BRAVE : un projet européen pour améliorer les interfaces des véhicules autonomes

Dans le cadre du projet européen BRAVE, nous avons participé le 12 juin à un essai sur route d’une Tesla Model X en mode Autopilot, en vue d’évaluer l’acceptabilité du système et l’efficacité de l’interface homme-machine pour les utilisateurs.

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Projet BRAVE - essai sur route tesla model x
Alain Piperno, expert véhicules autonomes à l'Utac, a supervisé ls essais du système Autopilot de la Tesla Model X le 12 juin à Monthléry. © Utac / projet BRAVE

Lancé en juin 2017 dans le cadre du programme européen de recherche et d’innovation Horizon 2020, le projet européen BRAVE vise à développer des modèles d’interface homme-machine pour les véhicules autonomes, en prenant en compte les besoins des conducteurs mais aussi des autres usagers de la route et parties prenantes. L’enjeu : assurer la sécurité et l’acceptabilité de la technologie pour en faciliter l’intégration.

Entièrement financé par la Commission européenne, le projet regroupe un consortium d’acteurs publics et privés, dont le pôle de compétitivité Mov’eo et le spécialiste de la certification automobile Utac en France.

Ces derniers ont organisés le 12 juin à Montlhéry (91) une journée d’essai ouverte à tous pour tester le mode Autopilot de la Tesla Model X. « Nous avons choisi la Tesla X car c’est un véhicule particulièrement avancé en termes d’aides à la conduite (ADAS), déjà disponible sur le marché. C’est de plus un véhicule particulièrement attractif pour les participant », explique Florent Anon, chargé de projets européens chez Mov’eo et notamment responsable du projet BRAVE.

Conduite autonome : des indicateurs trop petits ?

Nous avons participé à l’un de ces essais. « Il est difficile d’attendre que le volant bouge tout seul lorsqu’on a les mains dessus », a témoigné l’une des participantes. Cette dernière a également jugé que le voyant indiquant si l’Autopilot est activé est trop petit.

Même constat quant au rappel de garder les mains sur le volant, affiché sur l’écran en face du conducteur. Ce dernier est doublé par des alertes sonores, jugées insuffisantes : « J’ai identifié les alertes sonores comme un signal de dépassement de vitesse au début du parcours et n’y ai ensuite plus fait attention », a-t-elle expliqué.

L’essai était aussi l’occasion pour les participants de se confronter aux limitations du mode Autopilot. Par exemple, le système ne détecte pas forcément les voitures situées devant lui lorsqu’elles ne sont pas au milieu de la voie.

Autre constatation : si l’Autopilot s’active facilement en tirant deux fois sur une manette située à gauche sous le volant, celle-ci peut facilement se confondre avec le clignotant. Et surtout, le retour en mode manuel, déclenché dès que le conducteur tourne le volant ou appuie sur une pédale, ne désactive pas l’ensemble des aides à la conduite. Ainsi, lors de la reprise en main de la conduite pour un dépassement, la voiture peut accélérer ou freiner automatiquement selon les réglages du régulateur adaptatif de vitesse ou de la distance de sécurité.

Une interface pas assez intuitive

Notre bilan : l’interface pourrait être améliorée. Difficile de rester concentré sur la route et de savoir où regarder avec deux grands écrans incrustés sur le tableau de bord. Il n’est pas évident non plus de savoir quelles aides à la conduite sont actives.

Les participants à l’étude devaient répondre au même questionnaire avant et après l’essai du véhicule pour évaluer leurs perceptions du système de conduite automatisée. Les questions portent par exemple sur le ressenti quant à la fiabilité, la précision ou encore l’utilité du système. Les réponses viendront alimenter le projet, au même titre que d’autres travaux.

« Nous sommes partis d’un état de l’art sur l’acceptabilité des technologies de conduite autonome, afin d’en identifier les limites. Nous complétons cette étude théorique en interrogeant des experts du secteur et en réalisant des tests sur le terrain, notamment celui d’aujourd’hui », détaille Florent Anon. Des essais sont ainsi en cours dans cinq pays, dont la Slovénie, et sur différents modèles. L’objectif : développer des interfaces homme-machine innovantes.

Développer des interfaces homme-machine innovantes

Projet BRAVE
© Projet BRAVE

« Un prototype sera réalisé et évalué en 2019 par l’Utac avec des essais précis et quantifiés, mesurables et répétables selon les méthodes officielles », indique Alain Piperno, expert véhicules autonomes à l’Utac.

« Les interfaces développées seront ensuite testées auprès d’un panel d’utilisateurs via la réalité virtuelle et des essais sur piste, afin d’assurer la réplicabilité des tests, poursuit Florent Anon. Nous avancerons ainsi par boucles incrémentales, en vue d’optimiser les interfaces jusqu’à la fin du projet en 2020. » L’un des enjeux sera notamment d’améliorer la prédiction de la trajectoire des piétons en environnement complexe. Le projet a également pour finalité de mettre en lien ces résultats de l’étude et la certification des véhicules. « D’éventuels nouveaux protocoles seront ensuite proposés par l’UTAC dans les instances réglementaires ou par Euro NCAP », annonce Alain Piperno.

« Nous sommes encore actuellement au début du projet. Il reste à définir précisément la manière dont nous pourrons en exploiter les résultats, d’une part via leur communication et leur dissémination, et d’autre part via une mise sur le marché de produits innovants », conclut Florent Anon.

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