Les flottes expérimentent la mobilité durable

La Mairie de Paris, France Télécom et La Poste ont testé l’offre en matière de véhicules propres. Si ces flottes ont adapté leur politique en fonction de ces tests, aucune solution miracle ne s’impose à elles.

- Magazine N°133
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De plus en plus d’entreprises ont décidé d’être exemplaires en matière de mobilité durable. Et non des moindres. Ainsi la Mairie de Paris, qui compte 3 900 véhicules, s’est fixée des objectifs ambitieux. Alors que la Loi sur l’Air impose aux collectivités de réserver 20 % de leurs achats aux véhicules propres, la Mairie de Paris veut que sa flotte compte 60 % de véhicules propres avant la fin de l’année 2007. A la mi-octobre, 1 964 véhicules sur les 3 900 répondent à cette exigence, soit 50 % de la flotte. « Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés aux véhicules électriques, se souvient Didier Dely, directeur adjoint de la Daliat (Direction des Achats, de la Logistique, des Implantations Administratives et des Transports). Malheureusement, il n’existe pas encore d’offre crédible. Nous attendons que les expériences en cours aboutissent. » Dans un deuxième temps et ce, jusqu’à la moitié de la mandature, la Mairie de Paris a concentré ses efforts sur le GPL et a installé une station municipale. « Ensuite, nous avons lancé un appel d’offres en imposant des critères d’émissions de CO2, explique Didier Dely. Sur ces critères, le diester s’est imposé comme plus économe que le GPL. » La Mairie de Paris a donc retenu l’offre B30 de Citroën avec des petits véhicules urbains de type C1, mais aussi des C4, Berlingo, Jumper et Jumpy. Aujourd’hui, deux ans après cet appel d’offres, la Mairie de Paris est à la tête de 1 000 véhicules diester. A terme, la totalité de la flotte devrait fonctionner au B30, la Mairie de Paris renouvelant ses véhicules tous les six ans. Cette politique devrait permettre de réduire de 1 700 tonnes les émissions de CO2 en 2007, soit une économie de 30 % de la totalité des rejets de la flotte.

Une économie sur le poste Carburant

Par ailleurs, la Mairie de Paris a mené un test sur l’E85 avec une pompe municipale dédiée et 15 Ford C-Max Flexifuel. « L’expérience n’a pas été concluante, constate Didier Dely. En cycle urbain, ces véhicules affichaient des consommations de 14 à 15 litres aux 100 kilomètres. Les rejets de CO2 n’étaient pas crédibles. » Par ailleurs, en partenariat avec EDF, la Mairie de Paris teste de nouvelles solutions hybrides. « Nous n’avons que six Toyota Prius 1 et 2 car ces véhicules sont très chers », note Didier Dely. Reste que la Mairie de Paris veut que sa flotte compte 10 % de véhicules hybrides à terme. Et Didier Dely constate qu’à ce jour, aucune offre crédible n’existe en matière de deux roues hybrides. Par ailleurs, la Mairie de Paris travaille à réduire la taille des véhicules de sa flotte en privilégiant les petits modèles citadins du type C1. L’ensemble de la stratégie adoptée a permis de réaliser des économies importantes sur le poste carburant. « Le diester coûte moins cher et consomme moins », explique Didier Dely. Enfin, la municipalité parisienne entend mutualiser les moyens de transport en créant des pools de véhicules. Parallèlement, elle veut développer la culture du transport multimodal et, à ce titre, a ouvert à ses agents l’accès à Vélib’. Objectif : réduire de 10 % le nombre de véhicules de services. « Nous travaillons avec les différents services pour optimiser la flotte sans perdre en réactivité, explique Didier Dely. Cette politique demande un effort d’explication et passe par la concertation. »

Une cure de jouvence

France Télécom veut également être exemplaire en matière de développement durable. Sa flotte compte 27 000 unités en France et 50 0000 au niveau mondial. Elle génère 11,4 % des émissions de CO2 du groupe. Première décision, France Télécom a décidé de renouveler désormais ses véhicules tous les quatre ans contre six ans auparavant. L’objectif est de se rapprocher à terme d’une moyenne de 130 grammes de CO2 par kilomètre en rajeunissant le parc. Autre disposition, le groupe incite ses collaborateurs qui disposent d’une carte carburant à privilégier l’Excellium, le nouveau carburant de Total qui affiche des consommations à la baisse. Bilan : France Télécom a économisé deux millions d’euros sur le poste carburant. Par ailleurs, l’opérateur a décidé de tester le B30. Une cuve commune devrait être installée au premier semestre 2008 en région parisienne et ce, en collaboration avec La Poste. Un test a été mis en place avec une cinquantaine de véhicules B30 pour étudier les consommations. A terme, 2 000 à 3 000 véhicules circulant en région parisienne pourraient rouler au B30 si les tests s’avéraient concluants. « Cela étant, explique Philippe Tuzzolino, directeur de l’environnement du groupe, nous sommes limités par le volume de la cuve qui contient 90 000 m3 de carburant ».

Des solutions à l’étude

France Télécom teste également l’E85 en collaboration avec Volvo. Le groupe a référencé les véhicules flexifuel de Volvo, Saab et Ford à son catalogue mondial. « Nous souhaitons que l’offre flexifuel des constructeurs soit étendue aux véhicules utilitaires », souligne Philippe Tuzzolino. La Toyota Prius est également inscrite au catalogue mondial du groupe. Enfin, France Télécom avait rejeté dans un premier temps le GNV car son utilisation « n’était pas évidente et son bilan en matière de CO2 n’était pas satisfaisant. » Mais le groupe a décidé de tester à nouveau ce carburant en collaboration avec Fiat et Gaz de France. France Télécom étudie toutes les pistes puisque l’opérateur historique teste également des véhicules électriques. Le Kangoo aménagé par Cleanova pourrait équiper les techniciens du groupe si les résultats du test sont concluants. Autre piste : la Smart électrique. Elle n’est pas encore proposée en série, mais pourrait à terme équiper les commerciaux de France Télécom. Enfin, le groupe attend avec impatience une offre hybride diesel. « PSA l’annonce pour 2009, explique Philippe Tuzzolino. Dès que les modèles seront commercialisés, nous les inscrirons à notre catalogue et nous les imposerons. Mercedes travaille également à un utilitaire hybride diesel. Le potentiel pour l’hybride diesel est de 10 000 véhicules au niveau du groupe. » France Télécom mène également des actions de sensibilisation à la conduite apaisée auprès de ses collaborateurs et insiste sur l’importance de la pression des pneumatiques sur la consommation. Enfin dernière expérience en date, France Télécom teste des outils de suivi de flotte couplé à la navigation dans les véhicules. Un logiciel optimise les tournées et envoie les feuilles de route sur le GPS des techniciens. « Mais les GPS avaient tendance à disparaître, avoue Philippe Tuzzolino. Nous avons donc décidé de travailler avec Orange à la création d’une solution de navigation et de géolocalisation à partir de téléphone portable. » A ce jour, France Télécom ne s’est pas fixé d’objectifs quantitatifs en termes de réduction des émissions de CO2 et de consommation de carburant. « Nous n’en sommes pas encore au chiffrage car nous ne voulons pas dire n’importe quoi, explique Philippe Tuzzolino. Nous avons mis en place un outil de reporting qui remonte toutes les consommations. A partir des résultats enregistrés, nous donnerons des tendances pour 2008. »

La Poste sur la voie électrique

La Poste, avec ses 42 000 voitures, est l’une des flottes françaises les plus importantes. En avril dernier, le groupe a lancé un appel d’offres européen pour doter ses facteurs de 500 véhicules électriques. Le test réalisé au préalable a permis de calculer précisément l’apport de cette technologie. Ainsi, un kilomètre électrique coûte en moyenne six fois moins cher qu’un kilomètre diesel sur la base du prix du pétrole actuel. Et, surtout, l’utilisation de véhicules électriques permet d’économiser 4 tonnes de CO2 par an et par véhicule par rapport à une voiture traditionnelle. En lançant son appel d’offres, La Poste estimait le potentiel de véhicules électriques pour distribuer le courrier à au moins 10 000 unités. Cela étant, la procédure a duré plus longtemps que prévu et a été retardée par les vacances estivales. Aucun prestataire ne sera désigné avant 2008. La Poste a reçu 9 réponses à son appel d’offres. Elles provenaient de France, d’Europe, des Etats-Unis et d’Inde. Deux offres ont été écartées car elles ne répondaient pas aux critères de sélection. Quoi qu’il en soit, se doter de véhicules propres ne constitue pas la seule piste pour limiter ses consommations et ses émissions polluantes. La Poste expérimente d’autres voies. Ainsi, l’ensemble des facteurs est désormais formé à l’éco-conduite. De juin à décembre 2007,10 000 facteurs vont bénéficier de ces cours pratiques à travers la France. Et les objectifs sont encore plus élevés pour les années suivantes puisqu’à la fin de l’année 2009,60 000 collaborateurs de La Poste auront été formés. Pour remplir cet objectif, 10 formateurs de la Poste ont reçu un enseignement ad hoc de la société suisse IPC (Institut de Pédagogie de la Circulation) pour transmettre aux stagiaires les principes d’une conduite économe. Grâce à ce programme de formation, La Poste espère réduire ses émissions de CO2 de 5 %, soit 10 000 tonnes par an. Une fois tous les conducteurs formés, une réduction de 8 % des consommations se traduirait par une économie de 5 millions de litres de carburant par an. Bref, ces trois exemples montrent l’implication des flottes d’entreprise pour promouvoir une mobilité durable. Reste que nous n’en sommes qu’aux prémices de cette démarche et qu’à ce jour, aucune solution miracle ne s’est imposée à tous.