L’urgence au volant d’une BMW

L’urgence au volant d’une BMW

Depuis mars 2006, Alphabet, filiale de BMW dédiée à la location longue durée, propose à ses clients des stages de sensibilisation à la sécurité routière. Une journée qui joint l’utile à l’agréable pour un enjeu humain et économique : réduire le nombre et la gravité des accidents professionnels de la route. Flottes Automobiles a participé à l’une de ces formations.

- Magazine N°134
521

Huit heures : rendez-vous au siège de BMW France à Guyancourt. Après un café, les participants au stage de sécurité routière se répartissent entre une série 5 Touring et un coupé série 3. Direction : la Normandie et Pont L’Evêque où est aménagé le circuit de l’EIA (Espace International Automobile). Soit plus d’une heure et demie de plaisir à conduire un véhicule haut de gamme.

L’arrivée sur le centre de l’EIA, partenaire d’Alphabet pour ces stages, est grandiose. La grille ouvre sur un chemin sinueux qui se déroule sur le flanc d’une colline recouverte d’un gazon verdoyant. Aucune mauvaise herbe ne dépasse. Sur la gauche, en contrebas, un étang étend ses eaux sous un soleil timide. A droite, un chevreau s’enfuit à l’approche des véhicules. Au sommet de la colline, les bâtiments déclinent le vocabulaire architectural du style anglo-normand. Un décor qui tranche avec d’autres centres aménagés au fin fond de banlieues grisâtres.

Après un café de bienvenue, les formateurs et les stagiaires investissent la salle de cours. Les choses sérieuses commencent. Alexandre et Thierry prennent la parole à tour de rôle. Premier élément théorique abordé : le freinage d’urgence. « Taper une pédale de frein en situation d’urgence n’est pas évident, explique Alexandre. Le stress génère des gestes qui ne sont pas forcément les bons ». Et Thierry d’ajouter : « La position de conduite intervient à 60 % dans la qualité du freinage. C’est la première chose qui est apprise par les jeunes conducteurs et c’est la première chose qui est oubliée ». Et de déconseiller les chaussures aux semelles glissantes. Les jambes doivent être fléchies, le pied reposant sur le talon pour créer un effet ressort. Le dossier doit rester droit : « Plus vous êtes couchés, plus vous êtes éloignés du volant », explique Thierry. Le talon du pied droit doit être devant le frein pour parer à toutes éventualités en cas de freinage d’urgence. Contrairement à une idée préconçue, les mains doivent être positionnées à 9h15 sur le volant et non à 10h10. Les gestes sont ainsi plus amples et l’efficacité des mouvements est renforcée. Et les deux formateurs d’égrener quelques statistiques éloquentes : « un choc frontal à 90 km/h équivaut à une chute de cinq étages. Comptez 12 étages à une vitesse de 100 km/h ».

Fatigue et alcool

Aidés d’un rétroprojecteur, les deux formateurs poursuivent leur cours théorique. La fatigue au volant passe par plusieurs stades. Les signes précurseurs : la nuque raide, des douleurs dans le dos et le regard fixe. Ensuite, les paupières deviennent lourdes, le conducteur bâille et éprouve le besoin de changer de position. Enfin, stade ultime, il rencontre des difficultés à maintenir une vitesse constante, à suivre sa trajectoire et devient inattentif à la signalisation et au trafic. Le risque d’endormissement se précise et il devient urgent de marquer une pause. « Le stage de sécurité est une école de modestie et d’humilité », continue Thierry.

Le formateur développe ensuite ses arguments sur la conduite et l’alcool. Un accident qui survient avec de l’alcool est mortel dans 86,5 % des cas. Lors d’un accident avec alcool, le conducteur est un homme dans 93 % des cas. En moyenne, il affiche un taux d’alcoolémie de 1,7 gramme dans le sang. Dans près d’un quart des accidents avec alcool, l’âge du conducteur oscille entre 18 et 24 ans. Les deux formateurs restent factuels et ne tombent pas dans la leçon de morale, puis déclinent les effets de l’alcool : altération du champ visuel, mauvaise perception des distances, de la vitesse, inattention, vigilance endormie, prise de risque augmentée. Et de faire circuler une paire de lunette qui recrée le champ visuel d’un conducteur qui a un taux d’alcool de 0,8 gramme dans le sang. Pertinent, tant il semble impossible de conduire avec une telle vision. Et Alexandre de poursuivre : « un conducteur contrôlé positif avec de l’alcool ou de la drogue dans le sang est tenu pour responsable à 100 % lorsque survient un accident et ce, même s’il n’a pas commis d’autres fautes ».

De la théorie à la pratique

Alexandre et Thierry abordent ensuite le freinage d’urgence. Et d’énoncer cinq principes : débrayer pour ne pas caler, rendre le véhicule neutre, favoriser le freinage, faciliter le travail de l’ABS et répartir le poids du corps entre le frein et l’embrayage. Il faut 30 mètres à un véhicule pour s’arrêter quand il roule à 50 km/h, 78 mètres à 90 km/h, 147 mètres à 130 km/h. « Notre formation vise la sécurité routière, pas le pilotage, précise Thierry. Il ne s’agit pas de donner confiance mais de prendre conscience. » Vérification sur la piste après un déjeuner pris aux abords du centre. Avant de prendre le volant, Alexandre demande aux stagiaires de se placer à l’endroit où ils estiment qu’il va s’arrêter en bloquant ses roues à 50 km/h, puis à 90 km/h. Aucun des stagiaires n’évalue la bonne distance. D’où l’importance de préserver des distances de sécurité confortables avec le véhicule qui précède. Mais désormais, les stagiaires doivent à leur tour prendre le volant. L’exercice consiste – ABS déconnecté -, à bloquer les roues à 75 km/h et à relâcher les freins pour éviter un obstacle matérialisé quelques mètres plus loin par des bornes en plastique. Intimidés par le défi, aucun des stagiaires ne veut passer le premier. Las, les passages se succèdent et, invariablement, les bornes en plastique sautent. Alexandre livre alors un secret de conduite : ne pas regarder l’obstacle, mais la direction dans laquelle le conducteur veut se diriger pour l’éviter. Ce conseil autorise ensuite quelques réussites. Le même exercice est effectué avec ABS. Ensuite, les stagiaires sont invités à appréhender le freinage d’urgence en virage. Même échec pour les conducteurs qui, dans un premier temps, envoient valdinguer les bornes en plastique. Le secret : se ménager une ligne droite pour bloquer les roues. Et cette fois, les succès se multiplient.

En une journée, le stage aborde la conduite sur chaussée glissante, le freinage d’urgence, l’évitement d’obstacle, l’assistance à la conduite, la vitesse, l’alcool et la vigilance. Contrairement à d’autres organismes de formations à la conduite préventive, les exercices se font à des vitesses élevées : entre 70 et 80 km/h pour placer le stagiaire dans des situations plus conformes à la réalité. Le stage s’adapte aux besoins spécifiques des entreprises et Alphabet propose également des modules sur l’éco-conduite. La formation se termine vers 17 ou 18 heures avant un retour au siège de BMW France avec les mêmes véhicules qu’à l’aller. Sur la route, les conseils portent leurs fruits et chacun des stagiaires surveille les distances de sécurité et adopte une conduite plus souple. Mais les mauvaises habitudes peuvent revenir à plus ou moins long terme. Voilà pourquoi les spécialistes conseillent de mener un programme de prévention des risques routiers sur le long terme.

En effet, le taux de sinistralité peut partir à la baisse rapidement, mais peut remonter après un certain temps si le programme de prévention cesse.

L’urgence au volant d’une BMW

PARTAGER SUR