Rencontres Flotauto 2020 : la gestion de flotte se renouvelle

Avec la LOM et le WLTP, les gestionnaires de flotte doivent repenser les car policies et composer avec une plus grande variété de motorisations. Une nouvelle donne largement abordée lors des neuvièmes Rencontres Flotauto qui n’ont pas négligé pour autant les sujets incontournables de la profession : de la télématique jusqu’à la gestion des FPS.

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Rencontres Flotauto 2020

Le passage au WLTP et l’application de la loi d’orientation des mobilités (LOM) vont redessiner la gestion de flotte. Deux conférences évoquaient d’ailleurs cette nouvelle donne réglementaire et fiscale avec laquelle doivent maintenant composer les responsables de parc. D’un côté, le WLTP va accroître d’environ 20 % les émissions constatées sur les véhicules ‒ une évolution couplée à la révision de la fiscalité. De l’autre, la LOM va notamment obliger à terme les flottes à intégrer une part croissante de véhicules à faibles émissions. Sans oublier la contrainte européenne qui pèse sur les constructeurs de respecter un seuil moyen d’émissions de CO2 de 95 g/km pour leurs véhicules. Avec à la clé un coût du gramme supplémentaire estimé à 150 millions d’euros à payer à la fin de l’année, selon Florent Charlot, senior manager grands comptes de Renault, l’un de nos conférenciers.

Les flottes entre LOM et WLTP

Quelles vont être les conséquences de cette conjoncture inédite sur la gestion de flotte ? Les échanges avec les professionnels dans les allées des stands de cette neuvième édition des Rencontres Flotauto, les débats au cours des conférences tout au long de la journée permettaient de mieux évaluer les changements à venir.

« Il n’y a plus de véhicule universel », a résumé avec justesse Patrick Martinoli, directeur délégué innovation projets et expertise automobile pour Orange, lors de la conférence annuelle sur la météo du TCO animée par le consultant du cabinet RRMC Robert Maubé. De fait, plus que jamais, le véhicule va devoir s’adapter aux usages. Les diesel resteront ainsi réservés aux gros rouleurs et les motorisations essence, hybrides, électriques aux trajets plus courts… avec à chaque fois une étude du TCO des différentes solutions pour optimiser l’équation entre motorisations et déplacements.

Parmi les éléments à prendre en compte dans le TCO des véhicules électriques et hybrides rechargeables, la recharge pose question. Et l’assistance était nombreuse pour les deux conférences organisées sur ce sujet. Dans celle de l’après-midi, Carlos Simoes, pilote national du parc automobile de SNCF Réseau, a souligné que le coût des installations de recharge (génie civil et bornes elles-mêmes) n’est pas neutre.

La recharge en question

Pour sa part, Jean-Baptiste Guntzberger, country manager France de l’installateur de bornes NewMotion, a insisté sur la possibilité de partager des informations grâce aux bornes communicantes. Une fonctionnalité vue comme indispensable : elle aide à connaître la disponibilité des bornes, l’état de la recharge en cours, etc. Autant de données qui facilitent l’usage du véhicule électrique pour le conducteur et contribuent à en renforcer l’usage. Un objectif poursuivi par Carlos Simoes qui a mis en avant sa volonté de passer d’une moyenne annuelle de 4 500 à 9 000 km parcourus par an par ses véhicules électriques, tout en développant le nombre de véhicules partagés.

Mais si les motorisations alternatives constituent déjà une réalité pour certaines entreprises, elles restent encore sur le métier pour d’autres. Plusieurs conférences revenaient à ce sujet sur un préalable indispensable à toute modification de la car policy : l’audit de flotte.

Dans une conférence intitulée « Comment auditer son parc ? », plusieurs solutions émergeaient pour obtenir la photographie exhaustive de son parc. Chez l’installateur de compteurs d’eau ou d’énergie Ista, à la tête de plus de 500 véhicules, cet audit a été réalisé concomitamment à l’intégration d’un logiciel de gestion, a expliqué Valérie Jodor, acheteuse en charge du parc automobile.

Auditer sa flotte, un préalable

Rémy Peltier, acheteur en charge de la flotte chez CNP Assurance, soit environ 300 véhicules dont un tiers de voitures de fonction et le reste de véhicules de société, a lui obtenu des informations grâce à une enquête menée en interne. Ces données sur l’usage des véhicules ont aussi été mises en perspective avec la nature du réseau routier pratiqué et la situation familiale du conducteur. Un travail qui a amené à envisager les actions possibles sur la nature du parc. Le fleeter a ensuite pris le relais pour créer une car policy ad hoc, qui panache dorénavant diesel et essence.

Ce thème de l’audit du parc est réapparu lors de la conférence consacrée au budget de la flotte des TPE-PME. Dans ces entreprises, l’attente est grande pour des outils pratiques afin de superviser le parc, comme l’a pointé Guillaume Samarcq, directeur financier en charge de la flotte de HZPC France, un spécialiste du négoce de pommes de terre qui compte 35 salariés et 18 voitures de fonction. « La flotte reste le deuxième poste de dépenses dans le budget de l’entreprise », a rappelé Guillaume Samarcq. Une bonne raison pour recueillir les données nécessaires à son optimisation. Chez HZPC France, les impératifs de renouvellement des motorisations sont également présents avec un objectif de passer à l’hybride rechargeable.

Mais si les Rencontres Flotauto 2020 traitaient les thèmes d’actualité, elles n’en négligeaient pas pour autant les préoccupations récurrentes des professionnels. C’était le cas avec une conférence sur le thème des aménagements de véhicules pour les salariés à mobilité réduite. Des aménagements dont les intervenants ont souligné qu’ils ne concernent pas seulement cette population mais aussi les salariés qui font valoir des prescriptions médicales et plus généralement la population vieillissante dans les entreprises.

Les grands classiques

Des conférences se sont aussi tenues sur de « grands classiques » que sont les frais de restitution ou la gestion des demandes des conducteurs. Ce dernier thème résonnait particulièrement avec l’actualité. Avec le WLTP, ces demandes des conducteurs pour des équipements supplémentaires ont aussi des répercussions sur les taux de CO2. Désormais, les choix d’un toit ouvrant ou encore d’un modèle de jante sont susceptibles de se répercuter sur le niveau des émissions. Une nouvelle donne avec laquelle les professionnels vont devoir composer. Et qu’ils ne manqueront pas d’évoquer dans les allées ou lors des conférences des Rencontres Flotauto en 2021.

QUI PAIE LES FPS ?

Parmi les interrogations des gestionnaires de flotte, la gestion du paiement des FPS se classe dans les tout premiers rangs. D’où la conférence consacrée à cette question, en présence de Nicolas Durand-Gassellin, avocat, qui animait aussi l’espace Rendez-Vous Expert pour des conseils en droit social lors de ces Rencontres. Nicolas Durand-Gassellin a ainsi apporté un éclairage sur la question de la légalité du paiement de ces FPS par les conducteurs eux-mêmes. « Le forfait post-stationnement n’est ni une amende ni une contravention, a rappelé l’avocat, mais une redevance d’occupation du domaine public. » À ce titre, le FPS est donc une redevance due à une collectivité locale et qui s’adresse au porteur de la carte grise… en l’occurrence l’entreprise avec toutes les implications légales lorsque le salarié voit son revenu amputé du montant de cette redevance, sur ses notes frais par exemple…

SÉCURITÉ ROUTIÈRE ET ADDICTIONS

Les années passent et la sécurité routière reste au premier rang des préoccupations des gestionnaires de flotte. Pour cette édition 2020 des Rencontres Flotauto, ce sujet a été abordé sous l’angle des addictions, lors d’une conférence qui accueillait Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière. Ce dernier en a profité pour souligner les résultats « historiques » des statistiques de décès sur les routes en 2019, avec 3 239 décès, contre 3 250 en 2013, l’année de référence. Un niveau atteint alors que le nombre de véhicules sur la route a augmenté depuis de 7 %, a précisé ce responsable, et que l’usage du smartphone a explosé avec des conséquences bien connues. Or, l’utilisation du portable relève aussi d’une forme d’addiction, a rappelé Emmanuel Barbe. Et si, au rayon des addictions, la responsabilité de l’alcool dans les accidents mortels reste stable à 28 %, Emmanuel Barbe est revenu sur la hausse de la consommation de stupéfiants. Un réel problème d’autant que le consommateur n’est pas du tout convaincu du danger de conduire sous emprise : « Nous avons encore beaucoup à faire pour faire évoluer les mentalités sur ce point », a conclu Emmanuel Barbe. Les entreprises présentes, SNCF et Qualiconsult, ont d’ailleurs témoigné des mesures mises en place sur ce sujet, notamment avec la prise en charge des salariés concernés dans le cadre de procédures internes et avec un travail de prévention indispensable grâce au Document Unique.

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