GUIDE PRATIQUE - Gestion Poids Lourds 2022

Modes de financement des véhicules industriels : au plus près des besoins

Dans un contexte de pénurie de véhicules industriels, les entreprises ont la possibilité de recourir à différents modes de financement pour renouveler les flottes, entre crédit classique, crédit-bail ou full service. Un dernier mode de financement qui s’impose le plus souvent pour les véhicules à énergies alternatives.
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négociation
© Volvo

Avec un prix moyen tournant autour de 90 970 euros pour un tracteur et de 94 310 euros pour un porteur (estimations d’après les chiffres 2019 du Comité national routier), les transporteurs font appel à différents modes de financement pour acquérir leurs PL.

Avec le crédit classique, les entreprises inscrivent au bilan la valeur des véhicules achetés, ce qui peut aussi convaincre les banques de leur maintenir du crédit. En outre, ces entreprises bénéficient d’un « bas de laine » constitué par la revente de leurs véhicules trop vieux ou inemployés ‒ bien que les constructeurs s’accaparent de plus en plus cette filière de la revente des véhicules d’occasion et les bénéfices liés. Ajoutons que ces vieux véhicules peuvent aussi servir aux entreprises de véhicules-relais pour les urgences ou les périodes de réparation, et contribuent à rentabiliser leurs ateliers intégrés en limitant les frais de main-d’œuvre et de déplacement chez le concessionnaire.

Crédit et crédit-bail

Location longue durée avec option d’achat, le crédit-bail permet à l’entreprise de racheter le véhicule en fin de contrat et ainsi de l’inscrire au bilan. Ce véhicule représentera donc l’apport de l’entreprise lors d’un prochain renouvellement. Cyril Gros, gérant des Transports Gros, recommande toutefois de ne pas dépasser quatre ans de financement en crédit-bail pour un tracteur diesel : « Au-delà de cinq ans de location, on l’a payé plus cher que si on l’avait acheté », assure-t-il.

Mais le crédit-bail est moins intéressant pour les constructeurs que la location en full service : le contrat s’achève avec l’intégralité du paiement et une reprise d’un camion déjà bien usé. Pour augmenter leur chiffre d’affaires, les constructeurs commercialisent donc le crédit-bail en lui adjoignant des services à la carte : maintenance et réparation, assurance perte financière, voire assurance décès.

Désireux de diminuer les surcoûts générés par les technologies répondant à la norme Euro VI Step-E et aux contraintes environnementales, les constructeurs privilégient surtout la location en full service. Ils peuvent alors intégrer le cycle de vie entier du VI dans son remboursement et l’équiper d’options non contractualisées qui, accroissant sa valeur de revente en tant que VO, réduiront son TCO. La location en full service dilue en effet les surcoûts des options technologiques au milieu d’un loyer incluant toutes les garanties et les services de maintenance, d’entretien, de réparation du véhicule, de sa carrosserie et de ses pneus, et même les visites réglementaires, le véhicule relais et diverses assurances. Plus le camion est équipé, plus le loyer total s’avère inférieur à son prix d’achat : l’intégration dans le TCO de sa reprise pour revente par le constructeur baisserait de 30 % son coût global.

Le choix du full service

Raison pour laquelle Paccar Finance France, filiale de financement de DAF Trucks, se consacre au full service. Selon cette dernière, cette offre serait supérieure aux autres modes de financement parce que l’entreprise cliente peut construire des budgets prévisionnels annuels et disposer de trois camions équipés des dernières technologies pour le prix d’achat en crédit-bail de deux véhicules de la génération précédente. À noter qu’en 2019, le CNR chiffrait à 14 % les immatriculations en full service sur le marché français des tracteurs longue distance, contre 16 % pour les tracteurs régionaux. Les porteurs ne bénéficient pas de ce mode de financement du fait d’un kilométrage moyen insuffisant pour rentabiliser la location en full service.

Avec leur TCO calculé sur cinq à dix ans, les véhicules à énergies alternatives accélèrent encore la pratique du full service. Ces technologies nécessitent de fait une formation des mécaniciens et des équipements d’atelier spécifiques : la maintenance et l’entretien de ces véhicules sont donc généralement confiés aux constructeurs.

Des VI verts en full service

Les tracteurs au gaz naturel GNL et à l’éthanol conviennent aussi à la location longue durée avec leur potentiel kilométrique proche de celui des véhicules diesel, surtout quand leur financement est soutenu par des subventions d’État. Iveco affiche par exemple un taux de 35 % de contrats en location en full service pour ses véhicules au GNC et au GNL.

Les véhicules électriques à batterie (BEV) restant encore peu nombreux, les transporteurs en confient l’entretien aux constructeurs. Selon MAN, plus de 80 % de ses eTGE électriques sont financés en full service, 25 % l’étant par la captive Volkswagen Financial Parts. Renault Trucks pratique la location financière mais estime que cette tendance ne devrait s’imposer que le temps pour les clients de s’adapter aux technologies électriques. Pour autant, le constructeur rappelle que c’est le coût total de possession (TCO) d’un VI qui doit être pris en compte et non pas seulement le coût d’acquisition.

En parallèle, deux tendances se font jour dans l’électromobilité. La première est l’intégration dans le financement du recyclage des batteries et du coût des bornes de recharge pour les VU et VI. Ce que DAF pratique en proposant ses bornes Paccar Parts. De son côté, Scania s’est associé avec Engie et EVBox pour fournir des stations privées à ses clients. MAN commercialise des bornes ABB, SBRS ou Heliox, tandis que Daimler Truck a multiplié les accords avec Siemens. Les constructeurs entreprennent cette démarche pour accélérer l’adoption de l’électromobilité par leurs clients.

« Truck as a service »

La seconde tendance est la location des véhicules électriques à l’usage ou TaaS, autrement dit « Truck as a Service ». Le transporteur ne paie que l’usage du camion et de son énergie au kilomètre. Inaugurée en Suisse par Hyundai et projetée par Volta Trucks, cette pratique a été reprise à leur compte par les constructeurs traditionnels qui semblent déterminés à la généraliser rapidement.

En attendant, le succès grandissant du full service attire de nouveaux acteurs comme le groupe financier Corhofi. Sa filiale Corolease achète des VI en grand nombre, les loue aux transporteurs, puis les revend d’occasion aux constructeurs pour en récupérer la valeur résiduelle. La forte demande en VO accélère son développement.

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