Réseaux poids lourds : en formation

À peine sortis de la crise sanitaire, les constructeurs de poids lourds ont été confrontés en 2022 à la pénurie de mécaniciens au sein de leurs réseaux. D’où la nécessité de recruter du personnel pour ensuite le former aux énergies alternatives, à l’électromobilité ou encore à l’éco-circularité des pièces détachées.
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Une apprentie mécanicienne poids lourd formée par l’Afpa
Une apprentie mécanicienne poids lourd formée par l’Afpa

Entre 2020 et 2022, les réseaux français des constructeurs de PL ont peu évolué en nombre de points de service. La crise sanitaire et la pénurie de semi-conducteurs ont de fait freiné les ouvertures d’agences. Mais en 2021, une pénurie de mécaniciens et de vendeurs est apparue dans les réseaux de maintenance des constructeurs et les réseaux multimarques. « Environ 10 % des effectifs manquent à l’appel à l’échelle nationale », confirmait alors Jérôme Brunner, directeur des réseaux PL d’Alliance Automotive.
Depuis, les longs délais de livraison des véhicules neufs ont aggravé le problème en accroissant les besoins en maintenance des véhicules en circulation. Sans oublier l’impact de la loi anti-gaspillage et économie circulaire (AGEC). Instaurée au 1er janvier 2022, celle-ci oblige les constructeurs à réutiliser dans leurs véhicules les pièces détachées en bon état et à recycler les défectueuses en nouvelles pièces.

Mise à niveau technologique

S’ajoute à cela la nécessité de « former les mécaniciens aux évolutions techniques qui ne cessent de s’imposer sur le marché », signale Benoît Friede, secrétaire général du Garac. Tôt affectés par ce phénomène, les réseaux multimarques ont lancé des actions de formation à destination des jeunes. Depuis 2017, Autodistribution a ainsi noué un partenariat avec le lycée professionnel Émile Béjuit, à Bron (69), pour attirer les jeunes dans les métiers mécanique et comptoir, et combler « le fossé technologique entre les VI Euro 4-5 et les nouveaux Euro 6 ». En 2021, Autodistribution a aussi créé son Institut AD à Chaponnay (69). Il y propose des formations aux technologies électriques et hybrides, et à la vente.
Pour les constructeurs, l’urgence reste donc moins d’étendre leurs réseaux que de renforcer leurs personnels de maintenance et leur mise à niveau technologique. Cette situation suscite aussi une féminisation des métiers de conducteur et de mécanicien.

Renault Trucks s’électrise

Avec 249 camions électriques immatriculés et 613 unités commandées en 2021, Renault Trucks a anticipé la pénurie de mécaniciens. Pour former ses équipes techniques à l’électromobilité, le constructeur a porté, dès 2021, le nombre des formations de son École technique de mécanicien ou électronicien à neuf promotions annuelles, dans neuf villes de France. Il a aussi multiplié ses formations en mode virtuel vers ses distributeurs et ses réparateurs locaux. « La totalité de nos sites sera labellisée E-Tech avant fin 2022 et le réseau compte déjà 35 sites référents électromobilité », déclarait en mars dernier Christophe Martin, directeur général de Renault Trucks.
Le constructeur a aussi devancé la loi AGEC avec sa Used Truck Factory de Bourg-en-Bresse, qui recycle ses VI, et avec son partenariat avec Indra Automobile Recycling pour ses pièces détachées. Renault Trucks a en outre créé en septembre sa Used Parts Factory à Vénissieux (69) pour réemployer les pièces détachées de ses PL en fin de vie. « Nos véhicules et leurs pièces sont conçus pour durer au-delà de 1,5 million de kilomètres », a justifié le constructeur. Moteurs, boîtes de vitesses, cabines, pare-chocs et déflecteurs peuvent donc se réemployer, tandis que le métal est fondu pour produire de nouveaux véhicules. Et les 310 points de service du constructeur incluent désormais la gestion des véhicules et des pièces de seconde vie dans leurs offres.

Une Iveco Academy

Afin d’assurer la vente et qualité de service pour ses véhicules au gaz et électriques, Iveco a lui aussi atténué la pénurie de mécaniciens avec le programme Iveco Web Academy, destiné aux professionnels de son réseau. Et le 30 mai 2022, le constructeur italo-américain a créé son Iveco Academy pour la formation commerciale et technique de son réseau à son offre électrique et hydrogène.
L’Iveco Academy vise aussi les jeunes qui ont une fibre mécanique en renforçant ses partenariats avec les CFA techniques, et les jeunes orientés vers le commerce en lançant une formation Sales Expert spécifique sur les produits et services du groupe. Aussi proposées en alternance dans les CFA à ses clients, ces formations développent la clientèle en la familiarisant avec le gaz et, bientôt, avec l’électromobilité. Iveco regroupe 43 concessionnaires en France et 201 points de service en France et outre-mer, avec les labels Truck Station et OKTrucks pour les poids lourds, et Daily Chrono Service pour les VU et VUL. Le constructeur vise 247 points de service en 2024.

DAF se forme

DAF a très tôt mis en place des formations techniques poids lourds. En effet, son réseau de 100 points de vente et de service comprend différents types de concessionnaires : les DAF dealers pour vendre les VI neufs ou d’occasion, les DAF Service Partners et les DAF Service Support Points pour entretenir les PL, mais aussi les magasins TRP qui fournissent des pièces et des services pour toutes les marques de PL et de remorques. Ces formations couvrent tous les niveaux de qualification, du certificat de qualification professionnelle jusqu’au bac expert. Elles sont dispensées en présentiel dans les CFA, lycées techniques ou centres de distribution de pièces les plus proches des stagiaires, et en e-learning.
Le catalogue des formations DAF comprend la TECH B2L PL, qui donne une habilitation électrique B0L, BCL et B2L pour intervenir sur les camions électriques ; la GNC-Base pour la sécurisation d’un véhicule GNC avant une opération de maintenance ; ou la TECH Euro 5 PL et Euro 6 PL pour la dépollution des moteurs. DAF a également institué l’éco-circularité de ses pièces détachées en pratiquant l’échange de pièces usées contre des pièces d’occasion DAF remises à neuf et garanties.

DAF

Scania en formation Avenir

Scania ne possède que 55 points de service dans l’Hexagone. Mais le constructeur s’appuie aussi sur son usine d’assemblage à Angers, avec des ateliers de réparation accessibles aux clients. Présent sur toutes les énergies (diesel, GNV, biocarburants, hybride et électrique), le suédois a lancé en 2021 sa campagne de formation Avenir afin de recruter 100 mécaniciens par an jusqu’en 2025. Jeunes, alternants, demandeurs d’emploi ou adultes en reconversion sont invités à rejoindre les succursales ou le réseau privé du constructeur dans le cadre de formations continues spécifiques. Des postes de fonctions supports sont aussi proposés.

Daimler Truck en commercialisation

Commercialisés depuis 2021, mais livrés en France seulement depuis septembre 2022 à cause de longs délais de livraison, les eActros de Daimler Truck n’ont pas encore suscité de besoins d’entretien dans les 156 points de service Mercedes-Benz Trucks. Seuls les carrossiers ont été formés à partir de mars 2022. Mais l’arrivée de l’eActros et la sortie en septembre 2022 de l’eEconic susciteront certainement, dès 2023, le besoin d’étoffer les compétences des équipes de maintenance. Le constructeur a donc entamé la formation commerciale et après-vente de ses filiales parisiennes, lyonnaises et marseillaises. Ces dernières seront les premières à assurer la vente et l’entretien de ces modèles destinés au transport urbain.

Ford Trucks construit son réseau

Entré en novembre 2021 dans le paysage français de la construction de PL, F-Trucks, représentant hexagonal de Ford Trucks, travaille encore à étoffer son réseau national en s’appuyant sur son seul véhicule lourd disponible : le F-Max. Livré en quatre mois et peu onéreux, ce modèle ne roule qu’au diesel et, d’ici 2023, au HVO-XTL. Créé sous l’égide des actionnaires de F-Max : Maurin, DMD et Amplitude, le réseau s’appuie sur des acteurs spécialisés dans la distribution de VI et vise cinquante points de service d’ici fin 2022.

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