Les artisans font de la résistance

Ce n’est peut-être pas toujours le cas, mais quand ils savent ce qu’ils veulent, les artisans ont de solides arguments vis-à-vis des choix qu’ils prennent en matière de financement. Parfois, il s’agit juste d’une habitude, motivée par le bon sens. Souvent, ils ont un objectif précis en tête.

402

Combien sont-ils à regarder du côté de la location longue durée ? Pour LeasePlan, il ne fait pas de doute que le taux de pénétration de la LLD chez les TPE, artisans et professions libérales ne représentent qu’un petit pourcentage du marché de la LLD, 5 % environ selon Joël Fernandes, chef de marché small business du loueur. Selon le Syndicat National des Loueurs de Voitures Longue Durée (SNLVLD), la moitié du marché de la LLD serait constitué des PME,TPE, artisans et professions libérales. Une proportion importante certes,mais doublement incertaine car on ignore en réalité la part précise des artisans et, d’autre part, celle que représentent spécifiquement les véhicules utilitaires.

La société Companeo, une place de marché électronique qui met en contact clients et fournisseurs dans de nombreux domaines (automobile, mais aussi informatique, télécoms etc…), dispose d’un point de vue intéressant sur la demande des artisans : « Nous constatons qu’aujourd’hui, près d’un tiers d’entre eux n’est pas arrêté sur le mode de financement » révèle Philippe Nadal, chef de marché automobile chez Companeo. « C’est un taux important qui montre leur degré d’incertitude ». Ceux qui savent comment ils vont financer leurs véhicules sont 12 % à vouloir acheter au comptant ou par le biais du crédit classique, 28 % veulent de la location avec option d’achat (LOA) et 29 % de la LLD. Ces chiffres montrent qu’ils sont plus sen- sibles à la location que ne le laisseraient penser les loueurs.

« Je sais ce dont j’ai besoin »

Ces derniers ont cependant raison sur un point : les artisans sont encore assez nombreux à ne pas vouloir étudier les formules de financement autres que celles auxquelles ils sont habitués. « Je suis en fin de carrière et j’ai toujours financé mes utilitaires par l’achat ou le crédit bail », témoigne ainsi Michel Flamant, gérant de la menuiserie Flamant Frères dans l’Oise. « Je ne me suis jamais trop penché sur la LLD, car je sais ce dont j’ai besoin. » Mais la préférence pour l’achat n’a pas que l’habitude comme motivation. Monique Marsais, co-gérante de la boucherie Marsais dans l’Indre, explique ainsi pourquoi elle et son époux Laurent ont préféré acheter leur véhicule de tournée, un véritable «camion-magasin ». « Son prix était de 88 000 €, c’est un investissement considérable équivalant à l’achat d’un 2nd magasin » témoigne-t-elle. « Nous avons obtenu un prêt de la banque sur 84 mois, soit la durée d’amortissement du véhicule, et cela, après avoir revendu le précédent. Nous avons songé au leasing, mais pour ce type de véhicule, l’achat est plus facile à mettre en place. »

Bien sûr, il y a l’inconvénient de ne pas avoir de remplacement évident pour un véhicule aussi pointu et équipé, mais Monique Marsais esti- me que son contrat d’assistance encadre bien ce risque. Une façon de répondre aux loueurs qui reprochent souvent aux artisans de ne pas faire attention aux coûts annexes, souvent importants.

« Les artisans ont le bon sens paysan », commente ainsi Christophe Conegero, directeur equipment solutions vehicles pros d’Arval. « Mais ils séparent trop les choses, et ne font pas le calcul sur la période de détention du véhicule, le coût de l’entretien, celui du carburant,etc… » Pour Jean-Michel Sinet, gérant de Sanichauffe, un spécialiste du BTP dans l’Oise, « les coûts annexes tels que l’entretien courant ne représentent pas grand-chose. » « Il ne faut pas sous-estimer la capacité des artisans à savoir gérer le tout venant par leurs relations avec leurs garages, lesquels ne peuvent pas tout, certes,mais ont encore plus d’un tour dans leur sac » témoigne Geneviève Massé, co-gérante de la boulangerie Massé dans l’Indre.

« Une clientèle très exigeante »

Il reste que pour d’autres aspects, les artisans sont peut-être moins regardants : comment par exemple intégrer les coûts des assurances ou la fiscalité directement liée à l’usage du véhicule dans le calcul de son coût d’utilisation ? C’est une question qui reste pour l’instant sans réponse, les artisans se focalisant avant tout sur l’élément essentiel qui va emporter leur choix.

« C’est une clientèle très exigeante », rappelle cependant Guillaume Audier, chef de marché entreprises au sein de Fiat Professionnal. « Ils ont besoin de produits financiers les mieux adaptés à leur activité. » Des professionnels exigeants et qui entendent bien qu’on réponde à leur demande, sans avoir à être emmenés là où les loueurs longue durée aimeraient désormais qu’ils aillent.

PARTAGER SUR