Réseaux poids lourds : l’embarras du choix

Pour entretenir les 600 000 poids lourds du parc français de transport pour compte propre ou pour compte d’autrui, les transporteurs peuvent choisir entre différents réseaux : ceux des constructeurs, ceux des réparateurs indépendants mais aussi ceux de leurs propres ateliers intégrés. État des lieux de l’offre.

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Le parc français de véhicules industriels se maintient autour de 600 000 VI, soit 350 000 VI destinés au transport pour compte d’autrui et 250 000 VI assurant les transports des collectivités ou des chargeurs. Un renouvellement s’effectue chaque année à raison d’environ 50 000 à 55 000 véhicules neufs achetés pour répondre aux évolutions législatives et environnementales. L’ensemble de la flotte devrait donc se renouveler en dix à douze ans. Mais en fait, l’âge moyen du camion français est de 6,6 ans et 94 % du parc a moins de dix ans. Les constructeurs contribuent à ce rétrécissement de la vie du camion en calculant le TCO du véhicule sur trois à quatre ans afin de maintenir un rythme soutenu des ventes.

Des ateliers intégrés

Cependant, les transporteurs suivent leur propre rythme de renouvellement, notamment parce que la concentration du transport a été importante ces dernières années. Désormais, 20 % des entreprises possèdent 76 % du parc, un parc où la cohabitation entre plusieurs marques à différents stades de vie est inévitable : 33 % des transporteurs ont au moins deux marques en flotte, 36 % en ont trois et 31 % en ont quatre.

Pour maintenir tous ces véhicules en état de circuler, 60 % des transporteurs ont un, voire plusieurs ateliers intégrés : « Plus les flottes sont importantes et les sites éloignés des villes et plus il y a d’ateliers intégrés, confirme Luc Montaville, dirigeant des Transports Montaville. Entre les semi-remorques et les véhicules moteurs, les parcs sont importants. En revanche, la technologie des moteurs devient tellement compliquée que je préfère externaliser la partie maintenance. Je ne sais pas si cette double pratique est rentable mais c’est ce qui me convient le mieux. »

Chaque marque commercialisant des contrats de services, les transporteurs conservent donc les véhicules jusqu’à échéance, en particulier pour les VI les plus modernes. Après quoi, ce sera à leurs mécaniciens d’entretenir les véhicules en fonction de leur matériel et avec les pièces détachées commandées aux constructeurs ou aux grossistes revendeurs.

25 à 28 % de LLD

Ceci explique qu’en dépit des efforts des constructeurs, seuls 25 à 28 % des camions sont acquis à travers des contrats de location « full service ». Mais les transporteurs qui achètent en LLD ont leurs raisons. Charles Dehergne, dirigeant des Transports Averty et Dutay, prend un contrat d’entretien avec chaque constructeur qu’il intègre dans sa flotte : « Je n’ai pas de mécanicien, seulement une personne par entreprise qui s’occupe du matériel pour les petites réparations et qui assure le suivi informatique de l’entretien, explique Charles Dehergne. Mon idée est d’avoir mon expertise sur le transport et de faire confiance aux prestataires, ce qui m’évite la responsabilité pénale et civile de l’atelier. » Charles Dehergne achète ses tracteurs routiers sur la base d’un coût mensuel sur quatre à six ans et va jusqu’au bout du contrat. « Je profite de la proactivité de la maintenance préventive et cela permet aux prestataires de venir vérifier l’état de mes véhicules tous les quatre mois. Le fait de m’adresser aux constructeurs m’amène aussi à accroître la longévité des véhicules », conclut ce dirigeant. Cette position plaît aux constructeurs car elle fidélise le transporteur sur la durée du contrat. Mais elle freine aussi l’accès des professionnels indépendants de la réparation, via le cloud, aux données techniques des véhicules connectés, conformément au standard Remote Fleet Management System (rFMS) dorénavant en vigueur. Un standard exigé par l’Union Européenne et validé par la loi d’orientation des mobilités (LOM). Ainsi, tout en ouvrant l’accès à leurs données, les constructeurs renforcent leurs réseaux d’entretien pour rendre plus étroite la relation clientèle. Les nouvelles énergies alternatives : gaz compressé ou liquéfié et, bientôt, électricité, peuvent aussi constituer des moyens de conserver une mainmise sur l’entretien.

310 points services Renault Trucks

Avec 27,8 % de part de marché, Renault Trucks s’appuie sur 310 points de service en France, où l’on traite à la fois les VI thermiques, électriques et GNC, et le Renault Trucks Master. Le constructeur assure sa présence chez ses clients avec Predict, un service de maintenance prédictive proposé dans le contrat Start&Drive Performance ou Excellence pour les achats de modèles Trucks T et Trucks T High, sur une durée comprise entre deux et sept ans. En récupérant au quotidien les données du véhicule et en les analysant avec Predict, le constructeur avance maintenir les performances et les économies de carburant durant toute la durée du contrat. En prime, le transporteur peut choisir le point de service qui lui convient le mieux.

Succursale Renault Trucks de Vaulx-en- Velin (69)
Succursale Renault Trucks de Vaulx-en-Velin (69)

Le Multimedia Cockpit chez Daimler

Avec 13,6 % de part de marché, Daimler possède en France 156 points de service Mercedes Benz Trucks et Fuso. Le constructeur mise toute sa stratégie réseau sur son nouveau Multimedia Cockpit. Extension de Fleetboard, ce Multimedia Cockpit reçoit toutes les données issues des capteurs, radars et caméras installés sur le véhicule et les analyse. Celles-ci servent alors à établir une maintenance prédictive au quotidien qui vise à supprimer toutes les pannes et à diminuer le nombre et la durée des arrêts d’entretien. Le véhicule transmet aussi des informations d’ordre logistique au client et aux chargeurs.

Volvo Connect intègre tous les VI

Avec 12,7 % de part de marché et sa nouvelle interface dédiée aux services numériques Volvo Connect, Volvo Trucks mise aussi sur la technologie pour animer son réseau, soit 114 points de service. Selon ce constructeur, son Volvo Connect est idéal pour intégrer dans la gestion du parc les véhicules d’autres marques. Ainsi, la gestion de flotte Dynafleet, le Service Planning, calendrier d’entretien et de maintenance planifiés, le rapport de sécurité (Safety Report) et l’état du véhicule (Vehicle Status) prennent en compte tous les véhicules moteurs et semi-remorques de la flotte. Le constructeur établit un historique atelier (Workshop History) avec un aperçu des actifs du parc, et commercialise sa solution Volvo Flexi-Gold qui répartit sur l’année les frais de maintenance préventive des clients signataires d’un contrat Gold. La facture pourrait alors être réduite ou augmentée de 20 %, sans incidence sur le contrat tant que la différence annuelle globale ne dépasse pas 20 %.

DAF Connect et la maintenance prédictive

En 2019, DAF (13,2 % de part de marché) a ouvert cinq garages en France et en projette quatre de plus en 2020, avec à la clé une offre dépassant les cent points de service. Son entité de ventes de pièces détachées Paccar Parts a aussi vu ses ventes progresser de 32,8 %. Il faut dire que le constructeur néerlandais a su séduire ces dernières années 23 % des flottes régionales et 25 % des flottes des groupements de transporteurs. Se rapprocher de ses nouveaux clients est donc essentiel. DAF offre aussi de la maintenance prédictive avec DAF Connect.

Maintenance flexible chez Scania

Depuis que MAN vend ses utilitaires TGE diesel et eTGE électriques, le constructeur allemand a vu sa part de marché grimper en France à 11 %. Du coup, il dispose désormais de 108 points de service dont quinze en propre, les autres étant partagés avec Volkswagen. Son complice au sein du groupe Traton, Scania, ne possède que 55 points de service dans l’Hexagone mais il s’appuie aussi sur son usine d’assemblage à Angers où ses ateliers de réparation sont accessibles aux clients. Le suédois a récemment décidé de faire profiter au mieux ses clients des données qu’il collecte sur ses véhicules pour transformer la maintenance périodique en une maintenance flexible basée sur de véritables besoins. Un pari censé se traduire par des économies pour les clients.

Iveco prépare l’avenir sans diesel

Couvrant toute la gamme des utilitaires, Iveco s’appuie sur 197 points de service en France avec des labels orientés poids lourds : Truck Station et OKTrucks ou Daily Chrono Service. Il avance une part de marché de 41 % des immatriculations, même si cette part sur les véhicules lourds ne dépasse pas 7,7 %. Iveco offre à ses clients de la maintenance flexible et à distance grâce aux données collectées sur les véhicules. Néanmoins, le constructeur n’a pas toute sa clientèle dans ses concessions, tant ses véhicules thermiques sont connus des réparateurs indépendants. En outre, promoteur du GNC et du GNL et pionnier de l’hydrogène, Iveco doit créer sa propre clientèle en dispensant des formations techniques et de la formation en alternance dans les CFA sur les moteurs au gaz et à l’électricité. Le constructeur vise 247 points de service en 2024.

AD Poids Lourds en multi-marques

Les réparateurs indépendants proposent eux aussi une offre de réseau d’entretien pour les poids lourds. Il y a le réseau de garages indépendants TVI avec 90 membres et 12 000 références de pièces détachées. Il y a, surtout, AD Poids Lourds, du groupe européen Autodistribution, qui compte 220 points de service en France, soit le second réseau après Renault Trucks. Se voulant le partenaire multi-marques des transporteurs, AD Poids Lourds s’appuie sur une plate-forme nationale réunissant 60 000 références dont 10 000 livrables deux fois par jour depuis ses plates-formes régionales. Son réseau accueille les transporteurs sans rendez-vous pour tous les types de réparation. Pour les commandes de pièces, le prestataire s’appuie sur Truckissimo, un catalogue internet qui permet aux transporteurs de commander leurs pièces à partir du numéro de série, de la référence du constructeur, de planches graphiques ou de l’immatriculation du véhicule. AD Poids Lourds voit l’avenir dans la vitesse de réponse à la demande des clients, raison pour laquelle il a déjà formé ses mécaniciens aux motorisations au gaz et à l’électricité, et forfaitisé ses 180 prestations différentes. Ajoutons qu’AD Poids Lourds a lancé en 2020 son réseau Premium Utilitaires.

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