Le biodiesel pour les utilitaires Renault

Depuis décembre dernier, Renault commercialise un Master et un Trafic carburant avec un gazole qui contient au maximum 30 % de biodiesel. Ce premier lancement de Renault sur le marché des biocarburants sera suivi en 2007 d’une Mégane E85.

- Magazine N°125
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« Depuis six ans, Renault mène une politique de développement durable. Il ne s’agit pas d’une mode, mais bien d’une évolution en profondeur ». Alice de Brauer, Directrice du plan environnement de Renault, explique que la pérennité de Renault se joue également sur cette problématique. A ce titre, deux agences de cotations internationales (Sam et Oekom) sélectionnent Renault comment faisant partie des bons élèves en la matière. Dans ce contexte, Renault commercialise depuis décembre dernier des motorisations diesel compatibles au biodiesel B30 sur deux de ses véhicules utilitaires : Trafic et Master.

Le biodiesel est un ester méthylique d’huile végétale. A partir de plantes oléagineuses, principalement le colza et le tournesol en Europe, mais aussi le soja ou la palme dans d’autres régions du monde, on extrait de l’huile que l’on fait réagir avec du méthanol (procédé dit de transestérification). On obtient ainsi du biodiesel que l’on mélange au gazole. Lorsque la proportion de biodiesel dans le gazole atteint 30 %, on parle de B30.

Trafic 2. 0 dCi B30 et Master 2. 5 dCi B30 seront donc les deux premières applications de l’engagement pris par Renault dans le domaine des biocarburants dans le cadre du plan Contrat 2009. Selon les termes de ce plan, en 2009, tous les moteurs diesel proposés à la vente en Europe pourront fonctionner avec un taux de 30 % de biodiesel. Le plan Renault Contrat 2009 prévoit également la commercialisation dès 2008, d’un million de véhicules émettant moins de 140 grammes par kilomètre de CO2, dont un tiers moins de 120 grammes. Ce qui implique pour le constructeur de revoir près de 100 modèles. Les deux moteurs B30 proposés depuis décembre peuvent fonctionner au gazole ou avec un mélange contenant jusqu’à 30 % de biodiesel. La distribution d’E30 n’étant pas encore assurée en France, avec ces deux modèles, Renault s’adresse surtout à ses clients disposant d’une flotte de véhicules et soucieux de réduire les émissions de CO2 de leurs véhicules. Alice de Brauer souligne que Renault mène des actions de lobbying pour que le B30 soit encadré par des normes et autorisé à la vente.

Un passage obligé

Renault considère les biocarburants comme l’une des solutions les plus efficaces et économiques pour maîtriser les émissions de CO2 à moyen terme. Selon le constructeur, il est en effet facile d’appliquer ces technologies à des véhicules de grande série. « Il est fondamental que la réduction des émissions de CO2 soit massive, insiste Alice de Brauer. Mais nous sommes dépendants de la logique qu’adopteront les pouvoirs publics. Nous parions que les biocarburants deviendront incontournables pour les Etats. » Le biodiesel ne représente que l’une des facettes de la gamme de biocarburant proposée par Renault. Au printemps 2007, le constructeur au losange commercialisera une Mégane 1. 6 16v 110 ch roulant au bioéthanol E85.

Bilan du puits à la roue

Pour comprendre l’intérêt écologique des biocarburants par rapport aux carburants d’origine fossile, il faut se placer dans une approche globale, dite du puits à la roue. Celle-ci permet de dresser un bilan complet des émissions de CO2 depuis la production du carburant jusqu’à sa consommation lors de l’utilisation du véhicule. Dans le cas des carburants fossiles, le CO2 est émis pendant les phases de production (extraction et raffinage du pétrole), de transport et d’utilisation du véhicule. Les biocarburants étant issus de la biomasse, le CO2 émis par un véhicule roulant au biodiesel est celui qui a été absorbé par les plantes qui ont servi à sa production lors de la photosynthèse. Le CO2 absorbé par la plante lors de sa croissance peut ainsi être soustrait au total des émissions. L’utilisation des ressources locales pour la production des biocarburants permet également de limiter les émissions de CO2 liées à l’acheminement des carburants (transport routier ou maritime) vers les sites de distribution.

Présenté ainsi, le bilan global des biocarburants est beaucoup plus intéressant que celui des carburants traditionnels. Reste que pesticides et nitrates sont employés pour cultiver les végétaux et entraînent une pollution non mesurée. Parallèlement aux biocarburants avec un lancement grand public du B10 (10 % de biodiesel sans modification du moteur) prévu pour 2008, Renault travaille également sur une mobilité basée sur l’énergie électrique et travaille sur la mise au point d’une pile à combustible dans le cadre de l’Alliance avec Nissan. L’objectif de Renault est de figurer parmi les trois meilleurs constructeurs automobiles mondiaux pour les émissions de CO2.

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