Mondial 2006 : l’avenir est-il aux hybrides ?

Les progrès récemment réalisés pour améliorer l’efficacité et la propreté des moteurs utilisant des hydrocarbures devraient assurer leur domination pendant plusieurs décennies encore. Même s’ils seront de plus en plus couplés à des moteurs électriques (hybridation) et fonctionneront avec une gamme plus large de carburants, naturels ou synthétiques (flex-fuel).

- Magazine N°123
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Le Mondial de l’auto démontrait une évolution assez surprenante : c’est le moteur à injection directe d’essence, calage variable en continu de l’admission et turbo qui tenait la vedette. D’ailleurs Renault – qui présentait son 1. 2 TCE injection directe d’essence de 100 ch sur la future Twingo – prévoit un regain d’intérêt pour ce carburant à partir de 2008 et le passage aux nouvelles normes de dépollution Euro V. L’hybridation avait en conséquence déserté son stand au profit de l’essence et des modèles flex-fuel. Chez DaimlerChrysler, on se fixe pour objectif de rendre les moteurs à essence aussi efficaces que les moteurs diesel et les moteurs diesel aussi «propres» que les moteurs à essence. Et le stand Mercedes mettait les moteurs essence en vedette face aux diesels (toujours plus puissants) alors que les hybrides étaient aux abonnés absents. Volkswagen préférait aussi mettre en avant ses véhicules fonctionnant à l’éthanol ou au biodiesel, tout droit venus du continent latino-américain. En réalité, les nouvelles technologies hybrides tiennent le haut du pavé… sur le bitume de la côte Ouest américaine et les constructeurs réservent leur première mondiale pour les salons d’outre-Atlantique. General Motors et Ford aussi, cela va de soi. Néanmoins, les moteurs hybrides sont bel et bien là, même si les grands constructeurs jouaient à cache-cache sur le Mondial. Sauf Toyota-Lexus qui se permettait d’exécuter un ballet de Prius sur son stand. Quant à l’immense limousine Lexus LS600h, sa commercialisation en Europe n’est pas prévue avant un an.

Avoir la fibre « écolo-bobo »

Dans cet environnement, on sera d’autant moins surpris par la décision du constructeur SVE (Dassault-Heuliez) qui présentait la dernière version de sa Cleanova : le moteur thermique à essence est dorénavant plus… gros et puissant ! Une façon d’avouer que l’hybridation a de beaux jours devant elle à condition de rester très proche des performances et de l’autonomie des voitures «normales». Car il ne faut pas oublier que, venue du Japon via les Etats-Unis où 9 véhicules hybrides sur 10 dans le monde y sont commercialisés, la technologie hybride creuse très lentement son sillon sur le Vieux Continent. Que ce soit une Honda Civic IMA ou une Toyota Prius, les gains en consommations, surtout par rapport au moteur diesel, ne sont pas immenses et il faut avoir la fibre très « écolo-bobo » pour acquérir des véhicules qui ne seront jamais rentabilisés. Il faudra donc encore patienter deux ans pour juger de la viabilité des Peugeot 307-Citroën C4 hybrides HDi qui étaient toutes les deux «reléguées» au fond des stands pour laisser la place à la Peugeot 207 Coupé- Cabriolet Epure (pile à combustible à hydrogène) et C-Métisse (V6 HDi et deux moteurs électriques de 20 ch dans les roues arrière).

« Il est urgent d’attendre ! »

On apprenait aussi sur le stand Nissan que le constructeur japonais renonçait à sa coopération avec Toyota pour ses motorisations hybrides essence/électrique pour développer sa propre technologie, y compris en diesel – les débouchés chez Renault étant attendus sur les plate-formes communes. Du côté du groupe Ford (Volvo, Mazda, Jaguar, Land Rover), le SUV Mazda Tribute Hybrid rebadgé Ford Escape et Mercury/Lincoln Mariner, est emmené par un 2. 3 l de 133 ch et un moteur électrique de 70 kW/94 ch, délivrant en combiné 155 ch au maximum… acheté à Toyota par Mazda Japon. Le monde de l’hybride est tout petit ! Trois autres modèles sont prévus d’ici 2008 sans que l’Europe espère les commercialiser, la priorité étant donnée de ce côté-ci de l’Atlantique aux carburants «verts».

Le Mondial de l’Automobile 2006 venait donc confirmer ce que Jean-Martin Folz déclarait il y a quelques mois lors de la présentation de ses véhicules hybrides diesels : « Il est urgent d’attendre ! »… que la technologie fasse la preuve de son intérêt économique et écologique.

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