Motorisations : le diesel encore roi

Le diesel est sur la pente descendante, l’affaire est entendue, condamné par les réglementations environnementales et la fiscalité. Mais face à l’essence, l’hybride ou l’électrique, il a encore de beaux jours devant lui alors que le passage au NEDC corrélé, puis au WLTP début 2020, ne contribue pas à éclaircir la situation. Paroles de loueurs.

- Magazine N°246
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Motorisations

Dans la pratique, la tendance au recul du diesel est enclenchée. Mais sur un total de 562 646 VP et VU immatriculés en LLD l’an passé, le diesel a tout de même représenté 410 207 véhicules, en repli il est vrai de 8,6 % par rapport à 2017 selon le SesamLLD, l’ex SNLVLD. Inversement, l’essence a connu une hausse significative de 47,7 %, l’hybride a progressé de 56,9 % et l’électrique de 25,5 %, mais sur des niveaux de ventes encore très faibles pour ces deux derniers (voir aussi notre article).

« Aujourd’hui, 40 % de nos commandes de VP portent sur des motorisations autres que le diesel », précise le directeur de Parcours, Thibaut Carpentier. LeasePlan met de son côté en avant la montée en puissance des mises à la route de véhicules essence (20 %). Et ALD Automotive affiche une part de non-diesel pour ses commandes de VP de 35 % en 2018.

Le diesel à la baisse

Pour Philippe Belorgey, directeur général de Free2Move Lease, « l’alignement prochain de la fiscalité entre diesel et essence, l’introduction de la norme WLTP et les contraintes croissantes pour les constructeurs vont changer la donne. Mais beaucoup de gros rouleurs n’auront pas intérêt, en termes de TCO, à abandonner le diesel à courte échéance. Et pour nous loueurs, la valeur de revente des diesel d’occasion s’est plutôt bien tenue en 2018. »

Chez Fleet Solutions Volkswagen Group, Christophe Lepont, chef de département marketing et stratégie fleet, note « un véritable intérêt pour les motorisations alternatives au diesel mais cela reste “projectif“. Et notre parc est encore à 85 % diesel. L’essence gagne cependant quelques points. Mais les usages étant ce qu’ils sont et n’ayant pas changé, le diesel résiste dans la mesure où la fiscalité n’a pas encore radicalement évolué. Avec l’électrique et les hybrides, cela n’implique pas encore de gros volumes mais nous allons accompagner les nombreux lancements de modèles hybrides et électriques des marques du groupe en 2019. Et nous travaillons à une offre d’accompagnement des clients qui sauteront le pas, ainsi qu’à de l’autopartage. »

WLTP : l’inconnue majeure

Certes, les acteurs du marché de la LLD n’ont pas toutes les cartes en main pour informer leurs clients sur l’impact du WLTP. « Nous restons prudents, précise Guillaume Maureau, directeur général adjoint commerce d’ALD Automotive. L’entrée en vigueur du WLTP est prévue pour le 1er janvier 2020 mais nous ne sommes pas à l’abri de changements ou de reports dans un climat économique et social perturbé par le Brexit et le mouvement des Gilets jaunes. »

Pour Laurent Petit, chef du département marketing et business development d’Alphabet, le WLTP constitue surtout une opportunité. « Cela amène à entamer une réflexion de fond avec les clients et à les accompagner dans la remise à plat de la car policy en mettant le choix des motorisations en perspective avec leurs usages. Cela conduit aussi à se poser les bonnes questions sur l’attribution des véhicules et à valoriser les dernières solutions de mobilité dont l’électrique. Il ressort que le diesel n’est pas nécessairement adapté, sauf pour les gros rouleurs et les utilitaires. En outre, les prix catalogue sont inférieurs pour certains modèles essence », détaille Laurent Petit.

Pour sa part, Diac Location ne note pas d’impact significatif sur la politique commerciale et les demandes des clients. « Très ponctuellement, quelques-uns anticipent et renouvellent, tandis que d’autres prolongent leurs contrats. De fait, les principales questions des clients tournent plutôt autour de l’électrique et des restrictions d’accès aux centres des villes », estime Vincent Hauville, directeur général délégué de la captive de Renault.

De la prudence avant tout

Gérard de Chalonge, directeur commercial d’Athlon, a noté pour sa part un tassement de l’activité sur les quatre derniers mois de 2018, après un excellent premier semestre. « Cela est à relier au passage au NEDC corrélé qui entraîne déjà un affichage à la hausse, de l’ordre de 10 à 15 %, des émissions de CO2. L’an passé, les constructeurs ont surproduit en se basant sur le NEDC précédent, avec un plafond de 10 %, pour immatriculer des véhicules avant le passage au NEDC corrélé ; et ils ont écoulé ces stocks début 2019. L’activité de la LLD suit le mouvement et des clients ont anticipé leurs renouvellements pour bénéficier de ces véhicules. Ce phénomène risque de se reproduire avec le WLTP », pronostique Gérard de Chalonge.

Parcours se veut « prudent ». « Si le client peut attendre jusqu’à la mi- ou la fin 2019, nous lui conseillons de prolonger ses contrats afin d’avoir plus de visibilité sur une partie de la flotte et de choisir des motorisations alternatives pour les autres véhicules, quand cela correspond à ses usages », explique Thibaut Carpentier.

« Des clients, gros rouleurs en diesel, préfèrent anticiper le renouvellement de leurs véhicules pour repartir sur un contrat, avec les conditions actuelles en matière de CO2 et donc de TVS, pointe pour sa part Christophe Lepont. D’autres, qui parcourent moins de kilomètres, préfèrent allonger leurs contrats et attendre d’avoir plus de visibilité. Les deux stratégies s’équilibrent et les contrats portent toujours en moyenne sur des durées de 36 à 42 mois. » Pour ce responsable de Fleet Solutions Volkswagen Group, ces évolutions devraient aussi contribuer « au retour en grâce des berlines face aux SUV plébiscités ces dernières années. »

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