L’Europe tarde à lancer le système européen d’appel d’urgence

Prévu à l’origine pour un lancement en 2009, le système européen d’appel d’urgence ne verra pas le jour avant 2012. Les divergences entre les différents acteurs retardent un projet pourtant essentiel à la sécurité routière.

- Magazine N°148
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Un projet en difficulté

Le projet européen d’appel d’urgence ressemble à l’Arlésienne. Comme dans le conte d’Alphonse Daudet, on l’attend, mais il ne vient jamais. L’accord initial signé en 2005 entre la Commission Européenne et les industriels prévoyait un lancement sur tous les véhicules neufs en 2009. Las ! En décembre 2006, Viviane Reding, membre de la Commission européenne et responsable de la Société de l’Information et des médias constate que le plan est au point mort : « Nous devons relancer la technologie eCall au plus vite ». Difficile de faire moins précis dans le calendrier. Néanmoins, toujours en décembre 2006, la Commission fixait une nouvelle date de lancement, soit 2010. Mais cette nouvelle échéance est encore reportée. Alain Demissy, président délégué du SNSA (Syndicat National des Sociétés d’Assistance) et ancien président de Mondial Assistance, participe aux travaux de l’un des 27 groupes chargés de mener à bien le projet. « Au fil des réunions, la date de lancement évolue, constate-t-il. Désormais, le système d’appel d’urgence devra être proposé comme option sur les véhicules neufs en 2012 ou 2013. »

Reste que sur le papier le projet est prometteur. En cas d’accident ou de malaise, les conducteurs pourront être mis en relation avec les services d’urgence par le 112, numéro européen d’urgence, et ce, de deux manières : automatiquement si un choc est détecté par la voiture, par envoi d’un SMS, ou manuellement, par téléphone. Les informations sur l’emplacement de l’accident, établies par GPS, permettent de réduire le délai d’intervention des services de secours de 50 % en zone rurale et de 40 % en zone urbaine. Ce dispositif pourrait sauver 2 500 vies par an (250 à 300 en France), et l’on évalue à 26 milliards d’euros les économies annuelles sur les coûts provoqués par les accidents et par les embouteillages.

Pomme de discorde

Mais les intérêts des industriels et des sociétés investies dans le projet divergent. Difficile de mettre d’accord l’ensemble des constructeurs automobiles, des opérateurs de téléphonie mobile, des équipementiers, des sous-traitants, des sociétés d’assistance, des forces de l’ordre, des pompiers, des Samu, des sociétés de remorquage, des gestionnaires d’autoroute de 27 pays différents. Ainsi Allemands et Français défendent des solutions techniques différentes. Les industriels français souhaitent que, lors de l’accident, les messages empruntent deux canaux, l’un pour la position géographique, l’autre pour la transmission de la voix. De leurs côtés, les Allemands veulent imposer un seul canal pour les deux types de messages, une solution que les Français considèrent comme moins fiable, notamment pour identifier le sens de circulation du véhicule sur autoroute. L’autre pomme de discorde entre les Français d’un côté et les Allemands et les Anglais de l’autre concerne le traitement des appels. Les Français veulent qu’une société d’assistance privée reçoive l’appel d’urgence et diligente ensuite les secours. Ce service serait donc payant. Quant aux Allemands et aux Anglais, ils souhaitent qu’un seul centre centralise les appels et active ensuite les urgences.

Devant les divergences exprimées, la Commission Européenne pourrait taper du poing sur la table. Pour éviter un nouveau report de la date de lancement, elle pourrait transformer sa recommandation en directive européenne. Cette décision engagerait les Etats Membres sur les délais de mise en place du service.

Un enjeu humain

Plusieurs constructeurs et des assureurs n’ont pas attendu pour lancer leur propre système d’appel d’urgence. C’est le cas de la MAIF et de la MACIF en France, mais aussi de PSA qui propose un appel d’urgence localisé depuis 2003. Ce service s’appuie sur un partenariat avec Inter Mutuelles Assistance (IMA). Aujourd’hui, l’appel d’urgence proposé par PSA est disponible dans 9 pays européens. Plus de 550 000 véhicules des marques Peugeot et Citroën circulent aujourd’hui avec ce dispositif. Et les plates-formes d’IMA ont déjà reçu et traité plus de 2 700 appels d’urgence. Depuis 1997, BMW propose également son propre système. Aujourd’hui 500 000 véhicules de la marque allemande sont équipés et plus de 25 000 situations d’urgence ont été traitées.

Volvo dispose également d’un système propriétaire. « L’avantage du système européen, plaide Alain Demissy, réside dans ses normes de qualité et dans sa fiabilité. De plus, le système sera proposé sur l’ensemble des véhicules des constructeurs et non plus sur le seul haut de gamme. » Et d’ajouter : « Quand nous raconterons à nos enfants que ce système n’existait pas, ils seront incrédules. L’efficacité de ce système est d’une évidence absolue pour un coût modique. Si l’e-call sauve ne serait ce que 200 ou 300 vies, il faut le mettre en place. » Bref, l’enjeu humain devrait inciter les différentes parties à aplanir leurs divergences pour proposer au plus vite un système ouvert et libre.

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