Politique écologique : quels retours sur investissements ?

Pour nombre de flottes automobiles en France, les clignotants sont clairement passés au vert. Mais comment mesurer l’impact et l’intérêt financiers d’une démarche de développement durable ? Pour répondre à cette question, qui suppose d’intégrer des paramètres par définition multiples, loueurs et clients donnent leur point de vue, exemples à l’appui.

- Magazine N°160
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Politique verte : quels retours sur investissements ?

Tous les parcs automobiles vivent au rythme de la fiscalité et de la gestion verte depuis maintenant plusieurs années. La réforme de la TVS, puis l’instauration d’un bonus/malus favorisant les véhicules faiblement émetteurs de CO2, et enfin la montée en puissance annoncée de l’électrique dans les parcs, ont singulièrement modifié leur composition. A cette mutation s’ajoutent une plus grande prise en compte des habitudes de conduite des utilisateurs, une surveillance minutieuse des taux de sinistralité des flottes et, dans certains cas, la refonte des politiques de déplacements dans l’entreprise.

Objectifs affichés de ces initiatives : donner un coup de frein à la fiscalité automobile, réduire la consommation de carburant et enfin, contenir les primes d’assurance. Mais au final, quel impact financier ont réellement ces politiques vertes ; est-il possible de mesurer le retour sur investissement des différentes mesures visant à optimiser le TCO vert ? La question mérite d’être posée, sachant que la dépréciation du véhicule (loyer financier) et le carburant représentent 65 % du coût total de détention automobile.

Les préconisations faites par les loueurs découlent d’une analyse des composantes du coût d’usage de l’entreprise. « Tous les sujets ne sont pas égaux en termes d’impacts mais tous sont importants dans la définition du TCO », rappelle Pascal Vanbeversluys, responsable du marché Fleet chez GE Capital. Il insiste surtout sur l’effort de pédagogie, toujours renouvelé, qu’il convient de réaliser avant d’atteindre des résultats concrets, notamment avec l’éco-conduite.

Une réflexion en coûts complets

Chez LeasePlan, Steven Blanchard, chef de marché grands comptes, précise que 24 leviers sont analysés dans le cadre de la politique TCO déclinée par le loueur. Le programme Fleet Balance, en cours de déploiement depuis le mois de mai, permet de connaître les objectifs de l’entreprise avant d’aller dans le détail de la pratique quotidienne de gestion du parc et des arbitrages à opérer. « A nos clients, nous expliquons qu’il y a plusieurs types d’économies liées à une politique de TCO vert, immédiates, cumulées et récurrentes. Il est important d’intégrer cette donnée dans les négociations », expose Steven Blanchard. Une logique parfois difficile à faire comprendre à une population d’acheteurs de plus en plus pointus, qui recherchent des économies immédiates et s’inscrivent moins dans le moyen et long terme.

Les loueurs proposent leurs outils

Avec Arval Analytics, disponible depuis janvier, les gestionnaires de parcs bénéficient d’une classification des véhicules par émissions de CO2. Cet outil les aide donc à anticiper les conséquences de leurs orientations, à gérer et optimiser leurs budgets automobiles sur le long terme. La démarche TCO d’Arval inclut en outre une analyse a posteriori de l’évolution des familles de dépenses.

Chez ALD Automotive, un outil complet d’analyse en TCO fonctionne depuis l’automne 2009. Chacune des grandes familles budgétaires est étudiée et analysée : coûts directs (loyer, maintenance, carburant), coûts fixes (taxes et impôts), coûts liés aux services (assurance, assistance), coûts indirects. Et pour réduire ce TCO en agissant sur le comportement de l’utilisateur, quatre nouveaux services ont été déployés : ALD safetydrive (formations sur circuit ou simulateur de conduite), ALD ecodrive (adopter une conduite économique), ALD care (entretien du véhicule sans eau et à la main) et ALD map (optimisation des déplacements des conducteurs).

D’autres acteurs du marché de la location longue durée n’ont pas encore clairement « marketé » une démarche TCO vert, mais assurent un suivi opérationnel des différents critères qui impactent le coût d’usage du parc. C’est vrai de Parcours qui suit ses clients dans une démarche de développement durable. « Nous les accompagnons sur trois axes à partir de la définition d’une car policy, nous pouvons travailler sur un rapport TCO de la flotte, déterminer grâce à un rapport facturation les anomalies carburant, et la sinistralité des utilisateurs avec le rapport baptisé Coverparc », énumère Frédéric Taillardat, son directeur marketing.

Le TCO vert, une mesure difficile

De façon générale, les loueurs fonctionnent toujours avec des estimations d’économies obtenues par telle ou prorotelle démarche TCO écologiquement responsable. « Il est trop tôt pour en mesurer réellement le retour sur investissement. Il faut avoir un cycle d’une année complète », insiste Jean-Loup Savigny, directeur commercial et marketing d’Arval France. Il rappelle par exemple qu’une politique d’éco-conduite amène à diminuer de 10 % la consommation de carburant et à réaliser de 30 à 40 % d’économies sur les sinistres la première année. Chez LeasePlan, c’est une baisse de consommation de carburant pouvant aller jusqu’à 20 % la première année qui est annoncée grâce à l’éco-conduite. « C’est sans doute une piste plus efficace que renégocier la politique carburant avec votre pétrolier », note Steven Blanchard.

Adopter une conduite économique avec ALD ecodrive peut baisser jusqu’à 20 % la consommation de carburant, alors même que ce poste pèse jusqu’à 21 % du TCO. Le service ALD care (nettoyage des véhicules sur site avec des lingettes réutilisables jusqu’à 300 fois) génère quant à lui une économie d’eau substantielle – entre 1 et 5 litres sont employés contre 150 pour un lavage classique. Enfin, ALD map (système de navigation) offre des économies de carburant de plus de 400 euros par conducteur et par an, grâce au nombre restreint de kilomètres à parcourir.

Travailler le comportement de l’utilisateur

 Les loueurs mettent aussi l’accent sur le comportement de l’utilisateur. Il recouvre 24 % des coûts (carburant, sinistres, etc.), rappelle LeasePlan. Dans certains cas, travailler sur ce comportement et l’acquisition de bonnes pratiques peut se révéler plus porteur qu’investir dans des produits dits verts. « Vérifier régulièrement la pression de ses pneus apporte 2 à 3 % d’économies sur la consommation de carburant et allonge la durée de vie des pneumatiques. Faut-il alors investir dans un pneu vert, dont l’économie annoncée sur le carburant est de 2 %, mais qui est plus cher à l’achat et dont le degré d’usure est aussi plus rapide ? A voir », constate cet opérateur.

GE Capital s’est toutefois livré à un calcul plus approfondi et a même chiffré les économies dues à une meilleure gestion des parcs. Réalisée à l’échelle européenne courant 2009, une étude montre que 47 % des clients paneuropéens de GE Capital avaient déjà appliqué des mesures d’économies préconisées par le loueur et son équipe Key Solutions. Les résultats mettent en exergue des gains de 76 millions d’euros sur l’ensemble de l’Europe, dont 5,5 millions pour la France.

Des leviers d’action multiples

Les postes-clés d’économies : l’optimisation des contrats, via l’examen des opportunités de prorogation, et l’identification des modèles les plus économiques, captent à elles seules 22,5 millions d’euros d’économies ; le choix des véhicules, en termes de coût total de propriété, génère quant à lui 8,8 millions d’euros ; le sourcing ou conseil en achats de véhicules, axés sur le regroupement des équipementiers et distributeurs, permet de dégager 7 millions d’euros. Enfin, un conseil sur l’optimisation des frais de carburant et sur les questions fiscales liées aux émissions de CO2 a amené 7 millions d’euros de gains.

Le loueur GE Capital a également évalué la part des véhicules propres dans son parc : ces derniers couvrent 1,3 % du total et 5 % des clients en disposent. Cela regroupe les véhicules roulant au GNV (gaz naturel pour véhicules), GPL (gaz de pétrole liquéfié), biocarburants, mais aussi les modèles hybrides et électriques. Sur les 5 % de clients, 10 % affichent des parcs 100 % propres, les autres se situant à 10 %. La majorité des modèles sont des hybrides (32 %) et 12 % roulent au biocarburant.