Pneu : Comment allier sécurité et rentabilité ?

Entreprises, manufacturiers, constructeurs et réseaux d’entretien ont adapté leur stratégie face à l’explosion du coût des pneumatiques ces dernières années. Car le prix des pneus ne risque pas de diminuer significativement à l’avenir.

- Magazine N°126
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La flambée des prix des pneumatiques avait bouleversé il y a quelques années les équilibres économiques des gestionnaires de parcs. Au nom de l’explosion des tarifs des matières premières, les manufacturiers avaient singulièrement revu leurs catalogues de prix à la hausse. Pour les entreprises qui avaient tendance à considérer les pneus comme un vulgaire morceau de caoutchouc, la pilule était difficile à avaler. L’incompréhension était totale sur un budget auquel, jusqu’alors, ils n’avaient pas vraiment porté attention. Le plus dur est désormais derrière eux, d’autant qu’ils ont appris à vivre avec des pneus plus chers.

Mais la réalité économique a bel et bien changé : les pneus représentent aujourd’hui et pour longtemps sans doute, le deuxième poste de dépenses derrière le carburant, avec un budget en hausse de 3 à 6 % par an. Les voitures sont plus lourdes qu’avant, elles sont bourrées d’électronique, et les modes de conduite ont changé (utilisation accrue du diesel). Du coup, pour garantir le maximum de sécurité aux conducteurs, les pneus sont plus larges et donc plus coûteux. Alors que le pneu d’une R21 coûtait il y a une quinzaine d’année 69 euros pièce, son successeur la Laguna roule avec des pneus dont le coût unitaire a tout simplement doublé (134 euros). Au-delà des matières premières, ce qui a vraiment flambé, c’est la surenchère sur la dimension des pneus. Une Clio 1ère génération était équipée en entrée de gamme de 13 pouces. «Aujourd’hui, la même Clio en entrée de gamme roule avec des 15 pouces », rappelle Rodolphe Noulin, directeur de Speedy Fleet.

Le poste pneumatique en hausse

Qu’est ce qui pourrait conduire à une nouvelle augmentation des prix ? Pour les professionnels, la prochaine innovation synonyme de renchérissement des prix devrait être le roulage à plat (run flat). Ce pneu, grâce à une carcasse renforcée qui autorise la conduite à plat, permettra aux conducteurs de se passer de roue de secours. « Il s’agit effectivement d’une innovation aussi importante que la direction assistée ou la climatisation », observe Pascal Gradassi, Directeur commercial de Point S. Les enseignes de réparation se préparent d’ailleurs à l’arrivée de ce nouveau pneumatique, avec des machines spécifiques pour le démontage, des systèmes de reparamétrages des valves électroniques et de contrôle des pressions. Sans oublier la formation de leur personnel. Voilà pourquoi, dans cet environnement inflationniste, les manufacturiers cherchent à éduquer leurs clients et à les sensibiliser à la notion de coût d’usage du pneumatique. « Il faut mettre en parallèle le coût d’achat d’un pneu qui est effectivement en hausse, et son coût d’usage qui inclut les économies de consommation de carburant liées à l’utilisation d’un produit plus technologique et innovant », explique Jean de Wailly, en charge des flottes et de la distribution chez Michelin.

Dans le domaine du pneumatique, les grandes enseignes, qu’elles soient spécialisées dans l’entretien des pneumatiques ou plus largement dans la réparation des véhicules, accordent une grande importance aux entreprises et à leurs flottes. Toutes ont une démarche spécifique à leur égard. Roady (les Mousquetaires) a créé il y a un peu moins d’un an un service de ce type. « Nous sommes allés vers les entreprises car nous ne voulions pas laisser ce marché à la concurrence, explique Yves Gaudineau, Président de l’enseigne. Dans le tissu rural, nous pouvons nous appuyer sur un réseau dense de micro-entreprises de 4 à 5 véhicules, qui n’hésitent pas à venir chez nous. » Roady (200 points de vente attendus en 2009) ne compte pas se concentrer sur les seules toutes petites sociétés et cherche à recruter un commercial chargé de prospecter les grands parcs. Les seules interventions sur pneumatiques représentent à l’heure actuelle (tous segments de clientèles confondus) 34% des entrées en ateliers et 25 % du chiffre d’affaires. Pour dynamiser cette activité, le réseau privilégie chaque mois une « opération prix d’appel », avec des tarifs en baisse de 10 à 12 %

Pneus : l’attrait des flottes

Chez le spécialiste de la tenue de route Point S, Pascal Gradassi affirme que toute taille de société est intéressante, car chaque conducteur est un prescripteur potentiel qui peut nous apporter de nouveaux volumes. Référencé chez la plupart des grands loueurs longue durée (avec des parts de marché de 7 à 25 % selon les cas), Point S a mis au point un logiciel destiné aux clients professionnels. Superflot1 centralise les informations et procédures pour chaque client et fournit facturation en ligne, statistiques sur chaque véhicule (nombre de pneus achetés, dépenses par véhicule…). L’objectif de cet extranet est aussi de développer notre part de marché auprès de la LLD. Nous représentons 10 % de leur chiffre d’affaires en pneumatiques. Il est possible de doubler ce chiffre.

Très fortement engagé auprès des entreprises puisqu’elles représentent 70 % de son chiffre d’affaires, Euromaster (360 centres) reste aujourd’hui le premier opérateur sur les pneumatiques en France et le premier prestataire de pneumatiques pour les loueurs longue durée. Pour conserver ses positions, l’enseigne privilégie deux types d’organisations, avec une quinzaine de commerciaux orientés « grands comptes » et d’autres équipes dédiées aux PME-PMI, l’idée étant surtout de privilégier les flottes en achat, leasing ou crédit-bail. Des investissements importants sont mobilisés pour l’exploitation d’un système informatique européen, souligne Bernard Nassiri, Directeur des ventes marchés spéciaux et grands comptes. Par ailleurs plusieurs cartes accréditives ont été lancées ces dernières années, avec des niveaux de prestations particuliers. La Master Fleet (30 000 porteurs) couvre 10 pays européens ; la Master Plan (7 000 porteurs) est une carte nominative par immatriculation et se veut une véritable offre de gestion. Enfin, la Master Parc (160 000 détenteurs) est une carte entreprises.

Appels d’offres et partenariats

Côté manufacturiers également, les entreprises font l’objet de démarches spécifiques. Michelin a par exemple crée une organisation de suivi des flottes européennes depuis 2005. Pour sa part, Continental propose depuis 1999 ses services aux gestionnaires de flottes d’entreprises au travers de loueurs longue durée et annonce 13 contrats à la fois nationaux et internationaux. La plupart du temps, les manufacturiers n’ont pas de relations directes avec les gestionnaires de parcs, mais interviennent via les loueurs longue durée. Toutefois, certains parcs très spécifiques passent des appels d’offres directement avec les marques de pneus : il s’agit de grandes flottes nationales, aux règles de gestion très précises, comme la police, la gendarmerie, EDF ou GDF.

Des partenariats de distribution sont conclus avec des enseignes pour faire connaître leurs dernières innovations. Pirelli a choisi Speedy pour la commercialisation en avant-première du nouveau système de contrôle de pression K-Pressure Optic. L’exclusivité est de six mois renouvelable. Le bouchon K-Pressure se fixe sur la valve du pneu et transmet une information visuelle sur l’état de pression du pneu. Si le bouchon est blanc, la pression est bonne ; s’il est est rouge, elle est insuffisante. « Les flottes d’entreprises devraient être sensibles à cette innovation, facile à monter, estime Rémy Quentin, président de Pirelli en France. Car le sous-gonflage de leurs véhicules n’est pas un sujet mineur. Un pneu qui roule avec un sous-gonflage de 20 % voit son usure augmenter de 25 % et entraîne une surconsommation de carburant de 3 %. Si l’on arrive à mieux contrôler la pression des pneus, on améliore leur longévité de 30 %. »

Mieux freiner et consommer moins

Autre axe de travail, la recherche-développement sur les pneus de demain. Jean de Wailly rappelle que, chaque année,4 % du chiffre d’affaires de Michelin sont consacrés à ces investissements. D’ici cinq ans, le manufacturier ambitionne, grâce à de nouvelles sculptures et de nouvelles gammes, de diviser par 2 la résistance au roulement ; de réduire les distances de freinage et de diminuer par 2 le bruit de roulement. « Les orientations de recherche tournent autour de trois grands axes : l’optimisation de l’usure, les économies de budget et la réduction des émissions de CO2 », précise Jean de Wailly. Courant 2007 une nouvelle gamme entrera chez PSA : sa très basse résistance au roulement permettra une économie de 0,2 à 0,3 litre aux 100 kms et une réduction des émissions de CO2 de 5 g.

Chez Pirelli, le nouveau P Zero avec un nouveau dessin de la bande de roulement, une nouvelle structure, et cinq brevets de protection, vient d’être homologué sur plus de 20 modèles en première monte (parmi lesquels la R8 d’Audi).

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