Le match : Opel Signum 1. 9 – Renault Vel Satis 2. 0 dCi

L’Opel Signum tout comme la Renault Vel Satis sont nées avec le 3ème millénaire alors que leur design vient tout droit du XVIIIe siècle. Pourtant, leurs prestations mécaniques et dynamiques sont bien celles de vaisseaux du futur.

- Magazine N°123
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Vel Satis était un jeune aristocrate étrusque du IVe siècle av. J. -C. , chef de guerre représenté dans sa toge de vainqueur et regardant un oiseau, auspices favorable pour les futures batailles. . . Cette fresque est le plus ancien portrait en pied connu de la peinture européenne que l’on peut admirer dans une tombe de Vulci en Toscane. Renault a-t-il tenu compte de cet auspices en lançant sa Vel Satis en mars 2002 ? Les pratiques divinatoires semblent s’être égarées, tant les ventes de cette grande berline déçoivent. Légèrement redessinée il y a un an, elle n’arrive pas à cacher la lourdeur de ses lignes. Une face avant adoucie et des feux arrière «cristal» font l’essentiel de la nouveauté tandis qu’à l’intérieur les fonds des cadrans passent au blanc crème. Une nouvelle génération de GPS Carminat 2 avec système 3D Birdview apparaît, avec un joystick qui permet une navigation très aisée. L’ensemble intègre un téléphone Bluetooth, la commande vocale et la radio hi-fi signée Cabasse. . . Mais il faut se plonger dans le dossier de presse pour apprendre que l’éclairage intérieur a été revu.

Vel Satis : quel choix de motorisation ?

Depuis ce mois de juin, la Vel Satis se renouvelle encore, mais cette fois c’est sous le capot avant, avec l’arrivée du 2. 0 dCi déjà monté sur l’Espace, la Laguna et la Mégane. Un bloc moteur conçu pour emmener aussi les véhicules du confrère Nissan. Il remplace le 2. 2 dCi de 150 ch et, disponible aussi en 175 ch, il vient directement concurrencer le V6 de 180 ch d’origine Isuzu. A une différence près : le 2. 0 dCi n’est pas, pour l’heure, disponible en boîte auto. Pour cela, il vous faudra rester au bon «vieux» 2. 2 dCi en 140 ch avec filtre à particules ou 150 ch sans le FAP et BVA Proactive 5 rapports. Attention tout de même : ils émettent quelque 226 g/km de CO2 pour 10 CV ! Sachez par ailleurs que ce 2. 2 dCi en 115 ch et 7 CV est toujours au catalogue, mais sera prochainement remplacé par ce nouveau 2. 0 dCi dans une puissance d’environ 130 ch et fiscalité aussi avantageuse. Cette Vel Satis 2. 0 dCi 150 ch est donc directement comparable au 1. 9 CDTI de 150 ch de l’Opel Signum. Un moteur qui vient, pour sa part, de chez Fiat du temps de l’alliance avec General Motors. Un mariage suivi d’un divorce mais il semblerait, qu’au passage, Opel ait retenu quelques audaces stylistiques très latines pour ses nouveaux modèles. Cela avait commencé avec l’Astra, puis le Zafira, suivi par le couple Vectra/Signum.

Opel Signum : lifting réussi

Pour ce qui est de la Signum, peu aidée comme la Vel Satis par son physique depuis son lancement en 2002, elle s’est payée un relifting plutôt réussi à l’automne dernier. Outre les phares effilés et non plus carrés et l’adjonction de chrome à qui mieux-mieux, on notera surtout cette double calandre à la façon Audi. L’ensemble est assez réussi même si cela manque singulièrement de légèreté et de féminité. Surtout pour cette longue «berline» basée sur le break Vectra avec un empattement allongé de 13 cm, à 2,83 m. L’habitacle a aussi été revu avec des matériaux plus chaleureux et un dessin moins anguleux, même si cela ne saute pas à la vue au premier regard. La planche de bord est allégée et les ouïes d’aération sont arrondies alors que la visière fait dans la souplesse de ses lignes. Plus élégante donc et surtout, au toucher plus agréable avec une peau moussée sur les parties hautes qui imite le cuir. Habillage de portes et sellerie sont à l’avenant même si au bilan, l’austérité du cockpit demeure typiquement teutonne. Il faudra tout de même apprécier un confort des sièges et un espace à l’arrière qui soutient sans problème la concurrence du salon roulant qu’est la Vel Satis. D’autant plus vrai que les deux sièges arrière sont montés sur des glissières indépendantes coulissant sur 130 mm, offrant ainsi deux places au confort généreux et bien réel. La 5e place du milieu disparaît au profit d’un caisson multi-usage appelé Travel Assistant (boîte à gants réfrigérée, support de lecteur DVD et tablettes type aviation rétractables). Par ailleurs, les dossiers se règlent en inclinaison pour une posture plus reposante. Précisons enfin que l’allemande est la seule concurrente à oser proposer un coffre à hayon façon Vel Satis et des dossiers de sièges rabattables.

La Signum bénéficie par ailleurs de modifications apportées au châssis avec une redéfinition des lois de suspensions, une direction re-paramétrée pour plus de répondant et un confort à la hausse. Un travail qui était nécessaire tant les percussions du train arrière de la Signum 1ère génération étaient gênantes. Un désaccord total entre raideur excessive des ressorts et souplesse des amortisseurs dont n’a jamais souffert, loin de là, la Vel Satis. Véritable vaisseau au long cours, cette dernière est capable de rivaliser avec la concurrence allemande, à condition d’accepter une direction hyper assistée et une certaine prise de roulis en virage en raison d’une hauteur importante. Cette dernière est d’ailleurs favorable à l’habitabilité, surtout à l’arrière. Soulignons la très grande qualité de filtration des trains roulants et le silence régnant à bord.

Signum : une bonne routière

Le 2. 0 dCi de 150 ch est à tout juste à son aise pour emmener les quelque 1 665 kg à vide de cette lourde et grande Vel Satis. Par chance, le couple est assez généreux avec 340 Nm à 2 000 tr/mn, à peine inférieur aux 360 Nm de la version 175 ch. Les 200 km/h sont décrochés et le 0 à 100 km/h est atteint en 10,3 s alors que le 1 000 m départ arrêté est couvert en tout juste 31,7 s. Bref, c’est mieux que le 2. 2 dCi précédent et, une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, les consommations sont en baisse. La consommation mixte normalisée est de 7,3 l/ 100 km, ce qui permet tout de même des rejets de CO2 inférieurs à 200 g/km (194 g/km (9 CV).comptez plutôt 9 l/100 km en moyenne, tous parcours confondus. La boîte à six rapports permet, de son côté, une grande sobriété à vitesse stabilisée, sur autoroute et sur route (6,4 l/100 km). La Signum n’est pas en reste avec le 1. 9 CDTI de 150 ch qui développe 320 Nm à 2 000 tr/mn pour emmener 1 490 kg, un poids plume ! Les performances sont donc meilleures que sa concurrente avec 217 km/h de vitesse maxi et 9,8 s de 0 à 100 km/h. La consommation ressort à 6,0 l/ 100 km en cycle mixte, une très bonne sobriété qui limite les rejets à 162 g/km de CO2 (9 CV).

En conduite plus standard, il faudra tabler sur 7,7 l/100 km et, pied léger sur route,5,0 l/100 km. Des coûts d’usage qui placent la Signum 1. 9 CDTI en tête. Si on y ajoute une souplesse de fonctionnement du moteur, un niveau sonore assez bas, cette Signum s’affirme comme une excellente routière aux qualités insoupçonnées, surtout depuis sa remise à niveau de l’automne dernier.

Confort ou classicisme ?

Au bilan, ces deux hauts de gamme diesel se disputent le podium. La Vel Satis retrouve du poil de la bête avec son nouveau 2. 0 dCi de 150 ch, souple et sobre, mais il est un peu juste en puissance pour emmener la lourde et majestueuse limousine. La version 175 ch sera plus à l’aise. La Signum bénéficie pour sa part d’un poids plus contenu pour une puissance du 1. 9 CDTI de 150 ch. Performances meilleures, mais surtout consommations encore plus basses la mettent en tête.

Et surtout, un prix de vente inférieur, sachant que la Signum n’est disponible qu’en finition Cosmo à 28 800 € contre 34 700 € pour le 1er niveau Expression de la Vel Satis. Elles se rejoignent sur l’équipement de série et leurs prix inférieurs à la concurrence allemande. En revanche, la Renault demeure toujours devant l’Opel pour le confort des suspensions et l’agrément de conduite. Pourtant, la Signum a comblé son retard mais reste parfois tressautante sur les petits défauts de la route.

Enfin, si le critère du design entre en ligne de compte, le relifiting de la Signum la fait rentrer dans un certain classicisme alors que la Vel Satis se caractérise toujours par son style indéfini : ni classique, ni baroque, plutôt moderne ou postmoderne. . . Bref, les arts divinatoires ont encore de l’avenir chez Renault à condition de bien choisir ses oracles !

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