Transition énergétique et véhicules : la stratégie française pour 2028

Le gouvernement français a présenté mardi 27 novembre les orientations de la programmation pluriannuelle de l’énergie et la stratégie nationale bas carbone. Plusieurs mesures vont toucher le secteur du transport et incidemment les flottes d’entreprises et de collectivités.

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Programmation pluriannuelle de l’énergie et la stratégie nationale bas carbone.
© Ministère de la transition écologique et solidaire

Concernant les transports, la stratégie nationale bas carbone (SNBC), instaurée en 2015, vise tout d’abord à respecter les objectifs européens, à savoir une moyenne de 95 g/km de CO2 pour le parc de VL en 2021 et une réduction de 35 % des émissions de CO2 des VP en 2030 par rapport à 2021. La France mise également sur la fin des ventes de véhicules thermiques neufs dès 2040, comme annoncé dans le Plan Climat. Cette stratégie est mise en œuvre via la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) qui vient d’être mise à jour pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028.

Adapter les infrastructures

Afin de respecter les engagements de la SNBC, l’État mise d’une part sur l’adaptation des infrastructures. Il prévoit ainsi de disposer en 2023 de 100 000 points de recharge publics. Pour cela, des outils de financement seront mobilisés parmi lesquels le programme investissements d’avenir (PIA), les tarifs d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE), le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE) ou encore le programme de certificats d’économies d’énergie Advenir. L’État veut aussi lever les freins à l’installation de bornes de recharge, en revoyant notamment le droit des copropriétés, et faciliter la recharge en entreprise en la transformant en avantage en nature.

Comme annoncé mi-novembre, la prime à la conversion sera également renforcée, avec le passage de 500 000 à 1 million de bénéficiaires sur la durée du quinquennat. Le gouvernement ambitionne d’atteindre un parc de 1,2 million de VP électriques et hybrides rechargeables en circulation en 2023 et de 4 8 millions en 2028. L’achat de véhicules GNV sera lui aussi favorisé via le dispositif de suramortissement. Ce dernier sera d’ailleurs étendu à l’achat de véhicules hydrogène, a minima dans les mêmes conditions que pour les poids lourds GNV (PTAC > 3,5 t) (voir aussi notre brève).

En parallèle, l’État compte sur les constructeurs pour améliorer la performance énergétique des véhicules thermiques neufs, à 4 l/100 km. Enfin, le covoiturage sera soutenu dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités.

Décarboner l’énergie consommée

Mais verdir les transports implique aussi de verdir l’énergie utilisée par les véhicules. Justement, la SNBC prévoit une sortie des énergies fossiles en 2050. Toutes les centrales électriques à charbon seront ainsi fermées d’ici 2022. Les capacités de production d’électricité renouvelable devraient être doublées par rapport à 2017 pour atteindre 102 à 113 GW en 2028, via le lancement d’une dizaine d’appels d’offres chaque année. « La production du parc éolien terrestre sera triplée et la quantité d’énergie produite à partir du photovoltaïque sera multipliée par cinq », a annoncé le président de la République Emmanuel Macron. 65 000 à 100 000 sites photovoltaïques en autoconsommation pourraient ainsi être installés sur le territoire dès 2023.

Des mesures qui n’impliquent cependant pas une sortie du nucléaire pour Emmanuel Macron. Si l’État prévoit toujours de réduire la part du nucléaire, il a revu ses ambitions à la baisse en fixant un objectif de 50 % d’énergie nucléaire dans le mix énergétique en 2035, et non plus en 2025 comme le prévoyait la loi de transition énergétique. 14 réacteurs de 900 MW seront ainsi fermés d’ici 2035, dont les deux réacteurs de Fessenheim au printemps 2020, suivis de quatre à six réacteurs supplémentaires d’ici 2030. En outre, le gouvernement se réserve la possibilité d’en construire de nouveaux si besoin.

GNV, H2, biocarburants : vers une production plus verte

L’État va de plus consolider l’obligation d’achat de biogaz à un tarif réglementé et lancer des appels d’offres pour baisser les coûts de production de gaz renouvelable. Il veut en effet multiplier celle-ci par cinq par rapport à 2017 jusqu’à atteindre une production de 24 à 32 TWh en 2028, en fonction de la baisse des coûts observée. « L’objectif est que 10 % de la consommation de gaz soit d’origine renouvelable en 2030 », indique le ministère de la transition écologique et solidaire.

Du côté de l’hydrogène, ce vecteur énergétique disposera d’un fonds de soutien de 100 millions d’euros et de plusieurs appels à projets sur la mobilité et la production par électrolyse.

Les biocarburants n’ont pas été oubliés : le gouvernement vise un taux d’incorporation de 3,8 % dans l’essence et 3,2 % dans le gazole en 2028, via des mesures incitatives à destination des opérateurs de distribution. À noter que la part de biocarburants de 1ère génération sera limitée à 7 % : « La croissance de la part biosourcée dans les carburants se fait donc de façon exclusive par le développement des biocarburants avancés, c’est-à-dire élaborés à partir de déchets, de résidus ou de matières premières non alimentaires », précise le ministère.

À noter que la PPE, d’un point de vue global, implique un surplus d’investissements d’environ 137 milliards d’euros sur la période 2019-2023 et de 223 milliards d’euros sur 2024-2028. Reste maintenant  à savoir quels seront les résultats de ces mesures qui peinent à convaincre nombre d’ONG. « Les annonces faites ne permettent pas concrètement de faire face aux défis qui se posent aujourd’hui », a ainsi estimé dans un communiqué l’association WWF.

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