80 km/h : l’Onisr soutient l’application généralisée de la mesure

Pour justifier l’application de la limitation de vitesse à 80 km/h sur l’ensemble des routes sans séparateur central, dites « bidirectionnelles » et situées hors agglomération, l’Onisr a publié un rapport détaillant les résultats de l’accidentalité routière sur ce réseau.

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Mortalité routière février 2018
(c) Phanuwat Nandee / 123fr

En réponse aux critiques concernant l’abaissement de la vitesse maximale autorisée (VMA) de manière indifférenciée dans tous les départements, l’Observatoire interministériel de la sécurité routière (Onisr) a adressé le 31 janvier 2018 un questionnaire aux préfectures françaises. L’objectif : évaluer plus précisément l’accidentalité associée aux différentes catégories de routes départementales.

En France métropolitaine, 9 579 personnes ont perdu la vie entre 2012 et 2016 « dans un accident intervenu sur une route bidirectionnelle hors agglomération », soit 56 % de la totalité des décès sur la période. La majorité sont décédées lors d’un accident sans tiers (38 %) ou d’un choc entre deux véhicules (34 %).

Parmi ces routes bidirectionnelles hors agglomération, l’organisme distingue deux réseaux. D’une part, le réseau dit « principal » catégorise les routes ayant bénéficié « d’aménagements visant à améliorer la fluidité du trafic ou la sécurité » et privilégiées « pour porter non seulement le trafic local mais aussi de transit ». D’autre part, le réseau plus local, un « réseau secondaire, étroit, peu roulant, et plus dangereux à vitesse équivalente ».

Le réseau le plus sécurisant est le plus accidentogène

D’après l’Onisr, c’est le réseau principal, pourtant plus confortable, qui enregistre le plus d’accidents mortels, avec « une proportion de morts supérieure à sa part de réseau (en kilomètres) », et ce dans tous les départements. Seuls Paris, la petite couronne et Mayotte ont été exclus de l’enquête en raison d’un réseau routier bidirectionnel hors agglomération trop réduit.

Par exemple, en Savoie, 91 personnes ont été tuées sur les routes bidirectionnelles hors agglomération entre 2012 et 2016, soit 67 % des tués dans le département. Et 57 personnes, soit 49 % des tués dans le département, sont décédées lors d’accidents sur le réseau principal. Or, ce dernier représente 475 km, soit seulement 15 % des routes bidirectionnelles hors agglomération. Si bien que le pourcentage de tués sur ce réseau (49 %) est supérieur à sa part de réseau (15 %).

« Le réseau principal ne peut être écarté d’une mesure d’abaissement de la VMA »

Sur l’ensemble des départements étudiés, le réseau principal représente en moyenne entre 10 % (réseau ayant le plus fort trafic) et 20 % des routes bidirectionnelles hors agglomération et sans séparateur central, et a concentré entre 38 et 55 % de la mortalité routière entre 2012 et 2016. Ces routes, dont les aménagements permettraient théoriquement de maintenir une limitation à 90 km/h, sont donc celles qui bénéficieraient le plus de son abaissement à 80 km/h.

Des résultats qui selon l’Onisr confirment les études menées par le Cerema depuis 2012. Ainsi, « même si c’est contre-intuitif, le réseau principal ne peut être écarté d’une mesure d’abaissement de la VMA », assure l’organisme.

Un manque de standardisation dans la récolte des données

Cependant, ce rapport révèle aussi l’insuffisance des données collectées sur les accidents. Tout d’abord, chaque département utilise sa propre classification et ses propres définitions pour différencier des catégories de routes, et notamment le réseau principal et le réseau secondaire. Une situation qui ne devrait pas s’améliorer suite au transfert d’une partie du réseau départemental aux métropoles urbaines en 2017. De plus, l’Aube, la Corse du Sud, la Haute-Corse, la Marne, les Pyrénées-Orientales, le Territoire de Belfort, la Martinique, la Guyane n’avaient pas défini de catégorisation et se sont appuyés sur leur connaissance locale pour déterminer la part de réseau principal.

En outre, les informations relatives aux accidents ne sont pas toujours bien remplies : « La variable permettant de distinguer les routes bidirectionnelles des autres types de routes (chaussées séparées ou à sens unique) » était ainsi manquante pour « environ 5 % des décès intervenus hors agglomération », nous informe l’Onisr. Selon l’organisme, le pourcentage de personnes décédées sur ces routes (56 %) ne serait en conséquence qu’une estimation minimale.

Enfin, on peut noter que la vitesse maximale autorisée à l’endroit de l’accident ne fait partie des informations récoltées que depuis 2014. L’Onisr estime toutefois que « la cause vitesse excessive ou inappropriée est plus élevée sur [les routes bidirectionnelles hors agglomération] que sur l’ensemble des réseaux ».

Voir le rapport de l’Onisr