Les berlines font de la résistance !

Alors que la grande berline classique de haut de gamme perd irrémédiablement des parts de marchés au profit des SUV de luxe, elle bénéficie par contrecoup de la désaffection de la clientèle pour les grands monospaces qui sont eux, en chute libre.

- Magazine N°119
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Les constructeurs ne relâchent pas leurs efforts pour offrir, quel que soit le «genre» de haut de gamme, les dernières technologies les plus avancées pour attirer le chaland. En effet, afin d’enrayer le déclin annoncé de la limousine en Europe (Asie et Amérique restent des marchés de forte croissance), les ingénieurs s’évertuent à proposer de nouvelles motorisations diesel toujours plus performantes, de moins en moins polluantes et disposant, si possible, d’un agrément de conduite en hausse. De nouveaux moteurs qui s’accompagnent aussi de nouvelles fonctionnalités sur le châssis (ESP sophistiqué, gestion des suspensions, etc. ), sur l’habitacle pour le confort des passagers et sur l’ergonomie du poste de conduite. Avec une obsession : garantir au mieux la fiabilité électronique de ces nouvelles fonctions dont la gestion par de gros calculateurs s’apparente de plus en plus à celle d’un Airbus ! De ce point de vue, la «nouvelle» Mercedes Classe E, revue et corrigée après quatre années de déboires électroniques, est emblématique : 2 000 fonctions supprimées et 2 000 fiabilisées. C’est tout le bien que l’on souhaite à Citroën qui a pris le temps – pas loin d’un an ! – entre la présentation à la presse de la nouvelle C6 et sa commercialisation effective en ce mois de juin.

Une Peugeot 607 bien esseulée

Si la Peugeot 607 a dominé les débats du haut de gamme en France en 2005 avec 9 572 immatriculations, loin devant la seconde, la Mercedes Classe E (6 507 immats hors versions breaks*), l’année 2006 s’annonce difficile pour la française avec l’arrivée de la «nouvelle» Classe E. Elle chute de près de 60 % depuis le début de l’année avec moins de 2 000 immatriculations de janvier à avril 2 006. Peugeot a donc fourbi ses armes et propose une nouvelle motorisation pour son vaisseau- amiral : un 2. 2 HDi de 170 ch qui vient s’intercaler entre le 2. 0 HDi de 136 ch (33 350 €,162 g/km,8 CV) et le V6 2. 7 HDi de 204 ch (40 350 €,223 g/km,13 CV).

Ce quatre cylindres est, pour l’instant, seulement proposé avec la nouvelle boîte mécanique à six rapports capable de supporter le couple de 370 Nm dès 1 750 tr/mn. Issu de la coopération avec Ford, ce quatre cylindres est bien sûr équipé du FAP et procure plus de dynamisme avec de meilleures accélérations et reprises ainsi qu’une réduction de la consommation moyenne (gain d’un demi-litre aux 100 km) comme des émissions de CO2 par rapport à l’ancien moteur 2. 2 l HDi, supprimé de la gamme moteurs 607 (lire notre comparatif par ailleurs). Il est proposé à partir de 35 750 € en finition Executive (170 g/km,10 CV).

Mercedes n’est donc pas en reste avec sa Classe E reliftée et revue de fond en comble pour ce qui est de l’électronique embarquée. Au passage, le 2 148 cm3 de la E 220 CDI passe à 170 ch et 400Nm de couple avec, au choix, boîte mécanique ou auto (lire notre comparatif). Les prix débutent en finition Classic à 40 600 €(167 g/km,10 CV), ce qui laisse un avantage compétitif pour la Peugeot 607. En ce qui concerne les autres motorisations diesels, la Classe E est toujours proposée avec le 2. 1 l en 136 ch (E 200 CDI,167 g/km,8 CV,37 800 €), le 3. 0 V6 CDI de 190 ch (E 280 CDI,183 g/km,11 CV,43 600 €) ou 224 ch (E 320 CDI,194 g/km,14 CV,48 900 €) et, dominant les débats, le gros 4. 0 V8 CDI de 314 ch (E 420 CDI,246 g/km,22 CV,70 600 €).

BMW talonnée par la Vel Satis ?

BMW, qui talonne la Mercedes Classe E avec sa Série 5 ne pourra donc pas, sauf surprise, se hisser sur la seconde marche sur le podium des immatriculations hexagonales en 2006 car aucune «nouveauté » technologique permettant de relancer les ventes n’est prévue. Deux ans après sa naissance, la berline bavaroise ne peut pas non plus compter sur un relifting. Le réseau devra donc trouver des astuces pour vendre une grande et belle berline dont les ventes ont chuté de près de 10 % l’année dernière (5 570 unités) et de 15 % depuis le début 2006 (2001 unités en quatre mois). Elle pourrait bien se voir coiffer sur le poteau cette année par une Renault Vel Satis (5 411 unités en 2005) revigorée par le nouveau 2. 0 dCi de 150 ou 170 ch (voir par ailleurs). Il n’en reste pas moins que cette Série 5 s’affirme toujours comme une des meilleures, si ce n’est la meilleure de la catégorie, pour l’ensemble de ses prestations et la perfection dans tous les détails.

Au programme en 4 cylindres 2. 0 l diesel : la 520d de 163 ch (158 g/km,9 CV,36 800 €) qui passe à 10 CV en boîte auto en raison d’émissions de CO2 qui font un bond à 185 g/km (10 CV). La Série 5 fait ensuite appel à un moteur fabuleux et unique dans la production : le six cylindres en ligne turbodiesel. Dans sa cylindrée de 2. 5 l, il développe 177 ch (525d, boîte mécanique,40 900 €,11 CV,179 g/km) mais passe à 208 g/km de CO2 dans sa version boîte auto (525dA,43 200 €). En 3. 0 l, ce fabuleux « six fûts béhème » propose 231 ch (530d,44 700 €,14 CV,179 g/km) et même 272 ch pour la 535d qui se «contente» de 211 g/km de CO2 mais avec une puissance fiscale de 18 CV (51 550 €). Il faut souligner ici que les différences d’émissions de CO2 entre boîte mécanique et boîte automatiques sont valables quasiment sur chaque modèle et pour chaque marque, ce qu’aucune d’entre elles ne met en avant dans sa communication, on le comprend. De la même manière, la grande vogue actuelle dans la production allemande des transmissions intégrales sur les berlines et breaks se traduit par une surconsommation importante qui fait aussi sauter ces véhicules dans les catégories de CO2 les plus taxées. Attention donc aux mirages de la boîte auto associée à une transmission intégrale !

Vel Satis, un haut de gamme franco-français

La Renault Vel Satis tente de défendre le haut de gamme à la française mais ce combat se limite à l’Hexagone, tant les ventes à l’étranger sont confidentielles. Après une année 2005 «stable», le premier quadrimestre 2006 voit chuter ce modèle de près de 35 % (1 346 immatriculations) mais, contre vents et marées, la Vel Satis s’enrichit ce mois-ci d’un nouveau 2. 0 dCi de 150 ch ou 175 ch monté récemment sur Mégane, Scénic, Laguna et Espace. Il remplace progressivement le 2. 2 dCi sur la même palette de puissance (sauf en 140 ch BVA,226 g/km,9 CV,34 900 €) car celui-ci ne sera plus conforme aux normes de dépollution au 1er janvier 2007. Une puissance de 120 ch sera aussi proposée pour s’inscrire en 7 CV. Pour l’heure, le 2. 0 dCi avec FAP délivre 150 ch et 340 Nm de couple pour 194 g/km de CO2 et, en 175 ch, un couple supérieur à 360 Nm pour des émissions de CO2 identiques. Les prix, non disponibles à l’heure où nous mettons sous presse, devraient être identiques aux modèles remplacés, à puissance supérieure (lire comparatif par ailleurs). En haut du tableau, le 3. 0 V6 dCi d’origine Isuzu a subi quelques modifications pour porter sa puissance à 180 ch tout ronds et son couple, tout aussi rond, à 400 Nm pile… Ses émissions de CO2 passent à 232 g/km, soit une catégorie fiscale de 12 CV (39 200 €).

L’Audi A6, une valeur sûre

En 5e position des ventes en France, on retrouve l’Audi A6 qui fête aussi ses deux ans d’existence, tout comme la BMW Série 5 qu’elle tient dans sa ligne de mire à 4 163 immatriculations en 2005 (+ 7 %). L’offre diesel débute avec le 2. 0 TDI de 140 ch et 320 Nm de couple qui fait toujours appel à la technologie des injecteurs-pompes, plutôt sobres mais terriblement sonores… Les émissions sont limitées à 172 g/km pour une puissance fiscale de 8 CV mais passent à 174 g/km avec le filtre à particules DPF (sans entretien) et même 189 g/km (9 CV) pour la version Multitronic BVA (37 280 €). Pour les puissances supérieures, l’A6 fait appel au 2. 7 V6 de 180 ch et 380 Nm, un turbodiesel «classique» à injection common rail particulièrement discret et souple. Il demeure non surtaxé avec 191 g/km de rejet de CO2 et tout juste 200 g/km équipé de la boîte auto Multitronic (12 CV,40 050 €) à condition que vous n’optiez pas pour le filtre à particules ! Celui-ci augmente logiquement la consommation et fait franchir à ce modèle la barre à 203 g/km de CO2. Son prix progresse aussi à 40 750 € mais toujours en 12 CV fiscaux.

Si ces effets de seuils sont le cadet de vos soucis, la version V6 en 3. 0 l développant 225 ch vous comblera par ses performances et sa douceur de fonctionnement. Elle n’est livrée qu’en transmission intégrale Quattro (218 g/km,14 CV,42 640 €) et en option, équipée de la boîte Tiptronic qui fait passer les émissions à 232 g/km (15 CV,43 340 €) avec le DPF.

Mercedes : la révélation CLS

Au sixième rang des immatriculations 2005 en France dans le haut de gamme (1 517 unités) et déjà 801 exemplaires immatriculés au premier quadrimestre 2006, la présence du Mercedes CLS est une surprise car ce coupé 4 portes à l’élégance certaine s’avère totalement décalé par rapport à l’offre actuelle. Se classant à la frontière entre prestige et sport, ce modèle s’impose par exemple face à Jaguar qui se débat entre réminiscence du passé et futur non conventionnel. La Mercedes CLS constitue certainement un choix judicieux pour les clients du haut de gamme ne voulant plus rouler dans une berline classique comme la Classe E, mais se refusant aussi à rouler en SUV comme le Classe M et trouvant décidément que le grand break monospace Classe R n’a rien d’excitant. Reste donc cette berline luxueuse et sportive CLS qui propose en plus des prestations de haut niveau (performances, confort et agrément de conduite) que ne peuvent offrir les Classes M ou R. Judicieusement, Mercedes a glissé sous le capot de la CLS, son moteur 3. 0 V6 CDI de 224 ch qui se «contente» de 7,6 l/100 km en consommation mixte – rançon d’une bonne aérodynamique – pour des émissions de CO2 réduites à 202 g/km et un prix de 58 400 € (en boîte automatique). Gageons que si les ventes progressent encore, Mercedes Benz France saura convaincre l’Allemagne de donner un petit tour de vis pour ramener les émissions à 200 g/km tout rond ! En tout état de cause, la discrétion de bon aloi de ce coupé 4 portes turbodiesel séduira les amateurs de haut de gamme chic mais pas frime.

Jaguar au passé composé

Avec tout juste 801 immatriculations (- 17,8 %) pour sa S-Type et à peine plus pour la X-Type (907 immatriculations, – 37 %), Jaguar tombe de Charrybe en Scylla. Ce n’est pas faute pour ces modèles de regorger de qualité, notamment le moteur 2. 7 V6 de 207 ch délivrant un bel agrément de conduite (41 950 €,12 CV,179 g/km). Touchant même la sérénité parfaite en boîte auto : 44 040 € en finition Classic (208 g/km,13 CV). Mais le problème reste bien celui d’une erreur dans la définition des produits qui se veulent par trop des copies infidèles du passé. Bref, la S-Type n’est pas une mauvaise berline luxueuse, loin de là, mais elle manque sérieusement de « sex-appeal » ! Il faudra attendre la nouvelle génération de X-Type – la génération actuelle est née en 1998 – pour voir un nouveau style et un nouveau moteur, par exemple le V8 turbodiesel en cours de développement chez Ford pour Land-Rover et Volvo.

L’Opel Signum : le retour ?

Très sérieuse déconvenue aussi pour Opel qui n’a jamais vraiment remplacé son haut de gamme Omega, la Signum n’ayant pas convaincu la clientèle. Il faut dire que son positionnement visuel et technique trop proche de la Vectra – avec qui elle partage plate-forme et motorisations – l’a beaucoup desservie lors de son lancement au printemps 2003. Avec 570 immatriculations en 2005 (- 24,7 %), il était temps de réagir. Ce fut fait dès l’automne dernier avec un relifting réussi et une réorganisation plus rationnelle des gammes. La Signum intègre enfin la gamme Vectra et se positionne comme une version «singulière» et alternative au break Vectra dont elle reprend l’empattement allongé (2,83 m contre 2,70 m pour la berline). Une offre proposée au même prix que le break mais uniquement disponible en finition Cosmo haut de gamme. Sous le capot, on retrouve le 1. 9 CDTI hérité de l’accord General Motors- Fiat et développé par Alfa Romeo. Il développe au choix 120 ch (159 g/km,7 CV,27 500 €) ou 150 ch et boîte mécanique (162 g/km,9 CV,28 800 €) ou BVA (189 g/km,9 CV,30 300 €). Le 3. 0 V6 de 180 ch acheté chez Isuzu est toujours au catalogue pour 32 400 € (189 g/km,11 CV). Bien plus cohérente, la nouvelle offre Signum devrait limiter la chute de ses ventes cette année : la progression est de 5,44 % sur le premier quadrimestre 2006 avec 155 unités.

La Saab 9-5 se stabilise

En 9e position au classement des meilleures ventes, on retrouve une autre filiale du groupe GM, à savoir le suédois Saab qui se débat avec ses «clones» d’Opel. La 9-5 de son côté n’a pas encore fini sa carrière qui a pourtant débuté il y a pratiquement dix ans ! Avec 417 immatriculations en 2005, la chute est lourde (- 41,8 %) et sa remplaçante n’étant pas encore programmée, c’est à un sérieux relifting que la grande 9-5 a eu droit récemment. Au passage, le 3. 0 V6 de 177 ch Isuzu est passé à la trappe et ne subsiste plus sur ce modèle qu’un seul moteur : le 1. 9 TiD en 150 ch venu de GM (31 200 €,174 g/km,9 CV). Pour la France, cette motorisation a droit à une version boîte automatique : 33 050 € et tout juste 199 g/km de CO2 en 9 CV fiscaux. Bonne pioche tout de même pour la marque puisque les ventes se redressent avec 145 immatriculations depuis le début 2006 (janvier à avril), soit une chute stabilisée à – 5,84 %.

Volvo, la S80 en phase de renouvellement

En 10e position, Volvo et sa berline haut de gamme S80 qui ne s’est immatriculée qu’à 418 exemplaires (- 18,8 %) ont lourdement chuté en 2005. Cette année devrait être meilleure car la nouvelle génération de S80, déjà présente dans les concessions mais commercialisée seulement en septembre, a pour effet déjà de booster les ventes de l’ancien modèle par le bel effet des remises. Pour ce qui est de la nouvelle S80, celle-ci est développée sur la base de la récente plate-forme commune à la Ford Mondeo-Galaxy-S-Max. Elle est équipée de moteurs «maison», en essence comme en diesel. Elle reprend ainsi le 5 cylindres de 2. 4 l en 130 ch (non disponible au lancement),163 ch (à partir de 34 900 €,10 CV,169 g/km) et 185 ch (à partir de 36 550 €,11 CV,167 g/km) pour des performances et des consommations améliorées par rapport à l’ancienne génération.

A l’inverse du suédois, l’américain Chrysler commence une percée avec son énorme berline 300 C typiquement US et décalée : 11e place et 350 immatriculations en 2005 et 463 unités vendues pour les quatre premiers mois de 2006 ! Basé sur la précédente génération de Mercedes Classe E – d’où un comportement indolent – ce mastodonte a bien besoin des 218 ch du 3. 0 V6 CRD venu tout droit de la maison-mère pour emmener les 1 845 kg à vide de la voiture. Ce turbodiesel n’est disponible qu’en boîte auto et entraîne les émissions de CO2 à 215 g/km (8,1 l/100 km) pour 14 CV (38 900 €). Il faut aimer le genre mais il est sûr qu’à ce prix-là, elle est absolument imbattable ! D’ailleurs les ventes croissent à vitesse grand V pour dépasser la Volvo S80 et rattraper l’Opel Signum.

Citroën C6, les entreprises attendent !

Dans la suite du classement, on trouve en diesel, une Alfa Romeo 166, douzième à 242 immatriculations en 2005 (- 58,6 %) et seulement 56 exemplaires depuis le début 2006 et qui devrait souffrir encore plus cette année avec l’arrivée, frontale et percutante, de la 159 qui se positionne quasiment sur le même segment (4,69 m de longueur contre 4,72 m pour la 166). D’ailleurs Alfa Romeo France ne s’y est pas trompé en réduisant l’offre de 166 à deux modèles : la 2. 4 l Multijet de 185 ch (35 400€,11 CV,198 g/km) et la 3. 2 V6 essence.

Terminons ce panorama du haut de gamme diesel avec l’entrée en lice, (enfin !) de la Citroën C6 qui s’est immatriculée l’an dernier à 173 exemplaires (et à près de 600 depuis le début 2006), tous réservés aux ministères et administrations et aux VIP de la marque aux chevrons ; au premier rang desquels le Président de la République. Un exemplaire assemblé à la main, ce qui semble avoir été le cas de toute la production jusqu’à la véritable mise en vente en ce début de mois de juin. Les déboires concernant la qualité de fabrication sont résolus assure Citroën, d’où ce sérieux décalage dans la remise des clés aux premiers clients. Sous le capot, on retrouve le 2. 7 V6 de 208 ch commun à Peugeot et au groupe Ford (Jaguar, Land-Rover) qui se distingue, ici, par un niveau d’émissions de CO2 plutôt élevé : 230 g/km, soit 13 CV ! A partir de 44 700 €. Mais la C6 devrait rapidement adopter – malgré son positionnement haut de gamme – le récent 2. 2 HDi de 170 ch ainsi que le 2. 0 HDi de 130 ch. Histoire de ne pas laisser passer la majorité de ses ventes qui se feront, cela va de soi, en entreprises !

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