OVI 2022 : le poids lourd entre urgences et prudence

Après une année 2021 freinée par les délais de livraison des véhicules et la pénurie de conducteurs, l’OVI annonce une année 2022 incertaine pour le marché du poids lourd.
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OVI 2022
Aux côtés du biogaz, le B100 et le XTL pourraient se positionner en carburants de transition avant l’électrique (photo : Renault Trucks Oleo100).

2021 n’a pas tenu ses promesses pour le marché du véhicule industriel, constate l’OVI. Partie pour atteindre les 50 000 immatriculations en France, avec un premier semestre conforté par les aides d’État et la vaccination contre le covid-19, l’année 2021 a vu son élan coupé par trois phénomènes.

La pénurie des semi-conducteurs et des matières premières a ainsi porté à 339 jours les livraisons de véhicules par les constructeurs et à 149 jours celles des carrossiers. Ensuite, l’apparition de variants du covid a freiné le retour à la consommation. Enfin, les mesures du Paquet Mobilité ont créé un manque de 400 000 conducteurs en Europe. « Ces tensions ont engendré un déséquilibre de l’offre et des incertitudes en termes de délai de livraison et de prix, a déclaré Jean-Michel Mercier, directeur de l’OVI, lors d’une conférence de presse. Le marché du VI a été largement impacté et il conviendra de s’adapter à un marché déstructuré en 2021 et qui devrait le rester en 2022. »

En 2021, le marché du VUL a rattrapé sa baisse de 2020 et progressé de 14 % en Europe (photo : VUL Mercedes frigorifique).

OVI : 2022 sous la pression des surcoûts

En 2021 selon l’OVI, il se sera vendu en France environ 44 000 véhicules, soit 22 700 tracteurs et 21 300 porteurs, pour environ 22 000 semi-remorques. Et malgré un fort stock de commandes : + 62 % sur les tracteurs et + 23 % sur les porteurs, Jean-Michel Mercier pense que le marché n’écoulera pas plus de 50 000 poids lourds neufs en 2022, dont 27 000 tracteurs. Car trop de freins demeurent. La forte ponction sur les stocks de véhicules d’occasion annulera des commandes, de même que l’augmentation de 42 % des activités de réparation, chargées de surcroît par la nouvelle loi anti-gaspillage du 8 décembre 2021 de recycler les pièces et de prolonger la vie des véhicules.

En outre, la pénurie des camions a augmenté leur prix de 3 à 5 % et celle des conducteurs impacte les négociations annuelles obligatoires (NAO), avec déjà une hausse moyenne de 6,72 % pour les conducteurs déménageurs. De plus, en 2022, les 670 000 entreprises françaises qui ont bénéficié de crédit en équipements devront commencer à rembourser, ce qui pourrait relancer les défaillances suspendues jusque-là.

Le BTP profitera sans doute encore des grands travaux en 2022 jusqu’au moins en 2030 (photo : Iveco X-Way).

Le BTP et les biocarburants gardent la cote

2022 offre pourtant des opportunités. Toujours porté par les grands travaux, le BTP a progressé de 15 % en 2021 et l’OVI prévoit une hausse de 4,5 % en 2022 malgré les élections présidentielles. Revue par la Task Force du transport, la transition énergétique devrait justifier le report des échéances réglementaires sur la circulation dans les centres-villes et les ZFE-m. Faute d’infrastructures de recharge électrique, la Task Force obtiendra peut-être aussi la reconnaissance du B100 et du XTL comme carburants alternatifs aux côtés du biogaz, ce qui réduirait les investissements nécessaires aux transporteurs pour verdir leurs flottes.

Enfin, le report des caboteurs sur le transport en VUL, avec + 63 % d’achats en Pologne et Lettonie et + 100 % en Lituanie, pourrait rouvrir des lignes de transport international routier lourd aux transporteurs français opportunistes.

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