent aux besoins réels de l’entreprise. À titre d’exemple, une grosse berline estelle utile pour de petits trajets ? Il est souhaitable d’optimiser la taille de sa flotte et de repenser son organisation. Dans le même ordre d’idée, le choix des carburants alternatifs (gaz, électricité, etc.) doit être guidé par l’usage : ville, interurbain… »

Avant tout, repenser l’utilisation des véhicules

Quant au coût de l’électrique, Patrick Coroller avance des arguments précis : « Il faut raisonner en coût d’usage. Chères à l’achat, les batteries seront très vraisemblablement louées plutôt qu’achetées. Le gain sur le carburant – 2 euros pour 100 km pour l’électrique en ville contre 10 euros pour l’essence –, peut compenser les mensualités des batteries et la démarche devient alors rentable. Le prix d’achat hors batterie se situera à un niveau proche d’un équivalent thermique grâce au bonus de 5 000 euros. » Le véhicule zéro émission est bel et bien sur les rails.

Vidéos de l’évènement

Patrick Coroller

Valérie Monachon

Damien Hallez

Virginie LEAU-THEDENAT

Jean Baptiste Hy

Frederic Grandvoinnet

Laurent Corbellini

Florence Métairie

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