Recharge au travail, où en est-on ?

Selon un rapport récemment publié par le ministère de la transition écologique et solidaire, la Direction générale des entreprises et l’Ademe, la recharge au travail joue un rôle important dans le développement des VE. Et si elle commence à s’installer en France, plusieurs barrières restent à lever.

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Recharge au travail
Source : étude Ademe, DGE, Ministère de la transition écologique et solidaire

Ce rapport, réalisé par le cabinet CODA Stratégies, dresse un état des lieux du déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques en France, alors que « la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) fixe un objectif de 2,4 millions de véhicules électriques et hybrides rechargeables, particuliers et utilitaires, à l’horizon 2023, soit une multiplication par douze par rapport à la situation actuelle », et que la France vise le déploiement de « 50 000 points de charge (PDC) accessibles au public à l’horizon 2020 et 100 000 en 2022 ».

Le rapport révèle que « les actions mises en place (PIA, ADVENIR, CITE…) ont permis un déploiement important des infrastructures de recharge au cours des dernières années mais que de fortes disparités existent et que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour densifier le réseau, l’adapter aux besoins et simplifier l’acte de recharge », résume le Ministère de la transition écologique et solidaire.

Un potentiel de 225 000 points de charge au travail en 2025

Et si le cabinet souligne l’importance de la recharge à domicile, de la recharge d’appoint dans des parkings, des commerces ou des hubs et de la recharge sur des corridors autoroutiers, voire la mise en place de bornes à la demande sur la voie publique, il insiste également sur le rôle de la recharge au travail. En effet, celle-ci « peut se substituer à la recharge à domicile », note le Ministère de la transition écologique et solidaire.

Recharge au travail
Source : étude Ademe, DGE, Ministère de la transition écologique et solidaire

En France, le rapport estime ainsi qu’il pourrait y avoir plus de 225 000 points de charge sur les sites des entreprises en 2025 et près de 600 000 en 2030. « Avec l’augmentation du parc de VE et VHR, il est très probable que les entreprises voudront installer des bornes de recharge sur leurs sites, pour attirer certains profils de collaborateurs et dans une logique d’éco-citoyenneté », argue CODA Stratégies. De plus, l’offre de solutions est en évolution rapide : certains acteurs proposent d’installer les bornes avec un contrat de maintenance et laissent l’entreprise se charger de la facturation, tandis que d’autres commercialisent des offres de service intégrées.

Des installations inadaptées aux besoins en entreprise

Cependant, certaines barrières restent à lever. Tout d’abord, la recharge au travail ne se développerait pas toujours de manière adaptée aux besoins dans l’Hexagone. « Dans le cadre professionnel, les véhicules stationnent sur plusieurs heures alors que certaines entités ont volontairement déployé des points de charge délivrant des puissances de l’ordre de 22 kVA et facturent l’accès à ces PDC sur une base horaire, pointe le rapport. Cette facturation a vocation à éviter l’occupation des PDC par un seul véhicule sur une période et à encourager l’usage du point de charge par plusieurs véhicules pendant la journée, explique le rapport, des objectifs totalement inadaptés aux pratiques observées en environnement professionnel, où les salariés garent leur voiture le matin et la reprennent le soir. »

En réalité, « la recharge au travail peut s’accommoder sans problème d’une recharge normale et sa facturation doit privilégier le critère de la quantité d’énergie fournie et non celui du temps d’occupation de la borne », affirme le rapport.

Avantage en nature et droit à la prise

Autre question : celle de l’avantage en nature en cas de gratuité de la recharge pour les employés. En juin dernier, le ministère des solidarités et de la santé a décidé d’exclure les frais d’électricité et de mise à disposition d’une borne de recharge du calcul de l’avantage en nature. Mais si ces frais devaient y être réintégrés, le rapport préconise l’instauration d’un forfait de consommation électrique annuelle, comme pour les carburants fossiles, afin d’éviter aux entreprises d’installer un compteur pour établir un décompte réel des frais de charge.

Enfin, le rapport soutient également l’introduction d’un « droit à la prise » pour les entreprises locataires de leurs locaux et de leurs parkings, évoqué dans le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM). « Le financement de la borne ne doit pas être supporté majoritairement par les locataires, ou alors un mécanisme permettant de récupérer l’investissement en fin de location doit être prévu », nuance-t-il. La réglementation sécurité incendie peut aussi s’avérer bloquante, mais proviendrait parfois d’une mauvaise interprétation des textes de la part des bailleurs. D’où la recommandation de rédiger un guide de bonnes pratiques en matière de financement, de facturation et d’architecture des stations à destination des bailleurs comme des locataires.