Salon auto de Tokyo : le retour de la confiance

Renaissance pour les uns, résilience pour les autres, ce 42e salon automobile de Tokyo de novembre dernier apparaissait bien comme le « show » du salut pour les constructeurs japonais. Avec la prime à l’innovation pour les véhicules électriques et hybrides.

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Pour éviter de reproduire la triste édition de 2009, les organisateurs avaient choisi de rapatrier le salon en ville, au Tokyo Big Sight, ce qui a permis d’attirer pas moins de 800 000 visiteurs et séduit les constructeurs étrangers, présents pour la majorité d’entre eux. Tout du moins ceux qui commercialisent leurs modèles dans l’Archipel : Audi, Volkswagen, Skoda, Mercedes, BMW, Mini, Volvo ainsi que Peugeot, Citroën et Renault.

C’est un constructeur allemand, Volkswagen, qui a souligné cette renaissance du salon, en dévoilant en première mondiale son Cross Coupé. Plus court qu’un Tiguan, il s’agit d’une sorte de SUV coupé basé sur une Golf au châssis rehaussé (4,34 m de longueur) et emmené par une motorisation hybride 1.4 TSI essence de 147 ch et deux moteurs électriques, l’un à l’avant de 40 kW, l’autre à l’arrière de 85 kW, pour un total de 261 ch. Un hommage à l’industrie automobile nippone qui a durement souffert du tsunami du 11 mars 2011, des inondations en Thaïlande cet été où sont implantés nombre de sous-traitants et des usines de fabrication, mais aussi de la crise économique qui perdure. Le groupe VW a aussi mis en avant la version 5 portes de l’Audi A1, baptisée Sportback dont la ligne de toit vers l’arrière est rehaussée pour accéder aux places arrière.

La micro-car, toujours une référence au Japon

Mais comme toujours, ce sont surtout les constructeurs japonais qui étonnent, avec pour cible une population urbaine plus sensible aux nouvelles technologies qu’aux performances pures. Totalement rétifs au diesel, les Japonais doivent aussi composer avec l’obligation de détenir un parking pour rouler avec un véhicule plus gros que la référence, la « micro-car ». Nissan dévoilait donc sa Pivo 3, nouvelle interprétation de la mini voiture à trois places dans moins de 3 m de longueur et qui pivote, d’où son nom, sur les deux roues arrière à la façon d’un chariot élévateur… faisant demi-tour sur 2 m de rayon. Bien entendu, les moteurs sont électriques et logés dans les roues.

Plus réaliste, l’Esflow reprend la motorisation électrique dans les deux roues arrière mais en poussant les « watts » pour en faire une sportive deux places coupé, orientée vers le plaisir : 0 à 100 km/h en moins de 5 secondes, autonomie de 240 km. Carlos Ghosn, lors de son point presse avec les journalistes, réitérait sa confiance absolue dans l’électrique, toujours estimé à près de 10 % du total du marché, et précisait qu’à ce jour, plus de 20 000 Leaf ont été commercialisées.

Chez Toyota, l’avenir semblait aussi très électrique, après un petit retard à l’allumage dû à une avance dans l’hybridation. Il faut dire que le premier marché mondial de l’hybride essence-électrique reste le Japon, loin devant les États-Unis, et qu’il n’y a aucune raison de laisser tomber ce segment à fortes marges. Du côté de Toyota, on soulignait d’ailleurs ne pas vouloir mettre tous ses œufs dans le même panier. Sans oublier non plus que ces technologies moteurs devaient toutes avoir pour objectif le « Fun to Drive, Again ». Il faudra donc attendre les essais en conditions européennes pour juger si la Yaris Hybride, dévoilée sous l’appelation Aqua au salon pour le marché nippon, la Prius 3 Plug-in ou encore la FT-EV III, une iQ 100 % électrique (105 km d’autonomie), sont amusantes à piloter… Cela devrait vite se produire avec une commercialisation en 2012.

Une Mazda2 électrique prévue en 2012

Mazda nous avait fait l’honneur d’une invitation à parcourir ce salon en sa compagnie afin de découvrir la Takeri, future Mazda6 au style très élégant et racé, due au coup de crayon d’Ikuo Maeda, récent patron du design. Grand initiateur du renouveau du style chez le constructeur d’Hiroshima, Ikuo Maeda range sa mission sous le signe du « Kodo », l’esprit du mouvement en japonais. « Si le mouvement a toujours fait partie du design de Mazda, j’ai voulu y apporter la grâce et la beauté que l’on retrouve dans la nature : le vent et le flux de l’eau », a souligné Ikuo Maeda. Une manière de tourner définitivement la page de l’ère Laurens van den Acker, l’ancien patron du style de Mazda, parti insuffler un nouvel air chez Renault en 2009.

Sur le stand, on retrouvait aussi le récent SUV compact CX-5 dévoilé à Francfort à l’automne dernier, avec sa technologie moteur Sky-Activ, en cours de commercialisation en Europe. Enfin, nous avons pu tester, en avant-première sur les pistes des usines d’Hiroshima, la Mazda2 ev 100 % électrique, concurrente directe d’une Renault Zoé ou d’une Mitsubishi i-Miev. Sans connaître sa puissance, on peut l’estimer à plus de 50 kW au vu des accélérations et de la vitesse maximale supérieure à 140 km/h, pour une autonomie annoncée de 200 km. Des pré-séries seront testées auprès des flottes au Japon dès 2012, pour une commercialisation en 2015.

Pour Honda, le futur est toujours hybride bien entendu, mais rechargeable avec son AC-X Concept, une routière venant se positionner entre l’Accord et l’Insight, avec une commercialisation en 2012. Chez Suzuki, outre la Swift hybride, on découvrait une berline très écologique, puisque ne pesant que 730 kg, la Regina au style très baroque et aérodynamique. Légère et fluide, elle se contente d’un petit moteur essence turbo à injection directe consommant tout juste 3,0 l/100 km, soit 70 g/km de CO2 suivant le cycle européen.

Enfin, Mitsubishi a dévoilé la déclinaison utilitaire de l’i-Miev, le Minicab-Miev (3,39 m de longueur, 350 kg de charge utile), actuellement en vente au Japon. Son moteur électrique de 30 kW (41 ch) et 196 Nm de couple est alimenté au choix par une batterie lithium-ion de 10,5 kWh ou 16 kWh, pour une autonomie de 100 ou 150 km. On ne sait pas si Peugeot et Citroën sont intéressés par ce petit VU en complément des iOn et C-Zéro…

Jean-Christophe Lefèvre, envoyé spécial