Quel avenir pour les « low-cost » dans les flottes ?

Le retour de nombreuses petites voitures pas chères, telle que la Peugeot 107 ou la Volkswagen Fox, influencera-t-il les car-policies des flottes ? Chez les loueurs, les constructeurs ou les gestionnaires de parcs, les avis sont très partagés !

- Magazine N°122
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Elles avaient pratiquement disparu de la circulation… Entre 2000 et 2005, les toutes petites voitures, très bon marché, ces «minis» ou modèles du « segment B1 », ont vécu une traversée du désert. Seule la Twingo s’est maintenue, mais à des prix hors promotions pas toujours très low-cost… Or, depuis près d’un an, les autos à moins de 9 000 euros reviennent sur le devant de la scène : Citroën C1, Peugeot 107, Volkswagen Fox, etc. « Le succès des voitures peu coûteuses est cyclique. Et si les ventes sont encore faibles aujourd’hui, on voit bien qu’elles redémarrent », commente Yves Oursel, Responsable marketing d’Opel. La marque s’accroche d’ailleurs au segment avec son Agila, lancée en 2000, qui ne devrait pas tarder à être remplacée par une nouvelle version.

Pour Thierry Lespiaucq, Directeur de Volkswagen France, ces petites autos répondent à une vraie attente. Elles ne sont pas équipées comme des sapins de Noël, mais garantissent confort et sécurité à un prix-plancher. Toutefois, précise t-il, il faut se garder de les comparer aux véhicules à prix défiant toute concurrence, fabriqués là où les coûts de production sont très bas. D’autres constructeurs récusent d’ailleurs le terme «low-cost» pour les qualifier… Ils préfèrent celui « d’entrée de gamme », qui ne signifie pas, « bas de gamme », précise Yves Oursel. Et Laurent Helman, Directeur des ventes marchés flottes et entreprises chez Citroën, ajoute que sa C1 est « une entrée de gamme par la grande porte ! Son prix est contenu, mais sa conception est très moderne, sans compromis avec la sécurité. Il ne s’agit pas d’une alternative à un véhicule d’occasion ».

Certains y croient et d’autres pas !

Or, si les particuliers sont séduits par cette offre renaissante, pourquoi les entreprises ne s’y intéresseraient-elles pas, s’interrogent Christophe Decultot, Directeur des marques Fiat et Lancia, et, Eric Le Liard, Directeur général de FAL (Fiat, Alfa-Roméo, Lancia) Fleet Service.commence ici une vraie petite polémique. . . Certains constructeurs, loueurs ou gestionnaires de parc, croient en l’avenir des autos d’entrée de gamme dans les flottes… et d’autres non. Ainsi, alors que les réductions de coûts sont érigées en vertu par une majorité d’entreprises, Franklin Langlois-Berthelot, Directeur de Peugeot Parc Alliance, pense que le prix attractif de la 107 est d’abord un argument de vente aux particuliers. « Le plus important pour les flottes, c’est l’adéquation entre le véhicule et son utilisation. Certes, le prix compte dans le coût de détention. Mais une voiture à moins de 9 000 euros ne sera pas forcément plus économique qu’une autre, avec d’avantage d’espace, mieux adaptée à la productivité des collaborateurs. Je doute que les voitures d’entrée de gamme prennent plus de place dans les flottes qu’elles n’en ont aujourd’hui ». Et Peugeot qui sortira une 207 en version «affaires» au mois de septembre, n’envisage rien de tel pour la 107…

A en juger par le faible pourcentage de voitures d’entrée de gamme aujourd’hui dans les flottes (moins de 3 %, contre plus de 6 % sur le marché des ventes aux particuliers), tout porte à croire que Franklin Langlois-Berthelot voit juste. D’autant que pour Thierry Lespiaucq, le segment phare qui attire les entreprises, le «M1» des Golf et autres Mégane, avec environ 34 % de part de marché, le restera selon lui à l’avenir, talonné par celui des 207, Clio, etc., occupant 27 % du marché flottes.

Dans les entreprises, confirme Edouard Rance, Directeur d’ERCG, on trouve en majorité des modèles de la catégorie 206, C3, etc., en version deux places (généralement dévolues aux techniciens), des voitures de fonction du segment Mégane, 307, etc. , attribuées aux commerciaux, ou encore, pour ces derniers, des autos de la première catégorie (Polo, etc. ) plus maniables en ville, mais avec un niveau de finition haut de gamme. Et les rares véhicules d’entrée de gamme sont généralement pour des commerciaux très urbains. Mais, « impossible de les faire rouler dans une mini, dès qu’ils font 35 000 km par an. La voiture devient alors un lieu de vie où il faut un minimum de place », explique Edouard Rance.

Une low-cost fidélise t’elle ?

En outre, la voiture fait souvent partie du package de rémunération, poursuit Arnaud Muller, Directeur marketing du loueur GE Fleet Services. Et en général, on ne rémunère pas avec une auto d’entrée de gamme, constate-t-il. Sauf si on a affaire à des célibataires très citadins qui les réclament ou à de jeunes salariés. Thierry Dubois, Directeur d’Aon Auto, ne pense pas non plus qu’elles correspondent aux besoins des entreprises. Car « un véhicule est aussi un outil de fidélisation et l’on fait plus plaisir aux collaborateurs en leur donnant une voiture d’une certaine taille. »

Philippe Peyrard, Directeur des ventes aux entreprises et véhicules utilitaires de General Motors, prédit, lui aussi, un avenir limité aux voitures d’entrée de gamme dans les flottes et évoque le handicap de leur valeur résiduelle… « Je ne suis pas sûr que les petites autos se revendront aussi bien que celle de la catégorie supérieure. Et à cause de cela, leur loyer ne sera guère moins élevé ». Puis, selon Thierry Lespiaucq, il n’est guère possible de négocier le prix des autos d’entrée de gamme déjà positionné très bas au départ.

Au final, donc, pas de gros écart entre le coût d’acquisition d’une Fox à 8 990 euros et celui d’une Polo équipée de la même manière à 11 000 euros négociables, ditil. Cette dernière sortira d’ailleurs en version affaires, alors que sa cadette non. Et côté TVS, guère ou pas « de différence entre l’entrée de gamme et le segment juste au-dessus ».

Le camp des «optimistes»

Toutefois, un possible changement fiscal pourrait, selon Eric Trelet, Directeur commercial d’ALD Automotive, jouer en faveur des autos « low-cost »… On le sait, les pays de l’Union Européenne cherchent à harmoniser leurs taxes. « Or, les avantages liés aux véhicules de sociétés deux places sont une exception française qui pourrait disparaître. Dans ce cas, je ne serais pas étonné que les entreprises compensent en attribuant des véhicules moins chers ». La flotte d’ALD Automotive compte 120 000 voitures, dont 60 % de VP. Sur ces 60 %, environ 40 % sont des véhicules de sociétés, parmi lesquels la moitié appartiennent à la catégorie Mégane,307, etc., et l’autre moitié, au segment Clio, 206, etc. « Si l’on basculait dans la catégorie en-dessous, cela pourrait booster les ventes de voitures d’entrée de gamme. Par ailleurs, ces autos seraient plus faciles à revendre que les deux places, qu’il faut reconvertir en quatre ou cinq places avant de les mettre sur le marché de l’occasion ».

Vu sous cet angle, la valeur résiduelle des petites autos ne serait donc pas si mauvaise que cela… Et Laurent Helman enfonce le clou… « D’ici trois ans, je pense que la C1 se revendra bien, car c’est une voiture moderne, pas chère (de 8 350 à 11 200 euros) et au look sympa. Elle consomme peu et est très adaptée à un usage urbain. En outre, elle est la seule de sa catégorie qui ait été retenue lors du dernier appel d’offres de l’UGAP (Union des groupements d’achats publics) qui l’a reconnue comme étant la meilleure en termes d’économies globales ». Que recherchent assidument les entreprises ou les administrations aujourd’hui… Et Citroën entend bien promouvoir sa C1 auprès de ces flottes d’entreprises. Bernard Roland, Directeur de BRC, estime quant à lui que les autos d’entrée de gamme ont leur chance dès que les collaborateurs roulent moins de 12 000 km par an. Ce qui peut être le cas de négociateurs immobiliers, de professions libérales, mais aussi et surtout du personnel administratif dans les collectivités locales, les hôpitaux, etc. « Les véhicules utilitaires mis à part, les petites voitures peuvent représenter 80 % du parc VP des organismes publics, ce qui n’est pas rien ».

Les minis boostées par les femmes ?

Les micro-urbaines auront peut-être aussi leur chance auprès des femmes en entreprises… Certes, reconnait Florence Clech, Directrice des ventes de Lease- Plan Go, on trouve surtout des autos d’entrée de gamme dans les TPE et en faible proportion. Mais le renouveau de l’offre pourrait susciter un engouement et les femmes y être particulièrement sensibles. Puisque, rappelle Marie- Christine Bardet, responsable de la communication LeasePlan, un sondage Ipsos en 2002, a montré que 52 % d’entre elles roulent en petites citadines et que la taille de l’auto est leur premier critère de choix… Sans croire à un raz de marée de minis dans les flottes, LeasePlan pense qu’elles pourraient être plus présentes. Et elles pourraient permettre aux loueurs « de conquérir une nouvelle clientèle, de proposer une offre pour tous les types de conducteurs et d’ouvrir la location à des personnes aux revenus plus modestes », conclut Florence Clech.

Fiat y croit également… Pour preuve, Christophe Decultot et Eric Le Liard annoncent la sortie fin 2006 d’une version gaz naturel de la petite Panda et dont la vocation est d’intéresser les sociétés. Il ne s’agit pas, bien sûr, de cibler les gros rouleurs, mais plutôt des besoins spécifiques, comme avec la Panda 4×4 qui passe partout. Et si la marque italienne ne promeut pas auprès des entreprises sa Seicento qui ne dispose que d’une seule motorisation (mais démarre à 6 500 €), qu’en sera-t-il de la réinterprétation de la Fiat 500 qui sortira à l’automne 2007 ? Car, elle pourrait bien faire craquer les nostalgiques de la célèbre petite voiture, même dans les flottes !