La traque aux mobiles

La géolocalisation des téléphones mobiles des travailleurs nomades séduit de plus en plus d’entreprises. Plus économique que la localisation par GPS, elle reste moins précise.

- Magazine N°101
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Face à la géolocalisation des véhicules par GPS, une nouvelle technique voit le jour et prend des parts de marché. Au lieu de localiser le véhicule, les opérateurs de téléphonie mobile et leurs partenaires proposent de placer le portable du collaborateur nomade sur une carte. Il suffit que ce portable soit dans le véhicule et celui-ci est localisé également. « Aujourd’hui, c’est le relais radio auquel se rattache le portable qui est localisé », explique Gilbert Gibeaux, responsable produit chez Orange. Ce qui explique que la précision est portée à la zone de couverture de ce dit relais.

Une autre technique aurait vu le jour : calculer les temps d’émission et de réception des signaux entre la cellule du portable et le relais radio le plus proche et en déduire la distance entre les deux. Lorsque le portable est en liaison avec plusieurs relais, le système calcule la zone d’intersection en croisant les informations. Plus le nombre d’antenne est élevé, plus la localisation est précise. « Mais, certains opérateurs se sont cassés les dents pour le moment sur ces nouvelles techniques », confie Gilbert Gibeaux.

Voilà pourquoi aujourd’hui, le système a une précision de seulement quelques kilomètres en pleine campagne et de quelques centaines de mètres en zone urbaine largement couverte. Rien à voir avec le GPS, qui est capable de placer un véhicule sur une carte avec une marge d’erreur inférieure à une poignée de mètres. Seulement, la localisation des téléphones portables est beaucoup plus économique. Le système ne requiert pas l’installation d’un boîtier au prix prohibitif. Les premières techniques de localisation par couverture radio GSM ont été mises sur pied au cours de l’année 2002 en France. La commercialisation des premières solutions s’est faite début 2003.

Deux modes de commercialisation

Les opérateurs de téléphonies mobiles proposent directement leur offre de localisation aux entreprises – c’est le cas de SFR – ou se contentent de fournir les coordonnées x et y du mobile à des partenaires ou des entreprises qui développent leur propre solution de localisation sur une carte ou de gestion de flotte. Orange et Bouygues Telecom ont opté pour cette deuxième solution. Reste qu’Orange a hésité avant de faire appel à des partenaires pour commercialiser une solution de géolocalisation auprès des entreprises.

Au départ, l’opérateur historique voulait fournir aux transporteurs une solution clefs en main baptisé Road Online. La filiale de France Telecom leur proposait de suivre et de gérer leurs flottes. Mais très vite, le projet a été abandonné devant les difficultés rencontrées pour développer des applications métier. Aujourd’hui, Orange se contente de fournir latitude et longitude du portable sous un format exploitable par ses partenaires ou directement par les entreprises. Une requête de localisation prend trois secondes. À partir de ces données, Webtiss Technology propose Geofleet.

Cette solution permet d’optimiser les tournées et les interventions, de suivre l’activité (localisation en temps réel, état d’activité), de contrôler les itinéraires, améliorer la sécurité, d’informer les clients en temps réel sur les délais de livraison, de recevoir des alertes SMS… Webtiss conseille cette solution aux métiers du transport et de la logistique, pour les techniciens de maintenance, les services après-vente, les ambulanciers, les médecins urgentistes, les agents de voirie…

Le service est accessible en mode ASP à partir du PC installé chez le client. La facturation combine un contrat Orange et un contrat Webtiss. L’abonné Orange devra s’acquitter de frais de mise en service de 200 euros auxquels s’ajoutent un abonnement de près de 100 euros par mois pour toute la flotte et 8 centimes d’euros par requête de localisation. Webtiss propose Geofleet contre un abonnement annuel de 500 euros auxquels il faut rajouter un forfait de 8 euros par mois par téléphone localisé quel que soit le nombre de requête. Geofleet tourne sur la cartographie Ismap sur base Tele Atlas. Outre la possibilité d’échanger des SMS, il permet d’établir des historiques de déplacement. Webtiss annonce une précision de 200 m en ville et de 5 km en rase campagne.

Partenaires particuliers

Orange a également signé un accord de partenariat avec Globe Staff Consulting et PTV Online pour développer la solution Géotrack. Cette dernière s’adresse aux sociétés gérant des flottes d’objets mobiles (coursiers, commerciaux, livreurs, techniciens, dépanneurs…). L’utilisation de la solution permet d’optimiser les déplacements des collaborateurs et donc de gérer les ressources, de contrôler et de suivre l’activité de la flotte, les itinéraires. La géolocalisation se fait en mode automatique sur tout ou partie de la flotte de GSM. Pour cela, il suffit d’un accès Internet et d’un téléphone mobile. Géotrack programme les localisations à l’avance (fonction gestion de groupes) et retrace l’historique par téléphone mobile (fonction traçage).

Géotrack utilise le puissant moteur cartographique fourni par le logiciel map&guide de PTV Online. Avec cette cartographie, le gestionnaire de flotte visualise ses mobiles en un seul clic, zoome et identifie les axes routiers et les noms de rue sur la carte. Map&guide recherche l’itinéraire du mobile dans un intervalle horaire précis défini par l’utilisateur grâce à un minuteur qui détermine le temps entre chaque localisation.

Globe Staff Consulting pointe les inconvénients de la solution en mode ASP : « Si le serveur tombe en panne, le système ne fonctionne plus. De plus, les données confidentielles sont stockées sur un serveur sur lequel l’entreprise n’a aucun contrôle et aucune visibilité, d’où des problèmes de sécurité. « Ainsi, la SSII propose également Géotrack sous forme de pack logiciel. Il en coûtera alors 1 500 euros de logiciel Géotrack, 590 euros de mise en service, 8 euros par mobile et par mois et 650 euros par an pour la maintenance et le service après-vente. Au total, Orange travaille avec une dizaine de partenaires qui développent leurs propres solutions autour de la localisation des mobiles. D’après Gilbert Gibeaux, plus d’une centaine d’entreprises utilise ce système de localisation. Le nombre moyen de requêtes par mois s’élève à 60 000 par entreprise.

Forfait ou réel

De son côté, Bouygues Telecom travaille avec deux partenaires privilégiés : Deveryware et masternaut. L’opérateur leur facture entre 5 et 7 centimes la requête de localisation. Une vingtaine d’entreprises a opté pour ses services. Parallèlement Bouygues Telecom a mis en place directement une solution de géolocalisation pour les Douanes et la SNCF. Les agents des Douanes sont localisés par leurs postes de commandement grâce au principe de triangulation apportant davantage de précision. La position des agents sur le terrain est visualisable à distance sur l’écran via un système de cartographie qui offre une précision pouvant atteindre une centaine de mètres. Les interventions des douaniers sont ainsi rendues plus efficace et leur sécurité renforcée.

Quant à SFR, il commercialise directement sa solution. Elle réunit un logiciel prêt à l’emploi qui se présente sous la forme d’une application téléchargeable sur tout type d’ordinateur et des cartes SIM spécifiques (cartes SIM Java de 64 Ko d’Axalto) à répartir entre les collaborateurs. La cartographie s’affiche sur le PC gestionnaire à chaque requête (mieux vaut disposer d’une connexion haut débit). Si l’usage est récurrent, SFR facture un forfait de 35 euros pour 100 localisations par mois auxquels il faut ajouter les frais de mise en service sur le PC qui s’élèvent à 465 euros. Autre solution, la facturation à la demande : SFR vend un abonnement de 2 euros par mois et par ligne plus 0,95 euros par localisation. Là aussi il faut s’acquitter des frais de mise en service sur le PC.

GPS contre GSM

Ces offres émergentes vont-t-elles sonner le glas de la localisation par GPS. « Le GPS est intéressant pour un usage intensif, régulier et permanent, juge Richard Viel, directeur du marché entreprise de Bouygues Telecom. Pour des usages sporadiques et si le besoin d’une information précise n’est pas prioritaire, la localisation par radio GSM est plus économique. Je pense que cette technologie va se vulgariser dans l’avenir. Le transport sous toutes ses formes y viendra et ce, d’autant plus que des applications seront développées pour les utilisateurs à partir de la localisation : trouver le magasin le moins cher et le plus proche, trouver une station-service, un garage… »

Et Gilbert Gibeaux de compléter : « Contrairement au GPS, la localisation par GSM ne demande aucun équipement supplémentaire. Cette technique est également adaptée à la localisation d’objets –palettes, colis, en posant dessus une simple carte SIM. La localisation GPS s’inscrit dans un équipement lourd avec boîtier embarqué, une liaison GPRS… La localisation n’est qu’une des fonctions noyées dans le flot de données. En revanche, des livreurs ou des dépanneurs n’ont pas besoin d’équipements lourds. Le GSM est alors plus approprié. De plus contrairement au GPS qui doit être toujours en visibilité, le GSM fonctionne indoor. Il continue à être localisé à l’intérieur d’un bâtiment. Le débat entre les deux techniques n’est pas clos. De nombreuses entreprises estiment qu’équiper un véhicule d’un boîtier demande trop d’investissement. La localisation par les relais radio GSM apporte une vraie alternative pour un coût moindre. »

Quoi qu’il en soit, les opérateurs fondent de grands espoirs sur la localisation : « C’est un point stratégique car cela crée du trafic supplémentaire et fidélise les entreprises », juge Gilbert Gibeaux. Et Richard Viel de tracer des perspectives : « Je pense que nous rechercherons tous à nous localiser ou à localiser des proches. Le besoin existe aussi bien en entreprise que pour les particuliers. À ceux qui pensent qu’il est dangereux de se faire localiser, je réponds qu’il y a plus de bénéfices à l’être qu’à ne pas l’être. De plus, il est toujours possible d’interrompre la fonction de localisation. Je n’ai pas de perspectives chiffrées, mais j’ai la conviction que le marché va exploser. Les gens s’en serviront tous les jours et donc également dans un cadre professionnel. C’est un marché émergent. Chacun cherche les vecteurs de développement. Le marché décollera par l’offre. La qualité des applications proposées fera la différence. »