Les secrets de fabrication du bioGNV

Pour faire connaître sa gamme de véhicules GNV, le constructeur Fiat a lancé vendredi dernier son tour de France du bioGNV, dont la première étape nous a conduits à Mortagne-sur-Sèvre en Vendée (85) pour visiter une usine de méthanisation.

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Usine agribiomethane
L'usine de méthanisation Agriobiométhane à Mortagne-sur-Sèvre, en Vendée (85). Source : GRDF

En 2014, 10 agriculteurs vendéens, propriétaires de 4 exploitations, ont lancé à Mortagne-sur-Sèvre leur usine de méthanisation : Agribiométhane. Celle-ci fonctionne à partir de fumier et lisier dont un tiers est acheminé directement depuis les exploitations agricoles, sans transport extérieur ; mais aussi de déchets issus de l’industrie agroalimentaire, ici des graisses et des boues soit un total 21 000 t de déchets par an.

Cette matière première est stockée et mélangée successivement dans deux grands conteneurs circulaires – le digesteur et le post-digesteur –, où elle fermente à 39 °C pendant 42 jours. Elle y est digérée par des bactéries qui vont en retour produire du gaz. Ce dernier est filtré pour en retirer le soufre, mais aussi l’eau et le CO2. L’eau vient alimenter le circuit de refroidissement de l’usine et quant à lui le CO2 est brûlé dans sa chaudière. Ce qui reste, le digestat sert pour la partie solide à produire du compost, et pour la partie liquide à remplacer les engrais chimiques pour fertiliser les champs.

Source : Agribiométhane

1 million de mètres cubes de biogaz produits en 2016

Pour 60 t de matières entrantes, l’usine produit ainsi 2 000 m3 de méthane (CH4) pur à 98 %. En 2016, c’est presque 1 million de mètres cubes de biogaz désodorisé (8 GWh) qui a été injecté dans le réseau de GRDF, soit l’équivalent des besoins énergétiques de 2 100 habitants.

Pour les agriculteurs, la production de biogaz représente un complément de revenu bienvenu. Le projet aura nécessité 3,4 millions d’euros d’investissement dont 1,1 million de subvention, 2 millions d’emprunt à la banque et 300 000 euros d’apport. Le retour sur investissement devrait être atteint en 6 à 8 ans, grâce à une vente de gaz contractualisée sur 15 ans avec GRDF.

La production de biométhane reste cependant une science complexe. Selon Lionel Blouin, l’un des agriculteurs à l’origine du projet, « le digesteur est déjà tombé en panne à cause d’un certain type de déchets qui ont favorisé le développement de mauvaises bactéries. » Le système demande donc une surveillance constante et un emploi à temps plein a été créé pour superviser l’usine. Il faut de plus être capable d’assurer un approvisionnement constant en matière première. Enfin, lorsque la production excède la demande, les agriculteurs sont contraints de stocker le gaz, voire de le relâcher dans l’atmosphère.

Une station de GNC pour écouler la surproduction

C’est pourquoi 900 000 euros supplémentaires ont été investis pour construire une station d’avitaillement en gaz naturel véhicule, alias GNV, située à 300 m de l’usine. Le biométhane y est comprimé à 250 bars et délivré à la pompe sous forme de bioGNC (gaz naturel comprimé), un carburant alors totalement renouvelable. L’objectif : écouler la surproduction, notamment pendant les week-ends et les vacances d’été quand la consommation des ménages baisse et que le gaz ne peut être injecté dans le réseau GRDF.

Ouverte 24/24, avec deux voies PL et une voie VL, la station est capable d’assurer l’avitaillement de 800 VL ou de 50 PL par an. Lorsque nous y étions, le gaz y était vendu 0,999 euro le litre, soit 15 à 20 % moins cher que le gazole. Une carte carburant permet aux utilisateurs de bénéficier d’un tarif avantageux sur trois ans.

Un pari sur l’essor des véhicules GNV

Pour rentabiliser le projet, les agriculteurs comptent sur le développement des véhicules GNV. Bien connu dans les secteurs du transport de marchandises et de personnes pour alimenter les poids lourds, le GNV existe aussi pour les VL. Après 165 km à bord d’une Fiat Panda bicarburation essence-GNV, force est de constater que la conduite reste la même quel que soit le carburant utilisé, sauf pour le bruit : le moteur est sensiblement plus silencieux avec le GNV.

Outre des avantages fiscaux – subventions à l’achat, réduction sur la carte grise, dispositif de suramortissement et gel de la TICPE –, le GNV est aussi considéré comme une énergie propre. Selon Fiat, « en comparaison avec un moteur à essence, l’utilisation du gaz naturel permet de réduire de 23 % les émissions de CO2 et jusqu’à 80 % avec du bioGNV, de 52 % celles d’oxydes d’azote (NOx) et de 93 % celles de particules fines ». Ses partisans l’estiment aussi propre si ce n’est plus que l’électrique en considérant son bilan d’émissions « du puit à la roue », en particulier si l’électricité est produite à partir de centrales à charbon.

Alain Leboeuf, directeur du Syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée (Sydev)
Alain Leboeuf, directeur du Syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée (Sydev)

Un réseau de station encore insuffisant mais en expansion

Reste un problème de taille : le faible réseau de stations accessibles au public, actuellement au nombre de 40 en France. La Vendée compte toutefois lever rapidement cet obstacle : « Sept nouvelles stations seront positionnées en Vendée dans les cinq prochaines années », a ainsi annoncé Alain Leboeuf, directeur du Syndicat départemental d’énergie et d’équipement de la Vendée (Sydev), lors de l’inauguration de la station de Mortagne-sur-Sèvre. Son but : « réinventer une énergie distribuée et décentralisée, produite localement ». À l’échelle nationale, l’objectif de la filière gaz est d’atteindre les 600 stations en 2022.