Les pistes d’optimisation des coûts de gestion d’un parc

« Donne-moi ton niveau de TCO, je te dirai qui tu es ». L’engouement des gestionnaires de parcs pour le TCO ne se dément pas. Au fil des ans, ils en ont fait un juge de paix de leurs bonnes pratiques en termes de politique automobile, sous l'œil attentif des loueurs.

- Magazine N°159
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Les pistes d’optimisation des coûts de gestion d’un parc

La mesure du TCO a pour vocation de regarder la totalité des coûts d’un parc automobile, au-delà de ce qui est apparent, c’est-à-dire le loyer, résume Pascal Vanbeversluys, directeur du marché fleet pour GE Capital. Elle s’est complexifiée au fil des années, par l’ajout de critères. Finalement, il existe autant de TCO que ce que l’on met dans les formules de calcul. » Afin d’obtenir le TCO le plus complet possible, GE Capital Finance a opté pour une évolution permanente de son outil Key Solutions. « Nous intégrons par exemple la partie des amortissements non déductibles en tenant compte du taux d’imposition des sociétés », précise Pascal Vanbeversluys.

Selon Arval, le TCO LLD a réussi à être maîtrisé l’an dernier en dépit de la chute des marchés du VO. « Sur les six derniers mois, nous constatons une réduction légère du TCO, de l’ordre de 2 à 3 % », indique Régis Masera, consultant chez Arval Consulting. Comme l’a rappelé Arval lors de la présentation de ses résultats annuels, « une variation des anticipations des marchés VO de 100 euros affecte le TCO de + ou – 3 euros par mois, tandis que la variation des coûts de financement de 1 % impacte le TCO de + ou – 8 euros mensuels. La baisse de consommation en carburant de 1 litre aux 100 km économise 25 euros par mois sur le TCO et l’évolution de 10 centimes du prix au litre équivaut à un gain ou une dépense supplémentaire de 20 euros par mois ».

Un TCO toujours plus complexe à maîtriser

Il y a un consensus autour du rôle joué par certains facteurs dans l’évolution du coût d’usage d’un véhicule : sa dépréciation ou le loyer financier et le carburant constituent les deux postes les plus importants du TCO, avec 65 % de l’ensemble. Autre certitude : au fil des ans, les facteurs macro-économiques ont pris une place centrale dans les processus de décision des gestionnaires de parcs. Un vrai problème car ce sont là des éléments sur lesquels il est difficile d’agir pour les professionnels.

Pour autant, comme le note Régis Masera, « même avec des facteurs extérieurs que nous ne maîtrisons pas (évolution du prix des carburants, etc.), nous travaillons en permanence à une optimisation de quatre piliers : le choix du financement le plus adapté ; la sélection des modèles les plus économiques via un outil d’orientation des choix en fonction du TCO des véhicules ; l’optimisation des organisations internes à l’entreprise et la maîtrise du comportement des conducteurs ». Dans leur démarche, les loueurs sont aidés par la guerre que se livrent les constructeurs sur le terrain des nouveaux modèles. « Tous les trois ou quatre mois, le marché propose des produits plus attractifs, susceptibles d’optimiser les TCO », confirme-t-il.

L’avantage du TCO est qu’il passe en revue l’ensemble des concepts sur le parc automobile, c’est-à-dire les composantes du coût global de détention du parc et ses besoins automobiles. Le raisonnement sur le TCO ne s’arrête pas au calcul des avantages en nature en fonction d’un prix catalogue. Comme le souligne Laurent Corbellini, directeur marketing chez ALD Automotive, « rien ne sert de regarder le prix mensuel d’un véhicule ou d’un parc. Il faut raisonner sur le coût global que représentent les différents facteurs de dépenses agglomérés pour une période donnée ».

Quelques règles d’or sont à observer dans l’optimisation d’un TCO, constate Pascal Vanbeversluys pour GE Capital. « Le TCO est influencé d’un côté par la marque et le modèle, c’est ce qui va conditionner le loyer ; de l’autre par la valeur résiduelle escomptée, le volet carburant, la fiscalité écologique (quel bonus en matière de CO2 ?), les durées de kilométrage sur lesquelles le gestionnaire base la car policy, et par la politique de sourcing fournisseurs ». Le loueur longue durée a récemment remis à plat son propre TCO interne. Conclusion : « Nous nous sommes aperçus que des véhicules bien placés sur le loyer n’étaient pas toujours bien classés en TCO », reconnaît Pascal Vanbeversluys.

Les outils de l’analyse en coûts complets

La démarche des loueurs reste assez similaire : dans un premier temps, ils fournissent à leurs clients une image du coût total de détention de leurs parcs. Dans un second temps, « ils préconisent des leviers pour dégager de la trésorerie, explique Steven Blanchard, chef de marché grands comptes chez LeasePlan. Parmi les 24 leviers que nous analysons, certains sont typiques à des postes de coûts, d’autres sont multi-postes ».

Depuis l’automne dernier, ALD Automotive a lancé un outil d’analyse complet, ALD TCO Management. Cet indicateur décisionnel amène à optimiser l’ensemble des dépenses liées à la flotte, et à intervenir ensuite sur les postes les plus prometteurs d’économies. Chacune des grandes familles budgétaires est étudiée et analysée : coûts directs (loyer, maintenance, carburant), coûts fixes (taxes et impôts), coûts liés aux services (assurance, assistance), coûts indirects. « Les actions ciblées que nous proposons ensuite aux clients peuvent passer par la redéfinition du catalogue de véhicules, l’optimisation du couple durée-kilométrage, la formation des utilisateurs à l’éco-conduite, l’organisation des déplacements », énumère Laurent Corbellini.

Pour réduire le TCO en agissant sur les pratiques des utilisateurs, quatre nouveaux services ont été déployés par ALD : ALD safetydrive (formations sur circuit ou sur simulateur de conduite), ALD ecodrive (conduite économique), ALD care (entretien du véhicule sans eau et à la main) et ALD map (optimisation des déplacements des conducteurs). Quelles économies peuvent être obtenues avec ALD TCO Management ? « Nous proposons des solutions sur mesure et des plans d’action ciblés en concertation avec les entreprises », insiste Laurent Corbellini. Adopter une conduite économique avec ALD ecodrive peut économiser jusqu’à 20 % de carburant, alors même que ce poste peut peser jusqu’à 21 % du TCO, tout en limitant les émissions de CO2. Pour sa part, le service ALD care, qui prévoit le nettoyage des véhicules sur site avec des lingettes réémployables jusqu’à 300 fois, permet un bon entretien des voitures et une économie d’eau substantielle – entre 1 et 5 litres contre 150 pour un lavage classique. Enfin, ALD map génère des gains financiers pour l’entreprise dans la mesure où le système de navigation apporte des économies de carburant de plus de 400 euros par conducteur et par an, conséquence du moindre nombre de kilomètres parcourus.

Arbitrer entre réduction des coûts et collaborateurs

Chez Arval également, les outils d’optimisation du TCO incluent une analyse a posteriori de l’évolution des familles de dépenses et un outil de choix a priori des véhicules en fonction de leur TCO respectif. Baptisé Arval Analytics, il est disponible depuis janvier dernier et donne aux gestionnaires de parcs une classification des véhicules par émissions de CO2. « Ces derniers peuvent ainsi anticiper les conséquences de leurs orientations, gérer et optimiser leurs budgets automobiles sur le long terme », avance Jean-Loup Savigny, directeur commercial d’Arval France.

Les entreprises sont-elles réceptives aux démonstrations des loueurs ? Tout dépend de leur taille, de leur degré de maturité sur la gestion de flottes et de leurs objectifs de gestion. « Certaines sont exclusivement orientées sur l’optimisation du TCO et s’inscrivent donc dans une logique de réduction des coûts. D’autres incluent les collaborateurs dans leur raisonnement et cherchent aussi les moyens de les fidéliser via la voiture », analyse Steven Blanchard pour LeasePlan. Selon lui, « il faut trouver un juste équilibre entre une orientation coûts et une stratégie de valorisation des collaborateurs susceptible d’accroître l’activité et le chiffre d’affaires ». Même si la crise a sans doute refroidi les velléités de départ des collaborateurs insatisfaits de leur situation et de leur traitement, les timides signes de reprise peuvent inverser la tendance. « Pour caricaturer, une entreprise peut s’orienter uniquement sur une stratégie de coûts et décider du jour au lendemain que ses meilleurs commerciaux passeront dorénavant d’une A3 à une Twingo, avec le risque d’une fuite des talents et de nouveaux comportements. Or, n’oublions pas que le comportement de l’utilisateur conditionne 24 % des coûts (carburant, sinistre, etc.) », complète Steven Blanchard.

Les petites entreprises doivent se mettre au TCO

Pour Régis Masera d’Arval Consulting, les grandes entreprises fonctionnent aujourd’hui toutes en TCO. Il en va différemment des petites et moyennes structures, davantage fidèles aux prix catalogue. Mais toutes ont encore des réflexes de base à acquérir, faute de quoi « elles passent à côté d’opportunités d’économies faciles, prévient Jean-Loup Savigny. Par exemple, mettre en place une carte carburant génère souvent, via le contrôle qu’elle entraîne, une économie naturelle et une baisse du coût de ce poste de 5 à 10 %. Nous avons encore beaucoup de pédagogie à faire : seuls 20 % de nos clients nous semblent matures sur le sujet », ajoute-t-il.

Selon Laurent Corbellini d’ALD Automotive, le conducteur est désormais le levier sur lequel jouer pour optimiser le TCO. Il est vrai que depuis quelques mois, le coût de la liquidité s’est détendu, tandis que les négociations avec les constructeurs offrent des perspectives limitées d’optimisation. « Il faut donc s’intéresser au conducteur car chacun, dans le cadre de son activité professionnelle, a une façon distincte d’utiliser son véhicule », souligne ce loueur. Au-delà, c’est tout le concept de la mobilité des salariés qui est en jeu et les professionnels vont progressivement passer d’un coût total d’usage des véhicules (TCO) à un coût total de la mobilité (TCM). « Les entreprises doivent se poser la question de savoir si les kilométrages de leurs salariés sont adaptés à leurs besoins. Audelà de deux heures de transport par jour, n’y a-t-il pas d’autres formes de déplacements à privilégier ? », interroge Jean-Loup Savigny.

Les pistes de réflexion sont nombreuses mais certaines en sont à leurs balbutiements, reconnaît Jean-Loup Savigny, car il s’agit de concepts difficiles à vendre aux clients. Surtout en cette période de crise où les responsables de société sont davantage dans une logique de réduction des coûts que de valorisation des collaborateurs. « Il faut à la fois se positionner dans une stratégie de contrôle et de pilotage, mais aussi de valorisation des personnels les plus compétents. Nous disons à nos clients: « Réfléchissez bien à l’augmentation de chiffre d’affaires que vous pouvez dégager grâce à un pilotage dynamique de votre car policy », témoigne le directeur commercial d’Arval France.

Repenser la politique flottes dans son ensemble

Les formules d’auto-partage font partie de ces éléments de réflexion, à l’image de l’initiative de Citroën Business Finance avec son Business Pass. Lancé en partenariat avec Avis, ce contrat de LLD permet de louer, pendant 24 jours par an, un véhicule plus important pour les week-ends et les vacances, moyennant un abonnement de 99 euros TTC, et de rouler le reste du temps dans des modèles plus compacts. Comme l’explique Pierre-Mathieu Lanfranchi, directeur de Citroën Business Finance, « l’entreprise diminue l’empreinte écologique de sa flotte et valorise en même temps ses collaborateurs en s’adaptant mieux à leurs besoins de déplacement ». Avec des véhicules plus compacts, elle s’offre aussi des économies sur sa prime d’assurance, ce qui impacte in fine son TCO global.

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