Réseaux poids lourds : l’entretien alternatif

S’ils restent encore minoritaires, les véhicules carburant aux énergies alternatives imposent aux constructeurs de mettre en place des structures adaptées dans leurs réseaux pour répondre aux besoins des clients. Et ces constructeurs multiplient les offres de services, notamment autour des véhicules d’occasion.
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Atelier MAN
Atelier MAN

Fort de 600 000 véhicules industriels, soit 350 000 VI destinés au transport pour compte d’autrui et 250 000 VI pour les transports des collectivités et ceux des chargeurs opérant pour leur compte, le parc français se renouvelle chaque année d’environ 50 000 véhicules neufs. En 2020, ce chiffre est tombé à 41 000 unités. Mais les véhicules d’occasion (VO) ont compensé la différence : selon l’OVI, leurs ventes ont crû de 11,2 % entre juin et octobre 2020 par rapport à 2019, portant à 40 730 unités le total annuel. Ce qui a modifié les activités de maintenance des VI effectuées dans les réseaux des constructeurs, des réparateurs indépendants ou dans les ateliers intégrés des transporteurs. Et les motorisations au gaz, aux biocarburants et électriques imposent aussi de nouvelles pratiques d’entretien.

Renault Trucks en circulaire

En 2020, Renault Trucks a conservé 28,3 % de part du marché français grâce aux ventes de VO « maison » dans ses 310 points de service. Rénovés par sa Used Truck Factory et rapidement fonctionnels, ceux-ci ont permis aux transporteurs de se relancer avec les activités du BTP. Et en rallongeant à sept ans la durée d’usage des véhicules, l’offre « upcycling » de reconditionnement des Renault Trucks avec des pièces d’origine recyclées a séduit des transporteurs comme Jacky Perrenot.

Le constructeur a également étendu ses Services Fleet aux ateliers intégrés dans le cadre d’une couverture Excellence, Performance ou Référence d’un contrat d’entretien Start & Drive : le transporteur effectue la maintenance du camion dans son atelier, Renault Trucks supervise le plan de maintenance dynamique du camion et met à disposition les pièces de rechange. Depuis avril 2021, Renault Trucks a aussi élargi son contrat d’entretien prédictif Excellence Predict à tous ses VO et décliné ses contrats d’entretien selon leur énergie : diesel, B100, GNC ou électricité.

Enfin, le constructeur a homologué l’Oleo100 d’Avril sur ses moteurs et s’est associé à ce producteur pour fournir aux transporteurs un écosystème complet : véhicule, biocarburant B100 et cuve de stockage. En 2020, Renault Trucks a vendu 600 PL à l’Oleo100.

Daimler Trucks en prédictif

Depuis la commercialisation de l’Actros 5, Daimler Trucks appuie sa stratégie réseau sur son Multimedia Cockpit. Extension du Fleetboard, celui-ci reçoit toutes les données issues des capteurs, radars et caméras installés sur le véhicule et les analyse pour établir une maintenance prédictive afin de limiter les pannes et le nombre et la durée des entretiens. Le VI transmet aussi des informations logistiques au client et au chargeur. Portés par ces technologies, les contrats Service Care proposés par la filiale CharterWay étendent leur garantie jusqu’à 1 million de km. L’entretien des Fuso eCanter, la récente commercialisation de l’eActros électrique et l’homologation du XTL comme carburant dans les moteurs diesel devraient aussi renforcer les activités des 156 points de service Mercedes-Benz Trucks et Fuso en France.

La question des ateliers intégrés

Près de 60 % des transporteurs possèdent un, voire plusieurs ateliers intégrés pour entretenir leurs véhicules anciens. « Plus les flottes sont importantes et les sites éloignés des villes, plus il y a d’ateliers intégrés, confirme Luc Montaville, dirigeant des Transports Montaville. Mais la technologie des moteurs devient tellement compliquée que je préfère externaliser la maintenance. » De fait, la technologie récente des « nouveaux » VO, qui s’appuie sur la maintenance prédictive pour diminuer les consommations et sur des systèmes de sécurité active pour sécuriser la conduite, pousse les transporteurs à confier leur maintenance aux constructeurs et à limiter les interventions des ateliers intégrés aux entretiens courants.

Constat identique pour les énergies alternatives proposées en contrat full service : l’entretien d’un PL au gaz ou électrique nécessite une formation. Et il faut adapter les locaux aux consignes sécuritaires : aération pour le gaz et précautions d’usage sur les batteries à haute tension. L’homologation récente des biocarburants B100, HVO et XTL dans les moteurs diesel complique aussi l’entretien. Les points de service sont donc sollicités et les constructeurs ouvrent en urgence des centres d’intervention, tout en formant les personnels à l’électromobilité et aux motorisations alternatives.

130 sites MAN en 2024

MAN a accéléré l’expansion de son réseau pour créer 26 concessions supplémentaires d’ici 2024. En 2020, il a rénové ou créé les sites de Rennes, Genas (69), Paris Sud, Arras et Brest. Le Mans, où MAN a comme partenaire Revmat, et Strasbourg ont ouvert en juillet 2021, s’ajoutant à Montluçon, Laval, Bourg-en-Bresse, Blois, Angoulême, Saint-Brieuc et Saint-Quentin. MAN compte 110 points de service sur les 112 prévus pour 2021. Ce nombre atteindra 118 sites fin 2022 et 130 sites d’ici fin 2023, avec des ouvertures à Saint-Lô, Montpellier, Belfort, Lorient, Saint-Denis de la Réunion et Pointe-à-Pitre. Ce réseau activera les ventes des véhicules thermiques Oleo100, des eTGE et eTGM.

Maintenance flexible chez Scania

Usine Scania à Angers

Outre une centaine de points de service en France, Scania s’appuie sur son usine d’assemblage d’Angers où ses ateliers de réparation sont accessibles aux clients. Le suédois fait en outre profiter ses clients des données collectées sur ses véhicules pour pratiquer une maintenance flexible. Un pari censé se traduire par des gains pour les clients. Enfin, la commercialisation prochaine des VI électriques BEV à batteries ou hybrides PHEV devrait aussi tirer les activités après-vente de son réseau.

Volvo connecte tous les VI

Volvo Trucks Center de Corbas (69)

Volvo Trucks mise sur son interface numérique Volvo Connect pour animer son réseau de 115 points de service, rejoint par les succursales d’Albi, Rouen et le partenaire HDFVI à Arques (62). Selon le constructeur, Volvo Connect intègre les véhicules moteurs et semi-remorques d’autres marques dans la gestion de flotte Dynafleet, le Service Planning, le calendrier d’entretien et de maintenance planifiés, le rapport de sécurité (Safety Report) et l’état du véhicule (Vehicle Status). Le constructeur établit aussi un historique atelier (Workshop History) avec un aperçu des actifs du parc, et commercialise sa solution Volvo Flexi-Gold qui répartit sur l’année les frais de maintenance préventive des clients détenteurs d’un contrat Gold. La facture se réduit ou augmente de 20 %, sans incidence tant que le différentiel annuel n’excède pas 20 %.

Côté énergies, les FH 460 et 500 ch I-Save et leurs versions au gaz LNG devraient accroître les activités de SAV ; la gestion des premiers FL Electric, FH Electric et FM Electric restera dévolue aux ateliers de maintenance de Volvo Trucks. Qui a aussi homologué l’Oleo100 d’Avril.

100 points de service pour DAF

En 2020, DAF a ouvert quatre garages en France et atteint, entre les DAF Dealers, les DAF Partners et les DAF Support Points, les 100 points de service projetés pour 2021. Son entité de ventes de pièces détachées Paccar Parts, qui gère ses magasins de distribution de pièces Paccar Genuine Parts, DAF Genuine Parts et Truck and Trailers Parts (TRP), a aussi vu ses ventes progresser du fait de la baisse des ventes de modèles neufs. DAF s’est en effet acquis la clientèle de 23 % des flottes régionales et 25 % des flottes des groupements de transporteurs. DAF offre enfin de la maintenance prédictive avec DAF Connect, en attendant de commercialiser ses PL électriques et hybrides en France.

Le point sur les indépendants

Les réparateurs indépendants de PL peinent à suivre la transition énergétique. Si AD Poids Lourds, filiale du groupe européen Autodistribution avec 220 points de service en France, forme déjà ses mécaniciens aux motorisations au gaz et à l’électricité, notamment pour le réseau Premium Utilitaires qu’il a créé pour les VUL, il se heurte aux réticences des transporteurs à lui confier des véhicules encore sous garantie. Il en va de même pour Alliance Automotive Group ou le réseau de garages indépendants TVI. Les réparateurs indépendants se concentrent donc sur les véhicules thermiques, d’autant que les biocarburants B100, HVO et XTL devraient en prolonger l’usage.

Iveco mise sur le réseau

Iveco compte 201 points de service en France et dans les DOM-TOM, incluant les labels Truck Station et OK Trucks ou Daily Chrono Service. Avec 45 000 véhicules au GNV commercialisés en Europe, toutes gammes confondues, le constructeur se doit de renforcer son réseau après-vente pour animer les ventes de ses PL et assurer une maintenance pas encore maîtrisée par les ateliers intégrés et même indépendants. Pour alléger sa tâche, il pratique une maintenance flexible et distante grâce aux données collectées sur les véhicules. Iveco a aussi homologué le HVO dans ses moteurs thermiques. Et il dispense des formations techniques dans les CFA sur les moteurs au gaz et, pour 2024, à l’électricité et à l’hydrogène. Iveco vise 247 points de service en 2024.

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