Outils : pour une gestion en mode global

Les solutions de gestion de flotte se perfectionnent et intègrent toujours plus le traitement des données de conduite des véhicules. Et sur le marché, les prestataires se multiplient, bientôt capables de fournir aux gestionnaires des plates-formes uniques pour superviser aussi bien la loi de roulage des véhicules que l’autopartage ou le comportement routier.

- Magazine N°217
1282
Outils : pour une gestion  en mode global

Une hausse de 33 % du chiffre d’affaires annoncée chez Phoenix Développement, de 20 % ces deux dernières années pour Pilote Gestion, etc. Le secteur de l’édition des logiciels de gestion de flotte se porte bien.

La liquidation judiciaire récente de Delta Tech, l’éditeur de Winflotte, constitue l’exception qui confirme la règle. Comme le montre sa reprise rapide par l’équipe d’Optixt qui annonce déjà quatre nouveaux clients dans son portefeuille et projette, elle aussi, une croissance à deux chiffres (voir l’encadré). Ce récent rachat prouve aussi que le marché reste attractif pour de nouveaux acteurs.

Optixt, éditeur de solutions en mode Saas (software as a service), proposait déjà d’autres solutions de gestion comme la facturation, avant de se tourner vers les flottes. « Ces vingt dernières années, les grandes entreprises ont plutôt investi dans les outils de production et la connaissance de leurs clients, analyse le président d’Optixt, David Metais. Et en back office, pour soutenir cette croissance, les services supports (achats, ressources humaines, direction financière) ont développé en parallèle des services administratifs importants que les entreprises ont eu du mal à optimiser. »

Des outils toujours plus innovants

Dans le domaine de la gestion de flotte, Phoenix Développement propose à la fois un outil spécifique, mais aussi une offre d’audit, de conseil et de formation, ainsi qu’une offre de gestion pour externaliser sa flotte.

Pour David Metais, la gestion du parc automobile a fait partie de ces services jusqu’ici « négligés ». « Ce n’est pas le cœur de métier des entreprises et la flotte est gérée par les services généraux ou les achats. Il faut optimiser ce poste si l’on veut soutenir la croissance des clients », estime-t-il.

Pour y parvenir, les éditeurs multiplient les innovations. Emblématique, la mise en lien direct des logiciels de gestion de flotte avec l’Agence nationale de traitement automatisé des infractions (ANTAI). Cet interfaçage contribue à limiter considérablement le temps passé à traiter ces dossiers, ce qui par ricochet diminue leurs coûts. « Ce n’est pas un service gratuit mais il y a un gain pour l’utilisateur : avec cette interface, le traitement des amendes prend seulement quinze secondes », avance Paul Duchêne, directeur commercial de Phoenix Développement.

Et si les acteurs et les produits se multiplient, c’est parce que la demande des entreprises est au rendez-vous. Alors que ces outils étaient jusqu’ici réservés aux parcs importants d’au moins 200 véhicules, de petites PME s’équipent. « Dernièrement, deux entreprises avec 42 et 26 voitures nous ont rejoints, observe Olivier Rigoni, directeur associé de Pilote Gestion. Elles découvrent sur internet que des solutions existent et les intègrent pour stocker et partager l’information sur leur flotte. Il y a une dizaine d’années, de telles initiatives ne prenaient pas », complète-t-il.

Les petites entreprises s’y mettent aussi

Ocean a lancé fin 2015 le service de gestion ParkConnect, utilisable indépendamment de la géolocalisation, avec à la clé des éléments sur la consommation, le kilométrage et l’usage.« Aujourd’hui, 75 % de nos clients gèrent plus de 500 véhicules mais je constate une forte demande sur des périmètres plus petits. Il y a aussi des demandes de “démo“ de nos produits pour des parcs de 200 et 500 véhicules. Les PME se dotent d’un outil de gestion de flotte, ce qui n’était pas le cas auparavant », remarque pour sa part David Metais d’Optixt. Qui se base sur les statistiques du test gratuit proposé sur la page d’accueil de son site.

Et sur ce marché porteur où des spécialistes des solutions de gestion comme Optixt côtoient les acteurs traditionnels, les spécialistes de la géolocalisation veulent aussi leur part du gâteau.

Ainsi, Ocean, connu pour ses dispositifs de suivi en temps réel de la flotte ou d’aide aux itinéraires, a lancé fin 2015 le service de gestion ParkConnect, utilisable indépendamment de la géolocalisation : « Nous voulons apporter les éléments pour les responsables de parc : sur la consommation, le kilométrage, l’usage », justifie Éric Chollier, directeur commercial du prestataire racheté l’an passé par Orange.

Si les clients ont la possibilité d’employer de manière autonome la solution de gestion de flotte et celle de géolocalisation, la combinaison des deux s’impose progressivement pour optimiser les coûts de la flotte. De fait, le traitement des informations remontées de la géolocalisation est dorénavant partie intégrante de la gestion du parc : pour optimiser la consommation des véhicules, les kilomètres parcourus ou encore les temps d’utilisation.

Combiner géolocalisation et gestion

Les entreprises mais aussi les collectivités y ont d’ailleurs de plus en plus recours. Une commune comme Saint-Florentin, ville de presque 5 000 habitants dans l’Yonne, à la tête de 80 véhicules, n’a pas hésité à franchir le pas de la géolocalisation en optant pour la solution d’Ocean en mai 2015.

« Nous avions besoin de suivre les interventions effectuées par nos agents. Nous avions aussi eu des problèmes avec certains d’entre eux qui se dispersaient dans la ville, rappelle Virginie Blanchard, directrice technique de la ville. D’autre part, Saint-Florentin est étendu géographiquement, ce qui fait que nos chantiers sont éloignés. Nous voulions rentabiliser les temps de trajet des équipes, ne pas toujours solliciter les mêmes mais plutôt celles qui étaient au plus près des interventions à réaliser. »

L’outil de géolocalisation remonte les informations sur la flotte et le travail effectué par les agents de Saint-Florentin, mais il aide aussi à optimiser les itinéraires et libère du temps jusqu’ici consacré à la gestion, notamment pour réaliser les feuilles de paie. Ce que confirme David Liénard, directeur de Vinci Facilities direction Sud-Ouest. Le spécialiste du facility management a ainsi mis en place un outil de gestion de flotte, couplé à la géolocalisation, sur une partie de ses 80 véhicules.

Des outils pour tous les services

« Pour le service paie, l’outil a simplifié le pointage. S’il y a des questions sur un salarié, il est possible de vérifier sur l’outil de géolocalisation sans forcément repasser par le salarié pour savoir les horaires effectués à telle date alors que le plus souvent il a pu l’oublier, souligne David Liénard. Le gestionnaire en aura aussi besoin pour connaître l’état du parc, le kilométrage ou les modifications de loi de roulage ; l’encadrant d’affaires pour savoir où se trouve le technicien, s’il est passé sur le site prévu, etc. » (voir le témoignage).

Une fois le système intégré, les résultats sont au rendez-vous. Et vont bien au-delà des gains courants sur les dépenses liées à la flotte. Ce ne sont pas seulement les consommations de carburant qui sont abaissées ou les lois de roulage qui sont optimisées : « Il y a des économies difficilement quantifiables dont on se rend compte en fin d’année, confie un gestionnaire de flotte sous couvert d’anonymat : le nombre de kilomètres se réduit et avec lui le nombre d’heures supplémentaires à régler. »

Et avec un outil embarqué pour mieux contrôler les comportements de conduite, ce sont aussi les coûts d’assurance qui reculent (voir le témoignage de Textilot). « Notre solution intègre à la fois un suivi du comportement routier responsable, de l’éco-conduite et des émissions de CO2. Le dispositif permet notamment le suivi, via des alertes, d’indicateurs comme les accélérations brusques, les freinages d’urgence ou les virages serrés », détaille Alexandre Cuny, directeur commercial du prestataire Fleetmatics.

Géolocalisation : des règles à respecter
Si l’outil de gestion de flotte traditionnel est indolore pour les conducteurs, celui de géolocalisation implique une information légale des salariés, l’ajout d’avenants aux contrats, etc. Certains éditeurs accompagnent donc entreprises et utilisateurs pour mener à bien leurs démarches auprès de la Cnil ou pour modifier les contrats et informer les partenaires sociaux. Et aident également les entreprises et collectivités à élaborer les arguments pour vaincre les résistances traditionnelles des agents et salariés. Pour emporter leur adhésion, la géolocalisation est ainsi présentée comme une trace irréfutable de leur travail. « Si les agents n’ont rien à se reprocher, le dispositif témoigne de leur activité », résume Virginie Blanchard, pour Saint-Florentin.
« Dans les entreprises, ce sont parfois les salariés eux-mêmes qui ont demandé aux dirigeants des solutions de géolocalisation. Pour leur montrer qu’il existe un problème d’équité de traitement entre ceux qui font leur travail et ceux qui respectent moins leurs objectifs », argumente Éric Chollier pour Ocean. Autre argument pour convaincre : la sécurité. « La géolocalisation permet de savoir où se situent les agents lorsqu’ils sont isolés », pointe Virginie Blanchard.
« Pour faire accepter l’outil, il faut être transparent sur son usage vis-à-vis des partenaires sociaux ou du personnel. L’éditeur nous a accompagnés sur la démarche à mener auprès de la Cnil, et nous a proposé des planches explicatives pour les partenaires sociaux », confirme David Liénard, directeur de Vinci Facilities direction Sud-Ouest. Qui a équipé une partie de ses 80 véhicules d’un outil de gestion et de géolocalisation.
Et chez Vinci Facilities, tous les collaborateurs peuvent actionner le bouton « vie privée », entre midi et 14 h 00 par exemple, ou bien quand ils sont d’astreinte et disponibles pour intervenir. « Je n’ai pas à tout connaître de l’utilisation du véhicule », complète David Liénard. Pour ce dernier, un élément déterminant dans la mise en place de la géolocalisation, est d’avoir pris en flagrant délit un salarié qui employait son véhicule alors qu’il n’était pas autorisé à le faire. « La première réaction des salariés a été de voir le logiciel comme un outil de “flicage“. Mais nous avons répondu que ce qui nous intéressait était aussi de changer les comportements dans l’entreprise », rappelle-t-il (voir aussi le témoignage).

La géolocalisation, rouage de l’outil de gestion

Le lancement d’Optimum Automotive est basé sur la télématique embarquée et couvre l’ensemble de la gestion de flotte.Pour attirer et retenir entreprises et collectivités, les éditeurs de solutions de gestion multiplient donc les domaines d’intervention de leurs outils, mais cherchent aussi à proposer à leurs clients des plates-formes uniques. Accessibles aussi bien par internet que sur smartphones ou tablettes, elles permettront aux responsables de parc de contrôler la flotte sous tous ces aspects : de l’éco-conduite à l’autopartage, en passant par la loi de roulage.

Dans cette configuration, le boîtier embarqué n’est plus seulement un outil de géolocalisation : c’est un des rouages de la gestion. « Selon leur métier, certaines entreprises n’ont jamais pensé à mettre un boîtier dans un véhicule parce que la géolocalisation n’avait aucun intérêt pour elles, admet Daniel Vassallucci, président du prestataire Mapping Control. Mais elles sont réceptives si l’on met en avant un boîtier capable d’optimiser leur flotte sous l’angle de la fiscalité et des charges sociales : en optimisant les lois de roulage, les renouvellements, et en excluant toute géolocalisation. » Des entreprises choisissent alors de passer directement de la traditionnelle gestion sur fichier Excel à des solutions qui intègrent les boîtiers de télématique embarquée (voir le témoignage de Vinci Facilities).

« Cette solution de géolocalisation est notre unique outil de gestion : nous n’avons pas d’autres logiciels, décrit Virginie Blanchard pour Saint-Florentin. Avec la gestion externalisée du parc, nous avons abandonné les réparations en interne. Pour cette raison, nous avons beaucoup moins besoin d’un suivi mécanique des véhicules que nous apporterait un logiciel de gestion de flotte. »

Un périmètre d’action qui s’élargit

De telles démarches pourraient se généraliser alors que les constructeurs intègrent maintenant les outils de télématique en première monte. « Notre maison-mère Orange avait un partenariat avec PSA pour l’utilisation des données constructeurs. Dans les offres ParkConnect ou encore GéoPro et Geo start, nous sommes capables de les récupérer », indique Éric Chollier pour Ocean.

Et de nouvelles pistes de services sont envisagées par les prestataires. « Nous allons commercialiser une solution d’internet des objets pour le second semestre 2016, gérée sur une plate-forme unique », reprend Éric Chollier. Des offres qui pourraient conduire le gestionnaire de flotte à élargir le spectre de ses compétences en supervisant notamment les bennes, containers ou autres engins de chantier avec un seul outil informatique.

À moins que les prestataires qui ont contribué à rendre la tâche plus aisée au gestionnaire de flotte ne finissent par se substituer complètement à lui. Mapping Control prévoit par exemple de passer à la vitesse supérieure avec la création d’une offre spécifique, Optimum Automotive. « Elle va notamment s’occuper de PME à la tête de 20 à 300 véhicules, et qui souhaitent externaliser pleinement la gestion de parc », annonce Daniel Vassallucci pour Mapping Control (voir notre article). À suivre.