Pneus, les réseaux mettent la gomme

Au sein du budget flotte, le pneumatique prend de plus en plus de poids. Première raison d’entrée à l’atelier désormais, il suscite les convoitises des réseaux constructeurs et des enseignes indépendantes qui se livrent une bataille acharnée, notamment pour percer sur le marché des entreprises.

- Magazine N°131
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Si les véhicules ont connu ces dernières années une évolution technologique majeure, le pneumatique n’est pas en reste. Ainsi, il y a quelques années, Michelin a lancé Pax System, un pneumatique qui permettait de rouler à plat. Depuis tous les manufacturiers ont suivi et proposent désormais des pneumatiques semblables sous le nom de Run Flat. La tendance est à la suppression de la roue de secours puisque désormais l’automobiliste pourra rouler à plat pendant quelques centaines de kilomètres à une vitesse d’environ 80 km/h. Cela dit, certains professionnels restent dubitatifs quant à son développement. C’est le cas d’Yves Gaudineau, président de Roady : « Ce type de pneumatique coûte très cher. Il est réservé aux voitures de luxe. Ce n’est pas demain qu’il fera son apparition dans les flottes. De toute façon, les pneus ne crèvent pratiquement plus. Équiper un véhicule de pneus run flat ne vaut pas forcément le coup. » Autre évolution, les indices de charges et de vitesse augmentent régulièrement. Les dimensions et les performances sont revues à la hausse. Ce qui explique une envolée des prix et un budget pneumatique de plus en plus lourd. « Reste que le prix des pneumatiques n’a pas augmenté, assure Pascal Gradassi, directeur commercial chez Point S. Si vous prenez la même référence, le prix reste le même sur ces trois dernières années. Le budget part à la hausse car les pneumatiques choisis sont de plus en plus performants. Les freins des véhicules affichent des diamètres de plus en plus grands et impliquent une augmentation du diamètre de la roue et donc du pneumatique. Auparavant la norme était de 13/14 pouces sur les routières. Aujourd’hui, on arrive facilement à 15 ou 17. »

Evolution positive

Pierre Coquard est directeur adjoint des ventes sur le marché des grands comptes flottes et loueurs longue durée pour le réseau Euromaster. Il abonde dans le même sens : « Le poids des véhicules est de plus en plus lourd. Les contraintes subies par les pneus ne cessent d’augmenter d’où une usure qui aurait pu être rapide si les pneus n’avaient pas évolué. Aujourd’hui, les manufacturiers travaillent sur la longévité de leurs produits. Les dimensions de leurs pneumatiques ne cessent d’augmenter comme leur indice de vitesse et de charge. Entre Clio 1 et Clio 3, le prix du pneu a augmenté de 150 %. Entre Laguna 1 et la nouvelle Laguna, le prix a progressé de 250 %. » Autre évolution sensible, les manufacturiers voient le prix des matières premières augmenter de manière exponentielle. D’où la recherche de produits de substitution qui répondent aux critères écologiques actuels. « Certains manufacturiers intègrent aujourd’hui dans leur mélange des substances à base de maïs, explique la direction des ventes flottes de la direction commerciale France de Renault. De plus, la recherche incessante sur l’économie d’énergie conduit le manufacturier à prendre en compte la résistance au roulement qui, quand elle baisse, permet des économies de carburant. » En matière de bande de roulement, les manufacturiers intègrent également de la silice pour réduire les bruits de frottement.

Services gagnants

Alors que le budget pneumatique est parti à la hausse, les gestionnaires de parc cherchent à réaliser des économies sur ce poste qui est devenu stratégique. Face à eux, les réseaux indépendants et de constructeurs font feux de tous bois pour répondre à ce besoin. Les enseignes sont de plus en plus nombreuses à proposer des outils Internet de reporting. De son côté, Point S a déployé un nouveau site Internet de reporting où apparaissent les anomalies de consommation. « Avec un véhicule semblable, un conducteur peut consommer deux fois plus de pneumatiques qu’un autre », assure Pascal Gradassi. Parallèlement Point S a mis en place un outil informatique national pour suivre précisément le gardiennage des pneumatiques. Chaque pneu dispose d’une fiche où apparaissent l’état du pneu, le nom du client, le kilométrage… Le serveur informatique permet de consulter l’ensemble du stock des pneus hiver et ce, par client ou par immatriculation. Quant à Renault, le constructeur propose un reporting à ses clients via son outil Internet baptisé RIC : nombre de pneumatiques prévus, nombre de pneumatiques consommés… Speedy Fleet proposera son site Extranet de reporting à partir de l’an prochain.

Chez Euromaster, un site est également en cours de développement. Pour le moment, le conducteur dispose d’une carte nominative. Quand il se rend dans un point de vente du réseau, cette carte permet de connaître le détail des prestations définies dans le contrat. Derrière, le gestionnaire de parc reçoit un compte-rendu sur les consommations et reçoit des alertes en cas de consommation anormale ou de dépassement de budget. Autre service : l’intervention sur site. Speedy et Euromaster le proposent, mais des enseignes comme Norauto estiment que le marché n’est pas demandeur. Les réseaux ont également un rôle de conseil pour que l’entreprise maîtrise son budget pneumatique. Ainsi Roady et Euromaster conseillent le gonflage à l’azote. « La durée de vie du pneumatique peut être augmentée ainsi de 20 %, explique Yves Gaudineau. » Autre service, Point S est en train de mettre au point un outil informatique pour donner aux gestionnaires de parc le prix de revient kilométrique du pneumatique.

Le combat des réseaux

Au chapitre des développements commerciaux, Euromaster et Point S ont remporté l’appel d’offres d’EDF dont ils se partagent la flotte avec un troisième réseau. De son côté, Point S a remporté le contrat pour la gestion des pneumatiques de l’ensemble des sociétés de location longue durée de BMW. A ce titre, la concurrence est acharnée entre les réseaux et ce, qu’ils soient indépendants ou propriété d’un constructeur. « Selon une étude récente du GIPA (Groupement InterProfessionnel de l’Automobile), le pneu devient, à égalité avec la vidange, la première raison pour laquelle le véhicule rentre dans l’atelier, explique Pascal Gradassi. Désormais les gestionnaires de flotte effectuent les changements de pneus avant les vidanges. Quand nous recevons ces clients pour les pneumatiques, nous leur expliquons que nous réalisons l’entretien aussi bien que les constructeurs. De plus, le pneumatique génère un chiffre d’affaires important. Voilà pourquoi les réseaux constructeurs cherchent à reprendre la main sur le pneumatique. Pour répondre à cette attaque, nous déployons des formules d’entretien à des tarifs agressifs. »

Quant à Pierre Coquard, il livre une analyse assez semblable : « Il y a longtemps, les réseaux constructeurs avaient délaissé les pneumatiques. Mais depuis, ils y reviennent car ils voient leur part de marché chuter. Les flottes se demandent également si elles ne vont pas confier l’entretien courant aux indépendants. Les constructeurs ont peur de perdre l’entretien et donc réinvestissent le marché des pneumatiques. » Quant à Renault, le constructeur considère que « les prestations pneumatiques représentent un service qui fidélise fortement les clients. Les enjeux sont donc importants pour l’ensemble des acteurs du marché flottes. »

Forces et faiblesses

Face aux réseaux constructeurs, les indépendants mettent en avant leur flexibilité et leur expertise de spécialistes. « Nous sommes disponibles 7 jours sur 7, explique Yves Gaudineau. Nous disposons d’un stock important sur nos points de vente. Enfin, nous avons des tarifs plus compétitifs. » Ce dernier argument est repris par Pascal Gradassi : « En tant que spécialistes, nous obtenons de meilleurs prix que les réseaux constructeurs. » Au chapitre des points faibles, Pierre Coquard avoue le manque de légitimité en matière de garantie. « Parallèlement, les constructeurs embarquent de plus en plus d’électronique dans les véhicules. Nous nous équipons de valisette, mais les constructeurs font tout pour conserver l’entretien. Cela dit, nous utilisons les mêmes produits : il ne s’agit que d’un frein psychologique pour les entreprises. » De son côté, Pascal Gradassi avoue que les réseaux indépendants ont du mal à faire respecter les accords nationaux contrairement aux constructeurs. « De plus, juge-t-il, les collaborateurs des réseaux des constructeurs ne sont pas motivés par les pneumatiques. Ils préfèrent travailler sur les éléments technologiques du véhicule. » Quant à Renault, la direction des ventes flottes de la direction commerciale France met en avant les avantages de son réseau : « Nous orientons nos clients vers le réseau de constructeur. Cela représente un avantage pour nos clients qui profitent bien souvent d’une révision ou d’une réparation pour faire changer les pneumatiques. La limitation des intervenants et la simplicité sont vecteurs d’efficacité pour nos clients. »

Hiver et neige

Depuis quelques années, le marché des pneumatiques hiver ne cesse de progresser. Cela étant, équiper sa flotte n’est pas encore rentré dans les moeurs. Sur le marché des flottes, les pneus hiver génèrent 40 % des ventes chez Euromaster. Reste que le phénomène est régional.

Chez Point S, la part des ventes de pneus hiver peut aller jusqu’à 70 % pour une flotte située dans l’Est de la France quand elle a du mal à atteindre les 2 % dans l’Ouest. Les pneumatiques hiver représentent 7 % des ventes de Point S tous marchés confondus. « L’un des éléments qui joue contre ce type de pneumatique est la dénomination de pneus neige, explique Yves Gaudineau. Or le pneu hiver n’est pas un pneu destiné à rouler exclusivement sur la neige. Pour aller contre cette idée reçue, nous lançons une campagne de communication sur le pneu hiver en septembre. »

Euromaster et Point S font un travail semblable de leur côté. Quoi qu’il en soit, les ventes de pneus hiver ont progressé de 10 % chez Euromaster par rapport à l’an dernier, signe d’une certaine prise de conscience quant à l’utilité de ce type de pneumatique. Pour Renault, « par rapport à l’Europe, la France est le parent pauvre en matière d’approvisionnement en pneus hiver. Les manufacturiers préfèrent approvisionner les pays nordiques et les pays de l’Est qui ont des législations plus sévères dans ce domaine. » Seulement 6 % des clients flottes de Renault ont souscrit à la prestation pneus hiver.

Conduite prudente et économique

Et pourtant le pneu est un organe essentiel en matière de sécurité. C’est le seul point de contact entre la voiture et la route. Il subit toutes les contraintes du véhicule. De plus c’est un indicateur de la santé du véhicule. A partir de l’usure du pneumatique, les spécialistes sont capables de détecter un problème au niveau du système de freinage, des amortisseurs… « Lors d’un accident, l’expert regarde en premier le pneumatique », explique Pierre Coquard. Il est donc impérieux de contrôler la pression de ses pneumatiques une fois par mois. Des pneus sous-gonflés sont dangereux et s’usent plus vite (cf. encadré). Par ailleurs, une conduite apaisée permet également d’économiser jusqu’à 20 % sur le budget pneumatique. Les gestionnaires de parc ont donc un rôle primordial à jouer en informant les conducteurs. Bien (se) conduire, c’est également optimiser son véhicule.

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