Patrick Pignères, PDG de LCA : « Rouler dans une Ferrari est un plaisir d’esthète »

Loueur longue durée spécialisé dans les véhicules de direction, LCA est à la tête d’un parc de 1 200 véhicules. Au sein de cette flotte, les véhicules d’exception ne représentent qu’une cinquantaine d’unités. Patrick Pignères, président directeur général de LCA, lui-même heureux possesseur d’une Ferrari 412, décrypte ce marché atypique.

- Magazine N°134
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Flottes Automobiles : Proposez-vous des services spécifiques à vos clients qui ont opté pour des véhicules d’exception ?

Patrick Pignères : Nous proposons un service complet sur le très haut de gamme. Pour ce type de véhicules, nos clients sont des chefs d’entreprise ou appartiennent à des professions libérales. Ce type de clients dispose de très peu de temps disponible. Nous convoyons leurs véhicules jusque chez le concessionnaire pour l’entretien, le changement des pneumatiques… De plus, grâce aux relations que nous avons nouées avec plusieurs courtiers, nous sommes en mesure de proposer des polices d’assurance à des prix compétitifs. A ce titre, les utilisateurs de ce type de véhicule sont des bons conducteurs qui ont fait leur preuve.

F. A. : Qui sont ces clients ?

P. P. : En général, ces clients appartiennent à des sociétés indépendantes qui n’ont qu’une ou deux voitures en parc. Il n’y a donc pas de gestionnaire de parc. Dans les grandes entreprises où le parc est important, il existe des grosses cylindrées, mais pas ce type de véhicule. Mais, quoi qu’il en soit, en France, il se vend peu d’unités par an de ce type de véhicules – Aston Martin, Ferrari, Porsche…

F. A. : Pourquoi ces clients choisissent-ils des véhicules d’exception ?

P. P. : Les clients qui décident de rouler avec ce type de véhicule le font par envie et parce qu’ils peuvent se le permettre. Si chaque cas est un cas particulier, ils ont néanmoins un point commun : la passion pour l’automobile d’exception. Il pourrait décider d’avoir deux véhicules : une routière haut de gamme et un véhicule sportif. La logique leur dicte de choisir un seul véhicule et de se faire plaisir avec une voiture sportive.

F. A. : Quel est le budget mensuel moyen pour ce type de véhicule ?

P. P. : Nous n’avons pas de tarif pour ce type de véhicule car nous sortons des normes. La revente est délicate, les valeurs résiduelles, difficiles à évaluer. Comme, en général, ces véhicules roulent peu (10 000 à 15 000 kilomètres par an), il nous arrive de les louer à un autre client à la fin du contrat initial. Pour ce type de véhicules, nos clients n’obtiennent pas de proposition de la part des loueurs généralistes parce que ces derniers ne savent pas les gérer. A titre d’exemple, pour une Bentley Continental GT qui coûte 180 000 euros à l’achat, au bout de trois ans et 50 0000 kilomètres, vous ne savez pas, à 10 000 euros près, combien vous allez la revendre. C’est pourquoi nous associons nos clients à la revente. Si nous obtenons une plus-value, notre client en récupère 80 %. En revanche, nous endossons la perte. Nous créons également un contrat d’entretien sur-mesure avec la constitution d’une provision et un ajustement à livre ouvert.

F. A. : Pourquoi ces clients choisissent-ils la location longue durée ?

P. P. : Parce que la LLD constitue un service complet et compétitif. De plus, choisir la location longue durée permet de baser l’avantage en nature sur 30 % de la valeur locative. Il faut bien différencier deux niveaux dans le haut de gamme : la voiture d’exception dont le prix à l’achat évolue entre 150 et 200 000 euros et le véhicule haut de gamme dont le prix flirte avec les 100 000 euros. A ce titre, en location longue durée, les voitures d’exception affichent un loyer relatif inférieur aux berlines haut de gamme car leurs valeurs résiduelles sont plus élevées.

F. A. : L’actualité est à la mobilité durable. Dans ce contexte, conduire un véhicule d’exception pourrait apparaître comme anachronique, voire insouciant.

P. P. : Sur autoroute et à 130 km/h, les voitures d’exception ne consomment pas forcément davantage qu’un monospace V6 essence. Le Cx n’est pas le même. De plus, ces véhicules roulent peu. Les conducteurs de ce type de véhicule nuisent moins à l’environnement que les commerciaux qui roulent 100 000 kilomètres par an avec un véhicule lambda. De plus, les constructeurs proposent des solutions pour limiter la consommation. Ces technologies ont un prix et sont intégrées au véhicule haut de gamme, mais ne peuvent pas l’être sur un véhicule de gamme moyenne dont le prix est établi au plus juste.

F. A. : La vitesse étant limitée, quel est l’intérêt de rouler avec un véhicule d’exception ?

P. P. : Rouler dans une Ferrari ou dans une voiture d’exception est un plaisir d’esthète. Dans une voiture sportive, vous avez la sensation d’aller vite sans aller vite. Sur une route de campagne, le plaisir vient du freinage, de la négociation des courbes… Les sensations ne sont pas forcément liées à la vitesse.

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