Quelles compétences pour le gestionnaire de flotte du 21e siècle ?

Jérémy Lamri vient de publier Les compétences du 21e siècle. Dans cet ouvrage, ce consultant met en avant quatre talents indispensables : réactivité, communication, esprit critique et coopération. Les gestionnaires de flotte sont-ils concernés ?

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compétences gestionnaire de flotte

Jérémy Lamri est entrepreneur – il travaille pour le site de recrutement Jobteaser – et chercheur à l’université Paris Descartes. Auteur des Compétences au 21e siècle (Dunod, 2018), il destine son ouvrage « à tous les individus soucieux de leur avenir professionnel. Mon propos est de signifier que l’ensemble des salariés va connaître un monde où leurs compétences techniques ne seront plus la clef d’une carrière réussie. Il faudra miser sur ses capacités à s’adapter. Je propose donc une grille de lecture pour maintenir et développer son employabilité. » Entretien.

Quelles compétences développer pour s’insérer au mieux dans le marché du travail ?

Jérémy Lamri ‒ Je mets en avant l’importance de quatre compétences clefs : créativité, esprit critique, coopération et communication. La créativité sert à imaginer de nouvelles solutions à de nouveaux problèmes. Le sens critique sera de plus en plus important car la masse d’informations à gérer est gigantesque. Face à ces « datas », l’esprit critique permet d’analyser des données pour construire un raisonnement logique ; il facilite l’identification de la logique en œuvre dans ce que l’on réalise. Ensuite, il s’agira de résoudre les problèmes à plusieurs. D’où l’importance des compétences en communication pour adapter son discours à un tiers, ne pas déformer les propos, comprendre le message de son interlocuteur. Et en coopération pour travailler ensemble en vue d’atteindre un objectif commun, trouver sa place dans le groupe, l’aider, supprimer les désaccords, accepter les imperfections d’autrui.

Ces compétences concernent-elles les gestionnaires de flotte ?

Les responsables de parc ne doivent pas se croire à l’abri de ces changements. L’analyse des chiffres est indispensable à la gestion de flotte. Or les tableaux Excel seront réalisés par la machine mais l’analyse sera du ressort du responsable de parc. On attendra de ces populations « techniques » de se différencier. Ceux qui se développeront ne seront pas les meilleurs experts mais ceux qui auront le meilleur relationnel et la plus grande propension à résoudre les problèmes posés. Notre marché du travail recherchera toujours une certaine expertise mais cette dernière s’acquerra plus vite et durera moins longtemps. D’où l’importance de savoir apprendre à apprendre.

Comment développer ses compétences ?

Ces compétences sont naturelles. Mais on peut les acquérir, les améliorer. Ceci précisé, il n’existe pas encore de formations formalisées dans ces domaines. On peut cependant citer la pédagogie de type Montessori ou des établissements comme l’école 42 (voir le site). C’est encore balbutiant. Mais un salarié peut développer lui-même ces compétences. Une première étape est par exemple de s’astreindre chaque jour à trouver cinq nouvelles idées pour développer sa créativité. On peut aussi rejoindre des associations comme ACT4talents (prononcez « act for talents », voir le site) à Lyon. Cette « académie collaborative et solidaire » promeut le développement personnel pour mieux comprendre notre environnement. Il existe aussi des jeux sérieux (serious game) pour développer l’esprit critique ou des programmes en ligne qui travaillent sur les mêmes thèmes comme Hello Elton (voir le site), un « coach intelligence artificielle qui motive et forme aux « soft skills ». Enfin, mon site P21CS.com recense les initiatives en matière de formation aux compétences.

Cela fait peu de cursus adaptés. Comment alors se former ?

Aujourd’hui, le meilleur moyen de se former et développer ces quatre compétences est de rejoindre une association. On pourra rencontrer d’autres salariés, se confronter à cet apprentissage, sortir de sa zone de confort, débattre et co-construire. Enfin, quelques écoles d’ingénieurs (Centrale Paris par exemple) et des écoles de management proposent des modules liés aux soft skills. C’est certes embryonnaire. Mais je pense que 2019 verra le fort développement d’acteurs de formation professionnelle aux soft skills.

Propos recueillis par Gwenole Guiomard

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