Pré-expertise : utile ou inutile ?

Pour éviter les mauvaises surprises et minorer la note, certains gestionnaires de parc font expertiser le véhicule avant la restitution et procèdent à des réparations. Objectif : remettre suffisamment en état le véhicule pour éviter ou réduire les frais de restitution. Une démarche qui n’emporte pas nécessairement l’adhésion parmi les témoins interrogés.

- Magazine N°219
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Pré-expertise : utile ou inutile ?

« Nous proposons une pré-expertise trois ou six mois avant la restitution pour ceux qui le demandent », indique Gérard de Chalonge, directeur commercial d’Athlon Car Lease. « Quand il s’agit d’une réparation qui peut être prise en charge par l’assurance, il faut comparer : d’une part, le coût des frais de restitution en prenant en compte l’abattement que nous appliquerons pour vétusté et les petits impacts qui ne seront pas facturés ; de l’autre, la franchise de l’assurance. Si le coût de la réparation est moins élevé que la franchise, cela risque de ne pas être rentable », explique d’emblée Cédric Marquant, directeur marketing et business development d’Alphabet.

Comparer attentivement les coûts

Pour Christophe Delivet, directeur du service Delivery d’Arval qui commercialise aussi une pré-expertise au plus tard trois mois avant la restitution, cette solution n’offre pas que des avantages : « Cette expertise immobilise le véhicule et ne prend évidemment pas en compte les chocs entre ce moment et la restitution. » Et ce responsable déconseille toute réparation avant la restitution « qui coûte plus cher que les frais. » Cette pré-expertise n’a donc qu’une fonction indicative.

Bertrand Durand, responsable de Macadam France, la juge pour sa part « inutile ». Ce que confirme Xavier Diry, directeur de Dekra Automotive Solutions France : « Six mois avant la restitution, cette expertise ne sert plus à rien. Il n’est alors plus intéressant de remettre en état car les frais seront supérieurs à ceux facturés. En revanche, une bonne solution consiste à évaluer l’état du véhicule en milieu de vie pour anticiper et éviter qu’il ne commence à se dégrader ou se dégrade plus. Avec en outre un impact bénéfique sur la sensibilisation du conducteur. »

Ainsi, à moins d’être un très gros compte bénéficiant de tarifs exceptionnels, mieux vaut, à ce stade du contrat, attendre la restitution, estiment très largement les loueurs.

Un avis que ne partage pas Stéphane Fouillard, DAF de Kinnarps : « Nous pratiquons une pré-expertise trois mois avant la restitution, accompagnée d’un devis de remise en état. Et nous décidons au cas par cas. Nous faisons réparer automatiquement tout ce qui a trait au pare-brise et à l’optique. Pour tout ce qui est relatif à un accident, nous comparons le coût prévisible des frais de restitution et la franchise de l’assurance. Si celle-ci est supérieure, nous ne faisons pas réparer par avance » (voir le témoignage).

Des gestionnaires plutôt partants

Une pratique encore plus poussée chez Orangina Suntory France : « Nous sommes en train de signer un partenariat avec le réseau de carrossiers AD qui nous fera bénéficier d’un taux horaire pour la main-d’œuvre de 50 euros HT à Paris et de 48 euros pour le reste de la France. Le conducteur apportera le véhicule dans un garage du réseau qui prendra des photos des chocs et dommages, et nous les transmettra par e-mail avec des devis. Nous déciderons alors de remettre le véhicule en état ou non. Pour des rayures, ce n’est pas toujours intéressant car la vétusté est prise en compte par le loueur », détaille Jean-Pierre Tran, responsable du parc. Autre avantage : « Il y aura une seule porte d’entrée et une seule facture mensuelle », ajoute-t-il.

Pour que la pré-expertise soit intéressante, les carrossiers doivent la prendre en compte : il s’agit de réparer au moindre coût les seuls dommages qui entraîneraient des frais à la restitution. Le réseau Five Star l’a compris et a mis en place depuis le début de l’année le système Easy Back.

« Easy Back prépare les véhicules pour la restitution. Les garages membres de notre réseau commercialisent un diagnostic personnalisé basé sur le guide de restitution du loueur avec des photos de toutes les parties endommagées et un devis. Nous différencions les dommages tolérés par le loueur des réparations nécessaires. Nous utilisons des techniques de micro-réparation comme le spot-repair, moins onéreuses, plutôt que de changer les pièces. Un raccord de peinture sur une jante coûtera deux fois moins cher qu’un remplacement », décrit Jean-Pierre Carrot, garagiste à Saint-Étienne et responsable du centre pilote Easy Back.

Les carrossiers se spécialisent

Les 420 membres du réseau Five Star, formés à cet accompagnement spécifique, offriront ainsi un service identique sur le territoire, avec une facturation unique et des facilités, notamment la mise à disposition d’un véhicule de remplacement gratuit.

« Avec ce bilan, le client peut s’appuyer sur notre diagnostic détaillé et conforme au guide de restitution en cas de litige avec le loueur », complète Jean-Pierre Carrot. Le réseau Five Star compte élargir cette solution a minima aux flottes de véhicules en pleine propriété, et assurer un suivi de « la “bobologie“ du véhicule sur toute la durée du contrat de location car les bosses appellent les bosses », avance Alain Bessin, président du GIE.