Les sapeurs-pompiers rajeunissent leur parc et réduisent la sinistralité

Les sapeurs-pompiers rajeunissent leur parc et réduisent la sinistralité

Alors que l’ensemble des administrations, collectivités et grandes entreprises du secteur public s’oriente vers une modernisation de son parc et recherche de nouvelles méthodes de gestion, certains grands corps n’ont pas ce souci. Les sapeurs-pompiers sont de ceux-là.

- Magazine N°120
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La gestion des flottes publiques évolue. Les collectivités locales s’ouvrent progressivement à la LLD et à la gestion pour compte. Les administrations étudient aussi les avantages et les inconvénients de l’externalisation de leurs parcs de véhicules. Les ministères consultent à leur tour les professionnels du secteur, sans toutefois sauter le pas. Tout le secteur public n’évolue toutefois pas à la même cadence. Des pans entiers ne se posent même pas la question. Soit parce que les types de véhicules utilisés sont trop spécifiques et n’intéressent pas les loueurs. Soit parce que le régime fiscal qui s’applique à eux reste particulièrement favorable.

Rappelons que dans le cadre de dépenses d’investissement, le secteur public peut en effet récupérer en partie la TVA auprès du FCTVA, c’est à dire l’organisme de compensation. Que le mode de financement et de gestion change au sein de l’entreprise publique ou de la collectivité locale, et cette fiscalité avantageuse disparaît purement et simplement. Les soldats du feu sont clairement dans ce cas de figure. Leur politique d’achat relève du Code des marchés publics et il n’est pas question pour eux de tester d’autres formes de gestion. « Nous n’avons pas approfondi le sujet de la location, même si nous nous sommes posés la question pour certains véhicules légers », remarque Claude Mazeas, responsable du parc automobile au SDIS de Brest.

Au SDIS 29 de Brest, cap sur le lancement de marchés

Les 562 véhicules du SDIS 29 installé à Brest sont achetés en propre et restent en activité de longues années, dispatchés entre les 63 casernes du département. La moyenne d’âge tourne en effet autour de 12 ans, même si la tendance récente est au rajeunissement progressif. Un appel d’offres est lancé chaque année pour acquérir une cinquantaine de modèles, ce qui contribue à ce rajeunissement. Il est vrai qu’à l’exception des ambulances qui parcourent entre 10 et 35 000 km par an, le reste de la flotte, et particulièrement les engins qui éteignent les incendies, sont très peu kilométrés. L’idée est donc d’optimiser l’usage du parc en fonction des besoins de chaque centre et de la fréquence des interventions avec tel ou tel équipement.

Côté entretien (on compte environ 500 devis par an), le SDIS de Brest fait appel à un réseau d’une soixantaine de garages avec lesquels un marché à été passé. Un atelier intégré a pour sa part la responsabilité des interventions spécifiques sur les équipements et réalise environ 10 % du total des actes d’entretien et de maintenance. « L’atelier a vocation à prendre en charge tout ce qui est spécifique -pompes à incendie, maintenance du châssis-», explique Claude Mazeas en rappelant que des véhicules de remplacement sont à la disposition des sapeurs-pompiers dans l’atelier.

Les pompiers s’ouvrent au GPS

Avec des prix de carburants qui montent en flèche depuis des mois, les casernes de pompiers bretonnes sont-elles sensibles aux arguments des voitures propres ? « Nous sommes bloqués avec les véhicules d’intervention pour les motorisations au GPL ou au GNV » reconnaît le responsable du parc. « Mais nous observons avec attention ce que font nos voisins puisque la mairie de Brest est en train de passer au GNV ».

Un autre sujet à la mode dans les flottes automobiles d’entreprises, celui des logiciels de géolocalisation, est-il aussi en vogue chez les pompiers ? Pas vraiment à en croire Claude Mazeas. Le règlement opérationnel en vigueur au SDIS 29 de Brest doit permettre de garantir à chaque instant la disponibilité des véhicules nécessaires dans les zones à risques. Il reste que les systèmes GPS commencent à entrer dans la vie des casernes. Ils sont désormais systématiquement inclus dans les cahiers des charges. Autres évolutions récentes du parc breton : la généralisation des boites automatiques depuis 2001 sur les camions et la conclusion d’un marché sur trois ans pour les carburants avec Total.

Sur quels critères se déroule la fin de vie des véhicules? « Nous raisonnons en amortissement technique », précise Claude Mazeas. « Toutefois, selon leur état opérationnel, il arrive que des véhicules aillent plus loin que leur âge ne le leur permet. Ils sont ensuite revendus à des casseurs, des collectionneurs ou des sociétés spécialisées dans le reconditionnement des véhicules ».

Au SDIS 02 de Laon, les pompiers se concentrent sur leur sinistralité

A la tête d’un parc de 751 cartes grises (dont 68 ambulances,58 véhicules de secours urbains et une vingtaine de secours ruraux), le sergent-chef Patrick Ejfler, insiste sur l’effort de rajeunissement mené en permanence dans son département. « Chaque année il est prévu de renouveler 6 ambulances, dont l’âge moyen est encore de 6 ans et 4 mois,6 Kangoo et 6 véhicules légers en fonction de leur date d’entrée dans le parc », insiste-t-il. En 2006, des investissements supplémentaires ont en outre permis d’acquérir un véhicule de secours, une grande échelle et un véhicule de plongée. En fin de vie, la cession des véhicules aux Domaines est privilégiée.

Côté entretien, le SDIS 02 de Laon fait toujours la part belle aux ateliers intégrés. Ils peuvent prendre en charge jusqu’à 90 % des opérations d’entretien et de maintenance. « Nous disposons de 80 centres de secours dans le département. Il peut y avoir un garage local dans chacun d’entre eux », remarque Patrick Ejfler. Autre spécificité du département : la faible mobilisation pour les véhicules propres, notamment électriques. Il est vrai que le SDIS s’inspire de ce qui se passe au conseil général. Faute d’un réseau de points de vente de GPL suffisant, celui-ci a abandonné la piste de ce type de véhicules. Du coup le SDIS 02 passe progressivement toute la flotte au diesel au détriment de l’essence.

Plusieurs gros dossiers mobilisent actuellement le sergent-chef Patrick Ejfler. Economies obligent, le 1er janvier 2007 verra la généralisation du lancement de plusieurs marchés. « Nous avons privilégié toute une série de pièces détachées pour lesquelles nous pouvons obtenir des tarifs compétitifs (filtres, balais d’essuie-glaces, pneumatiques, ampoules. . . ) ».

Mais c’est sans doute la réduction du nombre de sinistres qui occupe encore plus le responsable du parc. Un logiciel interne a été mis au point afin de permettre de suivre toutes les opérations en cas d’accidents, de A à Z. « Tous les constats amiables passent par mon bureau », insiste Patrick Ejfler. Les expertises sont directement adressées par ses soins aux assureurs avec lesquels un marché a été passé.

Depuis 2002, compte tenu de la forte proportion des accidents impliquant les véhicules de sa flotte, un programme interne de prévention a été lancé. Quatre heures sont consacrées à l’ensemble de ces questions, depuis la présentation d’un document de constat amiable, la vérification des connaissances du code de la route, en passant par des travaux pratiques de correction des constats. Entre 250 et 300 pompiers passent ainsi au tamis de cette formation. Les résultats n’ont pas tardé, marqués avant tout par la baisse du nombre de sinistres. « Nous sommes passés de 61 sinistres à 100 % en 2002, à 53 en 2003,48 en 2004 et 47 l’an dernier », précise le gestionnaire de parc. « Au total, de 91 accidents au total en 2002, on est passé à 62 l’an dernier ».

En Seine et Marne, objectif rajeunissement et renouvellement

A l’exception des deux véhicules des dirigeants du SDIS 77 de Melun, en contrats de location longue durée depuis cinq ans chez Credipar et Diac, les 980 véhicules (dont 230 poids-lourds,270 véhicules légers et 230 utilitaires), sont achetés auprès de Renault pour les moins de 3,5 tonnes et de Man pour les plus de 3,5 tonnes.

Le SDIS 77 a défini ses propres seuils de déclenchement des appels d’offres.comme le veut le nouveau Code des marchés publics, au-dessus de 210 000 euros, c’est la procédure de l’appel d’offres ouverte; entre 90 000 et 210 000 euros, intervient la technique dite du marché à procédure adaptée lourde; de 50 000 à 90 000 euros, c’est le marché à procédure adaptée légère et en- dessous de 50 000 euros, la mise en concurrence. Dans ce cadre réglementaire, un plan quinquennal d’équipement a été lancé. « L’objectif de ce programme de 42 millions d’euros sur cinq ans au titre des investissements est clairement le renouvellement du parc. Une trentaine de millions d’euros seront directement affectés à ce poste », souligne le commandant Jérémy Pierlot, chef du bureau des matériels. L’âge moyen des ambulances et des véhicules légers tourne autour de 7 ans.

Réduire le nombre d’accidents

D’autres chantiers mobilisent le gestionnaire du parc. L’optimisation des véhicules et de leur utilisation est une priorité. C’est particulièrement vrai des poids-lourds qui, grâce au concept développé en interne et baptisé « porteur et cellules », peuvent bénéficier de trois équipements différents avec un seul porteur. Des réflexions sont également en cours sur le taux d’accidents du parc, qualifié de trop élevé par le commandant Pierlot. « Un groupe de travail chiffre actuellement le coût des accidents ainsi que les objectifs à atteindre en matière de réduction du nombre d’accidents, mais nous n’avons pas encore pris de décision », insiste-t-il. Les statistiques sont effectivement problématiques avec 224 accidents en 2005 (en partie liés il est vrai à la vague de violences urbaines en fin d’année) contre 168 un an plus tôt.

D’une façon plus générale, les responsables véhicules du SDIS 77 appellent de leurs voeux une normalisation des conditions d’achats. « Il y a, en France, environ une centaine de cahiers des charges pour le seul modèle de fourgon pompe-tonne (un par service départemental d’incendie et de secours). Nous sommes donc face à des séries de véhicules très petites numériquement et il y a un vrai besoin de simplification ».

La limitation de la taille du parc est un autre casse-tête pour les pompiers de Seineet- Marne, car en raison des obligations liées à la couverture du risque (véritable règle d’or pour tout pompier aujourd’hui), il est extrêmement délicat de supprimer des véhicules.

Le logiciel d’entretien baptisé Central parc vise pour sa part à réduire les durées d’immobilisation des véhicules en cas d’entretien. « C’est la raison de vivre d’un atelier que de réduire à la plus stricte nécessité le temps d’immobilisation des véhicules », rappelle le commandant Pierlot. Autre axe de travail, la généralisation des passations de marchés avec les fournisseurs : lubrifiants, carburants). La mobilité est également privilégiée, via l’installation de GPS embarqués. « Nous conservons malgré tout, au moins provisoirement, nos fonds de cartographies papier, car les opérateurs de géolocalisation ne disposent pas de cartes spécifiques à notre activité (avec les points d’eau, les sites industriels à risques. . . ) », ajoute le responsable du bureau des matériels des pompiers de Seine et Marne.

Enfin côté entretien, le SDIS 77 ne se différencie qu’assez peu des autres centres de sapeurs-pompiers. A ceci près cependant que les ateliers intégrés et leurs 40 techniciens prennent en charge la totalité des opérations. En revanche, ajoute le commandant Pierlot, « les 62 centres du département passent par des prestataires extérieurs pour la carrosserie. »

Les sapeurs-pompiers rajeunissent leur parc et réduisent la sinistralité