Le véhicule du maire : un outil de communication

« Tout est politique » disait un slogan de mai 68. L’adage semble être devenu une règle de conduite pour les maires et tout particulièrement en ce qui concerne… leur conduite automobile. Véhicule «officiel», la voiture du maire est aussi le reflet de son investissement en matière environnementale.

- Magazine N°138
1889

Début avril, la mairie de Bordeaux présentait à la presse et aux Bordelais ses nouveaux véhicules. Des Smart et des Prius, résultats d’appels d’offres « qui ont intégré le critère de développement durable » insistaient les représentants de la mairie. Alain Juppé tout juste réélu présentait sa nouvelle voiture : une Toyota Prius. Un véhicule pour lequel les Bordelais ont été informés du taux de CO2 rejeté dans l’atmosphère : 104 grammes au km. Et pour ceux qui douteraient encore de l’investissement du maire bordelais pour la cause environnementale, la mairie informe qu’Alain Juppé utilise ce même véhicule à titre privé.

A l’instar de son écharpe tricolore, la voiture du maire est un symbole de sa position. « Pour le maire, nous avons une 607, 2,2 litres avec de nombreuses options », indique Christian Gardin, Responsable de la flotte automobile à la mairie de Lyon. « Dans Lyon intra muros, on essaie de trouver le meilleur compromis, essence ou diesel, pour un meilleur rapport qualité prix et pollution. » Au final, c’est un véhicule essence qui a été choisi mixant une consommation raisonnable et une représentation suffisante « pour le maire de la seconde ville de France ».

Peugeot 607, Renault Vel Satis, voire Espace : la fonction de maire peut difficilement s’accorder d’un véhicule plus modeste. L’image de la commune est en jeu et ne peut être totalement sacrifiée pour des raisons environnementales Toutefois, « même si chaque maire d’arrondissement dispose d’une voiture, décrit le responsable des TAM, transport automobiles municipaux de la ville de Paris, il s’agit de voitures de gammes moyennes, pas de véhicules de prestige. »

Unité fonctionnelle

En hommes politiques avisés, les maires transforment volontiers leur véhicule en étendard politique à destination de leurs administrés. Si Bertrand Delanoë se déplace sur les événements officiels dans une berline, aucun parisien n’ignore qu’il utilise au quotidien une Saxo électrique. L’inclinaison des maires à transformer leur véhicule en outil de communication politique est d’autant plus légitime que leur voiture leur est attribuée comme « véhicule de représentation ». « Ce n’est pas un véhicule de fonction », insistent les responsables de flottes automobiles des mairies. Contrairement aux cadres des entreprises, le maire n’utilise pas sa voiture pour ses déplacements privés, ni ses vacances. Au sein des mairies, seuls quelques responsables, dont le titre change suivant les mairies : « Directeur de service » ou « Secrétaires généraux », utilisent les voitures de la mairie comme « véhicules de fonction ». « Les véhicules de fonctions sont alloués aux Directeurs généraux après délibération du conseil municipal », indique-t-on par exemple à la mairie de Bordeaux.

Ces véhicules de fonction réservés au cadres les plus élevés de la mairie sont le plus souvent les mêmes modèles que ceux des maires et bénéficient donc des mêmes spécificités : faible consommation, faible rejet de CO2… A Besançon, où Patrick Toullec Merten, Directeur du parc automobile, gère plus de 500 cartes grises, les quatre véhicules réservés aux principaux responsables de la mairie font l’objet d’une procédure de marché adapté, au titre de « l’unité fonctionnelle » de la mairie.

Des kilomètres aux mandats

A la disposition du maire : un véhicule officiel de représentation mais aussi un monospace pour l’accueil des invités. Pour ce marché à procédure adapté, « on est sur des montants de 25 à 35 000 euros », indique Patrick Toullec Merten. « Les véhicules sont renouvelés souvent pour nous permettre de faire des remplacements sur le reste du pool des véhicules de la mairie », explique-t-il. Car si l’ensemble du personnel de la mairie se déplace dans des petits véhicules, utilise des fourgons et fourgonnettes, deux véhicules sont également à disposition pour les déplacements de longue distance.

Ce renouvellement fréquent est également rendu nécessaire par les nombreux déplacements du maire de Besançon, Jean-Louis Fousseret. Même si la voiture du maire est limitée aux déplacements de représentation, ceux-ci deviennent plus fréquents avec la multiplication des mandats du maire. C’est le cas de Jean-Louis Fousseret : à la fois maire mais aussi président de la communauté d’agglomération, membre du conseil national du développement durable… De nombreuses attributions qui donnent une particularité à la voiture du maire : le privilège d’être équipée de deux montes de pneus, alors que la plupart des véhicules de la mairie sont sur une monte hiver toute l’année. « Si les véhicules de la mairie roulent environ 10 000 kilomètres par an, celle du maire roule de 20 à 25 000, le maire étant également député », indique pour sa part Jean-Michel Raffoux, Responsable de la flotte de la mairie à Poitiers.

Options au plus offrant

Mais si la voiture du maire doit faire preuve de modestie par sa taille et sa consommation, elle ne s’interdit pas un certain confort. Par exemple, afin d’arriver dans les meilleures dispositions aux différentes réunions, les voitures des plus hauts responsables de la ville font rarement l’économie de la climatisation. Sans excès, on trouve dans ces véhicules des options rarement présentes dans le reste de la flotte de la mairie. A Bordeaux, où les véhicules communaux ont fait l’objet d’un appel d’offres dans le cadre d’une location longue durée, les Prius réservées au maire et aux directeurs ont fait l’objet de demandes « plus étoffées en terme d’options », décrit Patrick Guevel, Directeur général des services techniques. Elles disposent d’un intérieur cuir, d’une aide au stationnement, d’une climatisation plus perfectionnée… « Mais la demande d’options n’est pas imposée. Ce sont les offrants qui proposent » note le responsable de la flotte.

Une voiture plus prestigieuse, de nombreuses options : la voiture de représentation du maire, même si elle est en accord avec la politique générale de la ville en matière d’environnement ne représente pas moins un cas à part pour les responsables de la flotte automobile. Véhicule qui doit être disponible et en bon état à tout moment, son cas demande une attention particulière de la part du garage de la mairie. « On va s’orienter vers la location parce que notre atelier intégré est peu équipé pour le haut de gamme, indique ainsi Jean Michel Raffoux à Poitiers. La location longue durée avec « full services », correspond plus à nos besoins. »

Pour pallier cette alternative, la mairie de Lille a choisi une autre solution. « La voiture du maire appartient au pool “taxis’’ de la mairie », explique Sébastien Lautrie, le responsable du garage de la mairie. Dans ce pool, des berlines et des monospaces que les responsables peuvent utiliser selon leurs besoins. « Il y a un véhicule plus ou moins ciblé pour le maire », note toutefois le responsable du garage de la ville.

Cette solution a également été choisie à Paris : « jusqu’en 2001, tous les élus de l’exécutif disposaient d’une voiture avec chauffeur. A partir de 2001, tout cela a été remplacé par le recours à un pool banalisé de véhicules avec conducteurs non attitrés », explique le responsable de la flotte municipale, Didier Dely. Une démarche moins bénéfique en terme médiatique, mais tout aussi efficace en terme environnemental.

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