Le programme EVE récompense le transport et la logistique durables

Lors du « rendez-vous du transport et de la logistique éco-responsable », organisé le 19 septembre par les porteurs du programme EVE, les acteurs du secteur ont abordé les problématiques du partage des données environnementales et de la coopération inter-entreprises, en parallèle de la remise des trophées 2019.

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EVE 2019

Pour rappel, le programme EVE (Engagements volontaires pour l’environnement), lancé en mars 2019 par le ministère de la transition écologique et solidaire et l’Ademe, offre un accompagnement et des outils méthodologiques, voire des financements, aux acteurs du transport et de la logistique souhaitant réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). 250 entreprises se sont déjà engagées dans ce programme.

L’événement du 19 septembre a été l’occasion d’aborder deux problématiques rencontrées par les acteurs du secteur : le partage de données environnementales et la coopération. « Nous n’avons pas de données assez fiables et fines sur l’impact CO2 d’un site vers un autre ou vers nos clients, faute d’outil représentatif et commun à tous », a regretté Khalid Amakran, responsable transport du pôle produit pour la consommation chez Saint-Gobain. Les entreprises sont en effet généralement peu enclines à fournir leurs données.

Pourtant, le calcul de l’impact environnemental a fait ses preuves : « Nous avons mesuré que nous pouvions émettre 9 000 t équivalent CO2 pour un entrepôt comme Atlantique Boissons à Nantes, dont deux tiers basés sur l’amont, a témoigné Fabrice Chiffoleau, président du distributeur de boissons C10. Nous avons ainsi déplacé notre plate-forme nationale de Bordeaux à Orléans et diminué de 1,3 million de kilomètres les trajets vers les entrepôts, avec une réduction des coûts et un gain de compétitivité évident. »

« Ce sujet doit passer au-dessus des intérêts économiques, a de son côté estimé Ivan Stempezynski, directeur général du transporteur TAB. On peut légitimement espérer créer une plate-forme d’intérêt général pour échanger en toute sécurité et fiabilité, raisonnable pour tout le monde d‘un point de vue économique. Profitons d’avoir encore quelques années pour travailler dans un cadre non contraignant. »

Verdir toute la chaîne

En parallèle, les acteurs du transport et de la logistique sont de plus en plus contraints de coopérer afin de réduire les émissions sur toute la supply chain. « Seules 10 % de nos émissions sont dues à la consommation d’énergie de la flotte et des bâtiments. 90 % sont des émissions indirectes », a révélé Cécile Bray, expert senior climat carbone pour le logisticien Geodis qui travaille donc sur des partenariats avec ses sous-traitants. L’entreprise a d’ailleurs soutenu en 2018 la mise en place d’objectifs européens de réduction des émissions de CO2 pour les constructeurs de camions.

La coopération peut aussi aller au-delà de la supply chain. À titre d’exemple, le Groupe Caille a dû travailler avec d’autres transporteurs, un collecteur de déchets et une compagnie de bus pour l’implantation d’une station GNV à Lans, dans le but de livrer au gaz son client Carrefour. « Ce problème d’infrastructure ne s’arrête pas au gaz, a d’ailleurs signalé le P-DG Bertrand Caille. Notre entreprise est sur un projet de porteur électrique. or, pour qu’un camion puisse charger 80 % de sa capacité en 1 heure, il faut des stations de 150 kWA. Il n’y en a aucune installée actuellement en France. »

Les meilleures coopérations entre acteurs récompensées

Les Trophées EVE ont justement mis à l’honneur trois acteurs ayant mis en place des coopérations en faveur de la réduction de leur empreinte carbone. Le transporteur TAB Rail Road a ainsi été primé pour avoir mutualisé le flux de marchandises transportées pour le compte de trois clients (Continental Foods France, Haribo et Saint-Mamet), avec un transport combiné rail-route d’Avignon à Paris. « Nous sommes sur le même entrepôt à Avignon, juste à côté d’une ligne ferroviaire, a témoigné Muriel Amouroux, responsable supply chain chez Haribo. Nous ne sommes pas concurrents et avons pu partager nos coûts et nos bonnes pratiques pour faire des camions communs à trois. »

Carrefour a également remporté un trophée suite à la création du « Cercle des transporteurs », un lieu d’échange avec ses 22 partenaires pour travailler sur l’organisation des flux ou encore les motorisations des véhicules.

En parallèle, le transporteur Rautureau a été récompensé suite à la mise en service de deux véhicules alimentés au bioGNV pour livrer Leroy Merlin, en partenariat avec le centre de méthanisation AgriBioMéthane situé à 600 m de ses locaux. Transdev Normandie a été primé pour son challenge d’éco-conduite « Bus d’Or » ; et DB Schenker pour son partenariat avec la société « Triporteurs de l’ouest », spécialisée dans le transport de palettes en vélos cargos électriques.

Un trophée spécial du jury a en outre été remis au groupe Mauffrey. Celui-ci a mis en place une organisation pour charger des bouteilles d’eau chez Nestlé à Vittel, les livrer à Carrefour à Lyon et rapporter au retour du papier récupéré en vrac pour la société Norske-Sko à Golberyg. Un véhicule spécifique, roulant au GNV, a été adapté pour l’occasion.

Un suivi des progrès de réduction des émissions

Ont aussi été récompensées les meilleures progressions. Dans la catégorie transport de voyageurs, Couret Voyages a réussi à réduire de 10 % ses émissions de CO2 entre 2015 et 2018, alors qu’il s’était fixé au départ un objectif de – 5 %. Cette PME de 47 salariés, dont 32 conducteurs, possède une flotte de 40 véhicules et opère au cœur du parc naturel régional des Pyrénées Ariégeoises (09). « Nous nous sommes appuyés sur des logiciels performants d’exploitation de transport de voyageurs pour centraliser les données », a relaté Jean-Marc Couret, gérant de la société.

Pour le transport de marchandises, c’est Biocoop qui a été récompensé. Avec 66 véhicules moteurs pour 116 salariés, la coopérative a réduit de plus de 30 % ses émissions de CO2 entre 2015 et 2018, au lieu de 21 %. « Depuis 2010 et notre premier engagement dans Objectif CO2, nous avons formé l’ensemble de nos 92 conducteurs à l’éco-conduite via nos moniteurs, a indiqué son directeur Ouadi Benaissa. En outre, 25 % de notre parc roule au GNV et désormais 100 % de nos magasins parisiens sont livrés au biogaz. Enfin, nous organisons le transport de notre plate-forme parisienne vers le sud-est via le rail-route depuis dix ans entre Paris et Avignon. »

Le Groupe Renault a lui été primé dans la catégorie chargeur pour avoir diminué les émissions de CO2 de ses activités logistiques en Europe de près de 9 % – au lieu des – 7 % prévus – entre 2015 et 2017. Enfin, les trophées des meilleurs performances environnementales ont été aux Transports Montbrisonnais, à Kleyling et au groupe Delisle.

À noter que 11 commissionnaires se sont déjà engagés dans le nouveau dispositif d’accompagnement EVEcom qui leur est destiné, dont Chronopost, DHL et Gefco. Au programme : la transformation du dernier kilomètre en centre-ville, des partenariats avec des sous-traitants plus vertueux, l’optimisation des schémas de transport ou encore le transfert modal. À suivre.

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