Michelin compense la pénurie de caoutchouc avec Vision

Face à la pénurie de caoutchouc qui frappe le secteur automobile, Michelin met en avant le projet Vision et les pneus Uptis pour réduire l’usage du caoutchouc et de matériaux fossiles.
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Michelin Vision
Mis au point sur les véhicules de chantier, le pneu Airless Uptis sera commercialisé sur les VL en 2024 (photo : Michelin X Tweel 1 pour engin de chantier CAT-2.

Le secteur automobile est impacté par une pénurie du caoutchouc servant à la fabrication des pneus. Fin 2019, le Conseil international tripartite du caoutchouc avait averti que l’offre mondiale fléchirait de 7 % en 2020, soit 1 million de tonnes. En cause : la maladie foliaire qui avait dévasté les plantations d’hévéa et de la disparition de nombreux producteurs. En 2020, la surproduction de gants chirurgicaux pour les soignants et de voitures individuelles en Chine a encore limité la disponibilité de caoutchouc. Et porté son prix à 2 dollars/kg en février dernier, avec une progression possible jusqu’à 5 dollars/kg d’ici 2026. D’où le lancement par Michelin en 2017 du projet Vision.

L’Uptis pour des pneus 100 % durables

Destiné à rendre les pneus 100 % durables en 2050, le projet Vision de Michelin veut préserver la sécurité routière, tout en réduisant la consommation de caoutchouc naturel et celle des 200 ingrédients d’origine fossile composant les pneus. Le pneu Airless Uptis (système de pneu unique anti-crevaison) a ainsi été conçu autour d’une roue en aluminium, avec une structure porteuse souple en composite caoutchouc synthétique et verre-résine à haute résistance qui supporte une bande de roulement en caoutchouc naturel. Évidé, le pneu ne crève plus et nécessite peu de caoutchouc naturel.

« Rechargeable » par impression 3D pour être rénovée ou adaptée aux saisons, la bande de roulement du pneu pourrait durer toute la vie du véhicule. Présenté dès 2019 pour les engins de chantier roulant à faible vitesse, l’Uptis sera commercialisé dès 2024 sur les véhicules légers (voir la brève). Les poids lourds attendront leur version quelques années de plus.

Michelin Vision
Fin 2021, Michelin entamera la production annuelle de 100 000 t de butadiène à partir de 4,2 millions de tonnes de bois et de maïs sur son site de Bassens (photo : démonstrateur industriel de production de butadiène dans l’usine Michelin de Bassens).

Des composants recyclés et recyclable

Vision évacue aussi les ingrédients d’origine fossile des pneus. Le projet BioButterfly, mené avec l’IFP Énergies Nouvelles et Axens, remplacera à partir de 2028 le butadiène issu de pétrole pour concevoir des caoutchoucs synthétiques par un butadiène fait à partir d’éthanol extrait de biomasse de bois et de maïs. Signé en novembre 2020, le partenariat avec la société Pyrowave recyclera des produits pétroliers en concevant le styrène inclus dans les caoutchoucs synthétiques à partir de pots de yaourts, barquettes alimentaires et panneaux isolants recyclés. La start-up française Carbios produira, elle, le fil polyester inclus dans les pneus Michelin à partir du PET (poly téréphtalate d’éthylène) issu du pétrole et récupéré sur 4 milliards de bouteilles de plastique collectées par an.

Enfin, Michelin a signé en février 2021 un accord de construction de sa première usine de recyclage des pneus usagés avec la société suédoise Enviro : le noir de carbone, l’huile de pyrolyse, l’acier et le gaz seront récupérés et réintégrés dans des produits à base de caoutchouc.

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La récupération et le recyclage de pots de yaourts, de bouteilles de plastique et des pneus usagés fourniront la matière première d’une production de pneus Michelin Uptis biosourcés.
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