Les gestionnaires de parcs et la nouvelle donne écolo !

Les gestionnaires de parcs et la nouvelle donne écolo !

Après la révolution de la TVS en 2006, les gestionnaires de parcs devraient connaître une nouvelle année de mutation avec l’entrée en vigueur du bonus-malus. Comment appréhendent-ils cette réforme, quelles seront les conséquences pour la répartition des véhicules entre les différentes marques du marché ?

- Magazine N°135
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Tout comme les professionnels de la location longue durée qui s’interrogent sur les modalités pratiques de cette réforme environnementale et fiscale, depuis quelques semaines, les responsables de parcs planchent sur cette question. Sur le front de l’activité économique et des perspectives de développement de leurs parcs, les gestionnaires sont, de l’avis des loueurs, plutôt confiants.

« Le moral de nos interlocuteurs n’est pas particulièrement en berne quant aux perspectives d’activité, tant au travers des grands comptes que des PME », estime Jérôme Munck, directeur général de Parcours. Signe de cette confiance, il table sur une hausse de 15 % des mises à la route cette année à 13 500 véhicules. Pour les responsables de GE Capital Solutions Fleet Services, le développement des flottes dépendra étroitement du secteur dans lequel les clients évoluent. Ainsi dans l’industrie pharmaceutique, traditionnellement forte pourvoyeuse de contrats auprès des loueurs, la crise que traverse la visite médicale devrait se traduire par une réduction des commandes.

Mais à l’instar de Jean-François Chanal, Président du Syndicat national des loueurs de véhicules longue durée, la profession estime que la tendance positive devrait se poursuivre, même si la croissance s’est montrée un peu plus faible au quatrième trimestre 2007. L’exercice 2007 ressort en effet en assez nette progression de 6,7 % avec plus de 1 million de véhicules en parc et des commandes en augmentation de 15 % (environ 400 000 unités). « Les gestionnaires sont perplexes sur les modalités d’application du malus mais je n’ai pas le sentiment que cela ralentisse leur activité et leurs commandes », résume Laurent Balayer, Chef du département Toyota Entreprise et Toyota occasions en rappelant que la marque a réalisé un excellent mois de décembre (voir encadré).

L’introduction de l’écopastille dans les flottes à partir du 1er janvier 2008, sauf pour les véhicules ayant donné lieu avant le 5 décembre 2007 à une commande accompagnée d’un acompte (ce qui ne se pratique pas dans le LLD), est considérée de l’avis général comme un accélérateur potentiel de la prise de conscience écologique des flottes. Toutefois, gestionnaires et professionnels de l’automobile rappellent que le monde de l’entreprise avait déjà bien anticipé le mouvement, et que le bonus-malus est avant tout destiné aux particuliers qui s’étaient jusqu’alors bien tenus à l’écart.

« La dimension écologique et l’écopastille vont conduire les entreprises à se poser la question de savoir quel est le parcours réel des véhicules et de nouveaux arbitrages risquent d’intervenir sur l’attribution des véhicules. » François-Xavier Menestrier (Fleet Logistics) sur les conséquences du developpement durable dans la gestion de flotte

Le malus dans le prolongement de la TVS

« Ce système de bonus-malus va tout de même permettre aux gestionnaires de parcs de poursuivre le travail entamé par la loi de finances 2006 sur la TVS », observe Stéphane Tacita, Account Manager chez Fleet Logistics. « Il devrait logiquement y avoir une refonte supplémentaire des catalogues automobiles de nos clients pour tenir compte de cette nouvelle donne. » Pour autant, il ne faut s’attendre à un coup de balai général au sein des parcs.

« Il n’y a pas de prise de conscience brutale du CO2 et de l’écopastille, la loi de finances 2006 ayant déjà fortement sensibilisé les entreprises sur ce point », déclare tout net Thomas Zink, Directeur marketing de GE Capital Solutions France, dont la flotte interne roule à 90% au diesel, et qui n’est donc pas ou peu impactée par le malus.

Deux raisons principales expliquent que les évolutions seront limitées : d’abord, la réforme de la fiscalité sur la TVS introduite par la loi de finances 2006 a déjà conduit nombre d’entreprises à effectuer des changements dans leur car policy afin de réduire son impact. En outre, le malus pose la question des véhicules accordés aux membres des comités de direction et aux cadres supérieurs des sociétés et il ne sera pas évident de changer les habitudes de ces populations. Autrement dit, certains loueurs estiment que les prises de décisions seront longues et progressives.

Depuis plusieurs semaines et sur la base des commandes passées en 2007, les acteurs de la location longue durée ont estimé la part des flottes à la route qui tombe sous le coup de la nouvelle écopastille. Le résultat est plutôt rassurant. Chez GE Capital Solutions Fleet Services, Franck Llagostera explique qu’en 2006,23 % des véhicules installés émettaient 130 g de CO2/km ou moins et 17 % plus de 160 g/km. « En 2007, la part des véhicules mis à la route émettant 130 g ou moins atteignait 34 %, alors que celle émettant 160 g ou plus avait été ramenée à 14 %. Si le bonus-malus s’était appliqué en 2007 sur nos nouveaux contrats, nos clients auraient perçu plus de bonus qu’ils n’auraient payé de malus », insiste-t-il.

Chez Arval, François Piot, Directeur général France, estime que 30 % des véhicules gérés sont éligibles au bonus et 15 % seulement au malus,55 % ayant un impact neutre. Même son de cloche chez Fleet Logistics où Stéphane Tacita explique que sur 458 véhicules commandés par l’un de ses clients du monde de l’informatique, 88 % sont éligibles au bonus ou neutres. Chez ALD, sur la base des commandes 2007, la flotte est impactée à 25 % par le malus, à 25 % par le bonus et est neutre pour 50%.

Malus : les cadres-Sup au pied du mur

Si les flottes ont déjà atteint un certain niveau «écologique» (chez Parcours, la moitié des clients sont sortis bénéficiaires de la réforme de la TVS), la question reste en revanche entière sur la mobilisation du haut encadrement et des directions générales des groupes. « C’est sur cette question des véhicules statutaires que les car policy devront sans doute faire porter leur réflexion, car le coût global automobile risque de grimper sur certaines catégories. En revanche pour les véhicules «collaborateurs», l’évolution va se poursuivre vers des voitures moins puissantes et émettant moins de CO2, mais mieux équipées », explique Laurent Hermesse, chef du département Business Line d’Alphabet France.

« Avec l’arrivée de l’écopastille, nous notons une vraie volonté des dirigeants de montrer l’exemple mais il n’y a pas non plus de grand revirement à l’heure actuelle », indique Thomas Zink, chez GE Capital Solutions Fleet Services. Certains véhicules de direction passent de l’essence au diesel et les véhicules hybrides comme le Lexus, font leur apparition. « Nous avons à la fois des demandes de cotation et des commandes sur ce type de modèles. Le mouvement reste limité, mais il existe, puisque sur un millier de véhicules de direction commandés, une cinquantaine sont des véhicules hybrides », ajoute-t-il. François Piot chez Arval se montre plus prudent. « Le malus touche clairement une population de décideurs. Nous évaluons la situation et chiffrons les coûts avant de suggérer des alternatives », souligne-t-il.

Un enjeu pour les constructeurs : rester sur le marché

Les loueurs et les gestionnaires sont aussi d’accord pour affirmer qu’une redistribution des cartes risque de se produire entre les constructeurs. « La capacité industrielle de constructeurs à s’adapter sera essentielle pour leur représentativité future dans les flottes », résume François Piot d’Arval. Tous saluent à ce titre la mobilisation des marques allemandes, notamment BMW dont 40 % de la gamme affiche des émissions de CO2 inférieures ou égales à 140 g/km (soit 19 modèles et 3 Mini) (voir FA n°133). Fort de ses bonnes performances commerciales de 2007 et de sa gamme de véhicules, Laurent Balayer chez Toyota attend une augmentation de 10 % de ses livraisons cette année et confirme les objectifs de développement du réseau Toyota : à terme les points de vente et entretien atteindront 270 unités dans l’hexagone (dont 80 concessionnaires Business Centres) contre 245 actuellement (dont 60 Business Centres). Quant aux Express Services, dédiés aux interventions en une heure sans RV, ils devraient être au nombre de 80 en fin d’année (contre 30 aujourd’hui).

Au total, la dimension écologique et l’écopastille vont conduire les entreprises à se poser la question de « savoir quel est le parcours réel des véhicules et de nouveaux arbitrages risquent d’intervenir sur l’attribution des véhicules », estime François-Xavier Menestrier, Business Development Manager chez Fleet Logistics. « 2008 sera l’année de la remise à plat des conditions d’attribution de la voiture, à cause de la prise en compte de la totalité des dépenses », prédit quant à lui Jérôme Munck chez Parcours.

Toutes les préoccupations des gestionnaires ne tournent pas uniquement autour de l’écologie. La recherche du meilleur coût d’usage de la flotte devient un sujet essentiel pour toutes les entreprises et justifie les démarches de conseil des loueurs. Il faut décomposer le coût total d’un véhicule et non plus simplement expliquer un loyer financier. Cette évolution touche désormais toutes les tailles de parcs et non plus seulement les très grands comptes. « Sur des parcs de taille moyenne, ce que nous appelons le core business, nous commençons à trouver des comportements d’analyse du TCO. Ils vont rechercher tous les composantes de ce coût d’usage et intègrent par exemple la TVS ou les amortissements non déductibles », remarque William Duchange, Directeur grands comptes de LeasePlan.

L’approche TCO suscite aussi de la part des clients des loueurs un appétit grandissant en faveur de services toujours plus larges. « Nos clients sont effectivement demandeurs de prestations complémentaires, notamment sur l’assurance, les pneumatiques ou la gestion du carburant, dans la mesure où ils veulent de moins en moins dédier des équipes en interne sur ce sujet et ils s’attendent à avoir une vision globale de ce que leur coûte leur parc automobile », remarque Laurent Hermesse chez Alphabet France.

Cette délégation de plus en plus large à des intervenants externes conduit les loueurs à faire du reporting de direction et de l’externalisation globale, estime William Duchange chez LeasePlan. « Nous analysons les grandes tendances d’évolution du parc, faisons les préconisations et allons même jusqu’à nous substituer au gestionnaire vis-à-vis du collaborateur », indique-t-il. Cette évolution conduit parfois les loueurs à gérer les spécificités de certains clients, souligne GE Capital Solutions Fleet Services. « Les gestionnaires nous demandent d’activer certains types de sur-classements pour des utilisateurs bien spécifiques d’autorisations préalables », observe Franck Llagostera.

Dans les mois à venir deux autres sujets de préoccupation devraient émerger, selon les loueurs : le coût de l’argent et la hausse du carburant. « Pour l’instant les gestionnaires ont l’air peu soucieux de l’impact de la crise financière et de leur accès à venir aux liquidités et aux financements », observe François Piot chez Arval.

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