Nicolas Petit, directeur de la division mobilité chez Microsoft France : « La mobilité est au cœur du numérique »

Aujourd’hui, huit applications professionnelles mobiles sur 10 tournent dans le monde sur Windows Mobile. Un seul chiffre qui montre le poids du numéro un du secteur de l’informatique sur le marché de la mobilité professionnelle. Et en fait un observateur privilégié des évolutions et révolutions du secteur.

- Magazine N°124
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Quel est le chiffre d’affaires global du marché de la mobilité ? Comment se décompose-t-il entre les terminaux, les applications et les communications ?

Nicolas Petit : C’est un marché sur lequel nous sommes massivement présents, mais le chiffre d’affaires global est davantage une problématique des opérateurs mobiles : eux possèdent la valeur. Microsoft vend la couche système d’exploitation des terminaux, soit 5 à 10 % du chiffre d’affaires réalisé par les terminaux. Il faut compter 200 à 500 euros pour un terminal. Derrière, il y a le forfait voix de 30 à 35 euros par mois et le forfait data pour un même montant. Quant au marché des applications, il est fragmenté : il y a une foule d’acteurs de dimension modeste.

Quelle est l’évolution de ce marché ?

N. P. : C’est un marché en très forte progression. Il y a en France 22 à 23 millions de salariés. Il existe 7 millions de lignes mobiles professionnelles. La flotte de PC Portables s’établit à 6 à 7 millions. 250 000 cartes 3G/Edge sont en circulation. Enfin, 60 à 80 000 lignes de messagerie mobile sont vendues chaque année. Selon l’Arcep (ndlr : Autorité de Régulation des Communications Electroniques et des Postes), en 2005, le revenu des opérateurs mobiles s’est établi à 2 milliards d’euros sur la partie entreprise. Il était d’un milliard en 2003. Il y a 22 à 23 millions de salariés : il y a encore un potentiel à exploiter et la croissance du marché devrait être forte. Les entreprises n’hésitent plus à acheter, notamment en matière d’applications verticales qui servent à équi- per une fonction spécifique de l’entreprise comme les équipes de maintenance, les forces de ventes…

Quelle place occupe Microsoft sur ce marché ?

N. P. : Une place fondamentale car Microsoft est au cœur de la convergence. Les plateformes d’entreprises représentent nos racines. Nous occupons une place sur le marché informatique classique avec nos outils d’ERP, de CRM… Nous avons une légitimité en la matière et la mobilité est une extension naturelle de ces outils. Il ne s’agit pas d’une brique supplémentaire mais d’un mode d’accès au SI de l’entreprise et à ses applications par un autre vecteur. Notre mission : valoriser le patrimoine applicatif de l’entreprise à travers la mobilité. Sur le marché co-existent les opérateurs, les constructeurs de terminaux, les développeurs d’applications. Microsoft occupe une position unique en animant cette communauté.

Quelle offre propose Microsoft en la matière ?

N. P. : Premier point, nous fournissons des outils de productivité mobile. Le professionnel retrouve l’univers PC sur son mobile avec l’utilisation de Word, PowerPoint, Excel, Internet Explorer… sur Windows Mobile. Deuxième univers, nous proposons des applications métiers en situation de mobilité. Huit applications métiers sur dix qui tournent dans le monde utilisent Windows Mobile. A titre d’exemple, Microsoft CRM (Customer Relationship Management : outil de gestion de la relation client) peut être consulté en situation de mobilité. Un réseau de partenaires offrent des outils métiers mobiles autour de cette base. En matière de serveur, nous proposons d’accéder à SQL Server en situation de mobilité. Enfin, le langage .net de Microsoft est l’outil des développeurs de solutions mobiles.

Quelles sont les nouveautés marquantes apparues chez Microsoft ces derniers mois ?

N. P. : Fin 2005, nous avons lancé via Exchange et Windows Mobile la technologie Direct Push comme le propose BlackBerry.Auparavant, il fallait lancer une opération de synchronisation pour obtenir ses mails.Pour cette nouveauté, nous avons noué des partenariats avec SFR, le premier vendeur de BlackBerry en France, avec Orange et Bouygues Telecom. Avec SFR, nous avons lancé une offre avec le Palm Treo 750, constructeur auparavant concurrent en terme de système d’exploitation, qui tourne sur Windows Mobile. En 2006, de nouveaux constructeurs ont adopté Windows Mobile comme Samsung avec un premier terminal lancé il y a deux mois. Enfin,Orange et Microsoft viennent d’annoncer un partenariat qui aboutira en décembre au lancement d’un service de messagerie convergent sur PC et mobiles.

Combien de nouveaux projets de mobilité Microsoft a-t-il mis en place en 2005 et en 2006 ?

N. P. : La mise en place se fait à travers nos partenaires. Il est donc difficile de répondre à cette question. Quoi qu’il en soit le marché a doublé entre 2005 et 2006.

Quelle importance revêt le marché de la mobilité en entreprise pour Microsoft ?

N. P. : Il est stratégique. Il est au cœur de la convergence numérique. C’est un marché fondamental. Nous investissons en terme de produits et nous valorisons ainsi notre offre traditionnelle.

Combien de collaborateurs compte la division mobilité de Microsoft en France et quel est son chiffre d’affaires ?

N. P. : Au niveau mondial, de juillet 2005 à juin 2006, la division mobilité a réalisé un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars avec la vente de 13 millions de terminaux mobiles utilisant Windows Mobile. Nous tirons le reste de l’offre grâce à la mobilité. Le chiffre d’affaires double chaque année. La progression est de 100 à 130 % l’an. C’est le segment de marché qui croît le plus rapidement chez Microsoft. A titre d’exemple, sur les 13 millions de terminaux vendus sur l’année, 6 millions possèdent la fonction téléphone.En comparaison, il s’est vendu 5 millions de terminaux BlackBerry depuis 2000. Quoi qu’il en soit, c’est un marché qui croît fortement.

Quelles sont les nouveautés apparues cette année en matière de réseaux ?

N. P. : Il faut distinguer deux types de nouveautés : celles qui sont initiées par les opérateurs et les autres. Pour les premières, les opérateurs ont fait évoluer la 3G vers la 3G+, le HSDPA. Plus rapides et adaptés à de nouveaux usages, ces réseaux autorisent par exemple la vidéo en temps réel. Hors opérateurs, les réseaux haut débit mobiles – Wi-Fi,Wimax -, émergent. En terme de haut débit local, avec quelques bornes Wimax, Paris serait couvert.

Quelles sont les nouveautés apparues sur le marché des terminaux ?

N. P. : 2006 a été une année très riche en terme de terminal. Nous avons 47 partenaires qui fabriquent des terminaux. Il existe désormais sur le marché un très grand nombre de terminaux. Les designs se sont multipliés et les terminaux se sont adaptés à tous les usages. Ce sont désormais des micro-ordinateurs portables. Les PDA sont communicants. Les claviers, les écrans sont toujours plus grands. Les terminaux intègrent le Wi-Fi et peuvent ainsi surfer sur le web à partir de la «box» installée au bureau et transmettre ainsi la voix sur IP. Le nombre d’acteurs est à la hausse, l’innovation s’accélère.

Quelles sont les nouveautés apparues sur le marché des applications ?

N. P. : L’application qui tire le marché reste la messagerie mobile qui commence à exploser. Auparavant le BlackBerry était réservé à une population élitiste. Désormais, la messagerie mobile se démocratise. Parallèlement, les déploiements sont de plus en plus importants. Ainsi, la SNCF a équipé ses 10 000 contrôleurs de trains de terminaux Windows Mobile pour obtenir notamment de l’information sur le trafic en temps réel. On sort d’un équipement de niche vers un déploiement vers l’ensemble des cols blancs et des cols bleus.

Sur le marché des applications verticales, le secteur du transport et de la logistique s’est intéressé très vite aux applications mobiles. Nous assistons à une nouvelle vague d’équipement autour du CRM mobile. Avant, les entreprises n’étaient pas très chaudes. Il y a une très forte maturation dans les PME. La gestion des clients en temps réel devient fondamentale. Autre exemple, La Poste a décidé d’équiper ses facteurs de PDA. Les forces de ventes y viennent également. Jusqu’à une période récente, la mobilité passait pour un gadget. Les entreprises se demandaient si elles allaient passer à l’acte ou non.Aujourd’hui la question est : comment et quand vais-je développer ma solution mobile ?

Quelles questions doit se poser une entreprise avant de déployer une solution mobile ?

N. P. : Quel est mon objectif ? Que veuxje faire ou non avec ma solution mobile ? Auparavant les entreprises voulaient être exhaustives. Avec un PDA, elles voulaient les mêmes fonctionnalités qu’avec un PC. Cette approche n’est pas pertinente. Le terminal mobile n’a pas les mêmes fonctionnalités. Il faut bien calibrer les besoins et associer les utilisateurs à la démarche. Le chef de projet à la SNCF a constaté qu’il a rencontré le succès en associant les contrôleurs.

Ensuite, il faut déterminer si le terminal doit ressembler à celui du grand public ou doit résister au choc ou à un environnement particulier. Il faut définir les critères de choix du terminal. En matière d’application, il faut se demander ce qu’elle doit être apte à faire. Ainsi faut-il éviter l’application « gros doigt » : celle où il faut taper avec un petit stylet n’a aucun succès si l’utilisateur tape avec le doigt. Il y a des choses simples et des choses compliquées à faire. Il ne faut pas aller trop loin, mais assez loin. Enfin, il faut se poser la question de l’exploitation des données. C’est souvent sur ce point que le projet pèche. Les entreprises ne définissent pas assez la question de l’exploitation des données en amont. Pour un projet de CRM mobile, il faut savoir en quoi la solution répond mieux aux besoins des clients. Dans le domaine de la maintenance : que faire si une pièce manque ?

Quelles économies permet de réaliser une solution mobile ? En combien de temps apparaît le retour sur investissement ?

N. P. : Sur un projet de messagerie, l’entreprise ne sait pas combien ça lui rapporte si ce n’est une flexibilité et une productivité renforcées. Le bénéfice peut se mesurer sur les applications métiers. Ainsi, l’entreprise peut-elle savoir en combien de temps elle répond à la plainte d’un client et comparer avec les délais de traitement nécessaires avant la mise en place de la solution de mobilité. Le retour sur investissement varie très fortement. Il va de deux à trois mois à un an et demi. Cela dépend de l’implication du management, de l’investissement des collaborateurs.

Quelles sont les évolutions à venir en matière de mobilité ?

N. P. : Il existe trois axes fondamentaux. Premièrement, nous allons assister à une extension du domaine de la communication. Les univers de l’informatique et de la communication vont fusionner davantage. Les signaux transmis vont être numérisés : c’est le cas de la voix sur IP. Dès que l’on rentre dans une entreprise, le téléphone mobile passe sur le réseau Wi-Fi et peut émettre et recevoir des appels sur IP. Ou alors, le téléphone portable est branché au port USB du PC et les communications transitent alors aussi sur IP.

Deuxième évolution, les informations échangées vont croître dans le cadre d’un travail en collaboration. Une notion de présence apparaîtra : le collaborateur est-il connecté ou non, disponible ou non ? Une liste de collaborateurs qui travaillent sur un même projet apparaîtra. Au sein de cette équipe virtuelle, chacun pourra savoir si l’autre est présent en fixe ou en mobile, s’il est en ligne ou non. Les collaborateurs ne passeront plus de coup de fil sans savoir si la personne est là ou non.

Dernière évolution, des applications multimédias professionnelles vont se développer. De plus en plus d’entreprises tirent partie du multimédia. Par exemple, l’agent immobilier réalise un état des lieux en prenant des photos avec son terminal. La prise de vue est authentifiée et certifiée. Le document aura force juridique. Autre exemple, McDonald’s accuse réception des colis de matières premières avec un système multimédia. Cette utilisation va se développer. On peut aussi valoriser les informations en magasin en associant les photos avec une puce RFID.Ainsi, le gestionnaire saura quels types de produits se trouvent à quels endroits.