Risque routier et prévention : les priorités des entreprises pour 2011

Le risque routier reste la première cause d’accidents mortels au travail. Le durcissement de la législation et du code de la route, conjugué à la lutte contre les émissions de CO2 qui incite à mieux conduire et à diminuer sa vitesse, amènent toujours plus d’entreprises, mais aussi de collectivités à travailler sur ce thème. Revue de détail des bonnes pratiques.

- Magazine N°165
779

1. Prévenir le risque routier et pratiquer l’éco-conduite

L’éco-conduite s’impose comme le moyen le plus évident pour améliorer les conditions de conduite des collaborateurs. Ses résultats touchent en effet à différents aspects de la politique automobile : en conduisant de façon plus économique, en respectant les limitations de vitesse, en adoptant les bons réflexes de freinage, en maîtrisant mieux son véhicule, un conducteur économise du carburant, réduit ses risques d’accident et, par voie de conséquence, les primes d’assurance de son entreprise.

Des formations à l’éco-conduite en plein essor

« Avec nos clients, nous sommes de plus en plus sur l’éco-conduite et la prévention. Ce sont des démarches qu’ils comprennent de mieux en mieux et nous avons de nombreuses demandes », confirme Jean-Loup Savigny, directeur marketing et commercial d’Arval France. Sur 2010, le loueur longue durée a réalisé 30 formations en éco-conduite et une quinzaine de programmes de prévention du risque routier, contre 5 seulement l’année précédente. Des actions ciblées sur des populations ou des véhicules précis : de l’éco-conduite pour les équipes commerciales et des opérations de prévention des risques routiers pour les utilitaires.

Pour 2011, Arval table sur une forte montée en puissance, avec un objectif de 100 à 150 formations à l’écoconduite. Jean-François Chanal, directeur général d’ALD Automotive, constate pour sa part que la sinistralité des parcs tend à s’améliorer, tout comme le comportement des conducteurs ; le résultat de la répression routière, mais aussi de toutes les actions engagées sur le comportement au volant. « Ce sont souvent quelques conducteurs qui font monter les statistiques. Pour avoir des résultats probants, les entreprises ont donc tout intérêt à se concentrer sur des populations ciblées », souligne le représentant du loueur.

Le risque routier en chiffres

Selon le dernier bilan de l’observatoire interministériel de la sécurité routière, 74 409 accidents corporels ont été référencés en France en 2009 dont 4 115 accidents mortels, avec 4 443 personnes tuées à trente jours. Toujours selon ce bilan, 13,9 % de la mortalité routière peuvent être classés dans les accidents du travail. De même, le risque routier demeure toujours la première cause d’accidents mortels au travail et reste à l’origine d’un décès lié au travail sur deux.

Comme le rappelle la Cramif (Caisse régionale d’assurance maladie d’Île-de- France), qui organise chaque année les Trophées récompensant les démarches de prévention des risques professionnels des entreprises, l’objectif national d’ici 2015 est de « réduire la sinistralité en améliorant la sécurité des salariés conducteurs de véhicules utilitaires légers et de faire progresser la prévention du risque trajet, par la mise en oeuvre de dispositifs collectifs dans les bassins d’emplois ».

En 2009, les accidents routiers au travail – c’est-à-dire survenus lors de missions – se sont établis à 19 465 sinistres, soit une diminution de 4,6 % par rapport à 2008. Quant aux accidents de trajets routiers – c’est-à-dire qui se produisent sur le trajet entre le domicile et le lieu de travail du salarié –, ils ont atteint le chiffre de 57 900, en léger repli de 0,5 % sur un an. Afin d’améliorer encore ces chiffres, la Cramif rappelle que sur l’ensemble de 2009, quelque 500 entreprises avec un parc de VUL important ont été visitées pour favoriser la mise en place de plans de prévention.

Des gains multiples à attendre de l’éco-conduite

Les résultats peuvent être spectaculaires. La société FMC Technologies a ainsi été primée lors des troisièmes Trophées Arval « Environnement et sécurité » : sa forte communication interne de sensibilisation sur la sinistralité de ses véhicules et sur les bonnes conduites à adopter, a débouché sur zéro accident en 2010.

Spécialiste de l’éco-conduite, Mobigreen évalue pour sa part entre 10 à 15 % la baisse moyenne du nombre d’accidents liée à une telle formation. « La démarche génère aussi des gains allant jusqu’à 40 % sur l’entretien (pneus, freins, amortisseurs, etc.). Pour les entreprises clientes, le calcul se fait essentiellement sur le carburant, avec des gains qui rentabilisent la formation. Pour le ROI, il faut compter un an, décrit Pascale Mespoulède-Cozon, présidente de cette filiale de La Poste. Qui résume les quatre effets de l’éco-conduite : économique, écologique (réduction des émissions de CO2), social par le biais de l’amélioration des conditions de travail et, enfin, sur le nombre d’accidents ».

Un point crucial : ne pas oublier les piqûres de rappel

Pour sa part, Arval estime qu’un plan de prévention des risque sroutiers peut diminuer d’un tiers la sinistralité d’un parc. Toute la question réside dans la récurrence des actions et la fréquence des piqûres de rappel insufflées par les directions des entreprises. À noter que trois niveaux d’intervention existent chez le loueur, avec des tarifs compris entre 1 000 et 25 000 euros HT selon les prestations. Et au bout de 12 à 18 mois, les formations sont à refaire si l’on veut stabiliser les résultats engrangés.

2. Aménager les véhicules avec des équipements de sécurité

Il est de plus en plus difficile de se singulariser sur les équipements de sécurité. Comme le rappelle Jean-François Chanal pour ALD Automotive, « la tendance des dernières années a été de choisir des véhicules moins motorisés, mais avec des équipements plus évolués, notamment en matière de sécurité ». Conséquence directe : ABS, EPS, radars de recul ou encore phares au xénon, etc. sont devenus monnaie courante dans les parcs.

« D’un côté, ces équipements peuvent constituer un surcoût, mais s’ils contribuent à baisser la sinistralité, celui-ci est facilement absorbé », ajoute-t-il. À titre d’illustration, tous les véhicules du transporteur lyonnais TNT Express France ont été équipés de radars de recul (entre autres sur les VUL, voir le témoignage page 48). Il en est de même avec les airbags et autres régulateurs de vitesse. L’entreprise diffuse également des messages sur l’usage des téléphones mobiles lors de la conduite.

3. Faire le choix des bons véhicules en amont

C’est une démarche qui monte en puissance dans les entreprises. Pour améliorer la sécurité des salariés et réduire le risque, adapter les véhicules aux déplacements ou aux métiers des collaborateurs peut se révéler une bonne solution. Chez l’ascensoriste Koné, cette stratégie a été appliquée avec succès : « Avec notre politique dite du « vehicle right sizing », nous avons positionné le bon véhicule face aux besoins de chaque métier, tout en mettant l’accent sur les émissions de CO2. En France, pour les véhicules de service, nous avons retenu le Jumper (255 g) dans la catégorie « Big Van ».

Dans la catégorie « Small Van », nous avons sélectionné la C2 (108 g) pour les trajets les plus citadins, et le Nemo (119 g) pour ceux réalisés dans les villes de taille moyenne. Ainsi, le Nemo permet d’optimiser les trajets des techniciens et évite les allers retours inutiles pour d’éventuels réapprovisionnements. Et en évitant de surcharger des véhicules comme les C2, le Nemo a fait baisser de 24 % notre taux d’accidents », détaille Patrick Beyer, le directeur des achats.

Mieux adapter les véhicules aux différentes missions

Même stratégie à l’Institut de Soudure Industrie, implanté à Villepinte près de Paris. Ce spécialiste de la R & D industrielle, de l’inspection et du contrôle, compte 500 véhicules. Sa sensibilisation aux accidents et aux risques routiers passe par « l’adaptation des véhicules selon leurs missions, puis par la formation des conducteurs dans ses propres centres », explique l’entreprise.

Dans cet esprit, les Berlingo ont été aménagés pour faciliter le transport et les accidents systématiquement analysés par le salarié avec son manager. Souvent, le choix des bons véhicules s’accompagne de la construction de plans de déplacements en entreprise (PDE). Chez TNT Express France, l’installation de la visio-conférence, sur une dizaine de sites, a contribué à réduire un certain nombre de voyages ; par ailleurs, les trajets en voiture sont bannis au profit du train si un collaborateur se rend à Paris ou dans des villes bien desservies par les liaisons aériennes.

Ces démarches trouvent un écho favorable dans les collectivités. La Communauté d’agglomération d’Évry centre Essonne (Caece) a ainsi  mené une expérimentation de développement d’un PDE, avec 150 entreprises générant des trajets pour 2 400 salariés. Les pratiques de déplacement ont été analysées, tout comme les conditions d’accessibilité aux parcs d’activité. Cette initiative, toujours en cours, débouche sur l’amélioration des offres de transport en commun, la nomination de correspondants « transports collectifs » au sein des entreprises, ou encore le réaménagement des voies d’accès piétonnes pour éviter l’usage de la voiture sur des trajets courts.

4. Travailler sur les véhicules utilitaires

c2 koné
L’ascensoriste Koné a travaillé à positionner le bon véhicule face aux besoins de chaque métier. La C2 a ainsi été retenue pour les trajets les plus citadins, et le Nemo pour ceux réalisés dans les villes de taille moyenne.

Partant de l’idée que les utilitaires légers sont mal connus des entreprises, LeasePlan a lancé en 2010 sa démarche Van Policy. Le marché a  beaucoup grossi au cours des vingt dernières années, avec des conséquences importantes sur la formation des conducteurs et l’accidentologie – les VUL représentant en effet près de la moitié des accidents mortels. « Nous avons constaté que les besoins d’équipements ou  d’aménagements des VUL ne sont pas identiques d’un secteur à l’autre », note Steven Blanchard, chef de marché grand comptes et core business.

En outre, la réglementation européenne, extrêmement développée sur le sujet, peut engager la responsabilité des chefs  d’entreprise lors d’un accident. Enfin, « des véhicules mal équipés font peser des risques sur l’activité d’un artisan et de petites sociétés en  cas de sinistre », observe-t-il. Dans le monde des artisans et des TPE, Steven Blanchard souhaite diffuser de bonnes pratiques mises en œuvre dans de très grandes entreprises. « Elles ont segmenté leur car policies VUL par métiers, en distinguant par exemple les techniciens itinérants ; ou encore par zones d’interventions (urbaines, rurales, piétonnes, etc.) », insiste- t-il. Et de rappeler qu’un opérateur énergétique de premier plan, avec 34 agences sur l’Île-de-France, le Centre-Ouest, le Sud-Est et le Sud-Ouest, qui avait opéré cette segmentation et réalisé une formation à l’éco-conduite, pouvait revendiquer une baisse de la consommation de carburant de plus de 15 % et un recul des sinistres de 10 %.

Le thème de l’équipement et de l’aménagement des VUL se développe. Chez Arval, les commerciaux sont davantage formés pour ces types  de clients ; un responsable véhicules utilitaires a vocation à développer des préconisations et des conseils, particulièrement en direction des petites entreprises. Stratégie similaire chez ALD où un spécialiste du VUL répond aux problématiques d’équipements des clients. Tandis que le loueur s’attache à créer un réseau de prestataires spécifiques pour ce marché.

5. Développer les outils de géolocalisation

mobigreen
Selon Mobigreen, l’écoconduite a quatre effets pour l’entreprise : économique, écologique (réduction des émissions de CO2), social par le biais de l’amélioration des conditions de travail et, enfin, sur le nombre d’accidents.

Les spécialistes de la géolocalisation proposent toujours plus de solutions pour enregistrer et transmettre des informations sur le  comportement du conducteur. Baptisé Ecocan chez Masternaut, il s’agit par exemple d’un boîtier doté de pinces connectées sans contact au calculateur de la voiture. À ce titre, ces équipements peuvent avoir un impact sur l’amélioration des modes de conduite des collaborateurs et sur le nombre et la gravité de leurs accidents, dans la mesure où ils enregistrent les conduites en surrégime, les accélérations ou freinages intempestifs, le nombre de tours du moteur, etc.

Des primes d’assurance réduites

« Tout dépend de la façon dont on utilise la géolocalisation », résume Jean-Marc Desbornes, directeur commercial de Masternaut. Les assureurs ne s’y trompent d’ailleurs pas. À l’image d’Axa qui propose depuis un an à ses clients des réductions de leurs primes aux entreprises ayant équipé leurs véhicules de ces fameux boîtiers permettant l’enregistrement de données sur la conduite.

Parmi les autres équipements de géolocalisation prisés des entreprises ou des loueurs pour leurs clients, les accéléromètres qui détectent un choc supérieur à 4 g (c’est-à-dire supérieur à 35 km/h) et déclenchent des alertes en temps réel. Ou encore des outils de géolocalisation incluant une  interface conducteur susceptible d’envoyer une alerte en cas d’agression. Courant 2011, Masternaut lancera un outil web, sur lequel les conducteurs équipés de solutions Ecocan pourront faire le point directement sur leur consommation et leurs émissions de CO2.