Véhicules d'entreprise 2012-2013 : des offres au plus près des besoins

Sécurité routière : la boîte à outils se développe

Éco-conduite ou sécurité routière ? Les deux, répondent les entreprises, car la priorité est bien de réduire l’accidentologie, les émissions de CO2 et plus largement les coûts dans leur ensemble. Un objectif qui suppose des démarches construites sur la durée.

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Sécurité routière : la boîte à outils se développe

«On vient au travail pour gagner sa vie, pas pour la perdre », insiste Amandine Onadu, assistante de direction et responsable QHSE chez Everdyn, une PME d’une vingtaine de salariés. Pour cette responsable qui privilégie un suivi régulier et une sensibilisation au long cours, les bons résultats sont liés « à l’implication du chef d’entreprise. »

« Le dirigeant doit être convaincu pour motiver ses salariés », confirme Frédéric Lowe qui a fondé l’entreprise de conseil et de formation EMCO2 Solution. « Les PME ne sont pas toujours conscientes des risques, même si elles commencent à prendre le virage de la prévention grâce notamment à l’éco-conduite », estime François Martinez, responsable de la société toulousaine Marko Ecomobilité.

Pour Frédéric Lowe, « les clients sont gagnants. Les gains sur le carburant varient entre 5 et 15 %. Une marge qui dépend du type de véhicule – elle sera plus faible sur un véhicule déjà économe à la base – et du comportement du conducteur. Certains ont le pied très lourd et la formation est alors d’autant plus bénéfique. J’ai réussi une fois à faire reculer de 25 % la consommation de carburant d’un conducteur. » Pour l’entretien et la maintenance, « la note peut être réduite de presque 10 %. Les pneus, les plaquettes de frein et les disques s’usent moins vite chez les éco-conducteurs », précise ce formateur.

Un risque souvent sous-évalué

Former et sensibiliser les collaborateurs amènent aussi à diminuer les émissions de CO2 et à baisser d’environ 20 à 30 % le nombre des sinistres dont les coûts sont lourds pour l’entreprise : réparations, pannes et véhicules immobilisés, frais de restitution, mais aussi journées de travail perdues, absentéisme, cotisations sociales et assurances en hausse, etc. Pour ses 130 véhicules, la société de transport Cetup avait ainsi calculé qu’en trois ans, le nombre de ses sinistres, y compris les petites rayures, avait été réduit de 1 pour 350 000 km à 1 pour 200 000.

De nombreux formateurs n’hésitent pas à rappeler quelques vérités : « Le chef d’entreprise est le premier maillon de la chaîne de prévention et souvent le premier responsable en cas d’accident », souligne Christophe Cierpucha, responsable de la société de formation La Route pour tous. Il doit « prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé » de ses salariés (article L. 4121 du Code du travail) et remplir un document unique d’évaluation des risques professionnels. Lors d’un accident grave, « sa responsabilité pénale est aussi engagée s’il est établi un défaut de mesures de prévention de sa part. Les condamnations peuvent atteindre cinq ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amendes », ajoute Christophe Cierpucha.

Des décès en hausse en 2011

Les accidents routiers (mission et trajet) sont en cause dans la moitié des accidents de travail mortels et l’Assurance maladie s’est alarmée de l’augmentation du nombre des décès en 2011 . Après avoir mis sous surveillance les VUL dont un quart ne franchissent pas la barrière du contrôle technique, la branche Risques Professionnels de la Caisse lance désormais une campagne sur la prévention des accidents de trajet, responsables de plus de 350 décès par an sur la route. Ce risque, qui n’est pas inclus dans le document unique, « est souvent difficile à appréhender par les petites entreprises », pointe Christophe Cierpucha. D’où la nécessité de sensibiliser l’ensemble des salariés, y compris ceux qui utilisent leur propre véhicule.

Usage du téléphone portable, mauvais entretien et pneumatiques mal gonflés, non-respect des distances de sécurité, excès de vitesse, surcharge du véhicule, etc. : les causes d’accident sont nombreuses mais derrière se profilent de mauvaises habitudes et souvent des problèmes d’organisation du travail, voire des problèmes personnels. « Nous avons suivi un collaborateur qui avait eu trois accidents au cours du même mois. C’était un jeune père de famille dont l’enfant était gravement malade », relate Alexandre Stefani, consultant formateur chez Prevactive, société de conseil et de management du risque routier.

« Entre un jeune commercial, debout à cinq heures du matin qui avale vite fait un sandwich le midi, et un visiteur médical qui a tendance à prendre ses rendez-vous depuis son véhicule, téléphone portable à la main, les profils et les risques sont différents », complète Alexandre Stefani.

L’analyse de la sinistralité et de la typologie des accidents affine le diagnostic. La fréquence des sinistres, y compris des petits accrochages, constitue un bon indicateur. « Certaines sociétés ont tendance à les banaliser, à penser que cogner un poteau, cela arrive à tout le monde. La plupart des responsables d’entreprise ne connaissent ni la fréquence ni les causes de ces accidents. Il faut mettre en place un retour systématique de l’information, une analyse et un retour d’expérience, s’entretenir avec le collaborateur après chaque incident », recommande Laurent Oger, dirigeant de Prevactive. Un conseil d’autant plus utile que 20 à 30 % des collaborateurs sont souvent à l’origine de 80 % des sinistres.

Sensibiliser les salariés au quotidien

Pour la plupart des formateurs, l’ennemi numéro un reste le stress. « Il faut prendre le temps de s’arrêter au stop, rouler tranquille. Le temps perdu ne se rattrape pas en accélérant », insiste François Martinez, de Marko Ecomobilité. Et le second, la fatigue : il faut s’arrêter dès les premiers signes : « Quand on commence à bâiller, c’est souvent trop tard. Le conducteur est déjà victime de micro-endormissements », note Christophe Cierpucha, de La Route pour tous.

Le mot d’ordre est à la sensibilisation qui passe par une communication régulière sur la conduite et l’utilisation du véhicule. « Il ne suffit pas de donner les clés d’un véhicule disposant des bons équipements. Il faut apprendre à s’en servir. Mal employé, le régulateur de vitesse peut ainsi devenir dangereux. D’autres conducteurs sont trop en confiance et pensent que l’ABS leur permettra de raccourcir la distance de freinage. Mais l’ABS ou les ESP ne sont pas des baguettes magiques », avertit Laurent Oger.

Parmi les bons conseils : vérifier la répartition des charges, traquer les chargements inutiles – 45 kg, c’est 2 % de consommation en plus ! –, contrôler l’éclairage et la propreté extérieure du véhicule pour une meilleure visibilité, le niveau d’huile et la pression des pneus. « Un chauffeur sur deux roule avec des pneus sous-gonflés. Cela peut entraîner un surcroît de consommation de l’ordre de 2 à 5 % et c’est accidentogène », poursuit Frédéric Lowe pour EMCO2 Solution.

Les recettes ? Elles passent par un ensemble de procédures : « L’insertion d’un code de bonnes pratiques au volant dans le contrat de travail et le règlement de l’entreprise, une mise en valeur de ces principes lors de l’intégration du salarié, un suivi de la sinistralité », liste Frédéric Lowe. Mais aussi par une sensibilisation régulière : messages de prévention dans les newsletters ou dans les e-mails des collaborateurs, réunions, challenges sécurité, etc.

Formation : de plus en plus d’adeptes

Les canaux et les astuces ne manquent pas. Certaines sociétés profitent de l’envoi des bulletins de salaire pour glisser dans l’enveloppe des messages, une fois sur l’alcool au volant, la fois suivante sur les mesures à prendre en hiver. Il suffit souvent de télécharger et d’imprimer un dépliant réalisé par l’Assurance Maladie, la préfecture ou les fédérations professionnelles.

Le recours à la formation se fait souvent indispensable, d’autant que le passage par l’auto-école est souvent un lointain souvenir et l’environnement des conducteurs a changé. Certains n’ont jamais appris à aborder les ronds-points. « Il y a aussi des risques qu’ils ne voient plus. Il faut leur redonner les bons réflexes. Au début des formations, 90 % adoptent notamment des distances d’arrêt insuffisantes », explique Carole Le Moaligou, directeur marketing de GE Capital dont la nouvelle offre, concoctée avec les Codes Rousseau, s’adapte au profil du conducteur. Le programme Safe Solutions commence par de l’e-learning.

Ensuite, pour les collaborateurs roulants ou les plus accidentogènes, le deuxième pack propose une journée sur simulateur et le troisième un coaching de deux heures à bord du véhicule du collaborateur, deux packs éligibles au 1 % formation. « Les résultats enregistrés à partir de l’e-learning aident à mieux identifier les profils et les risques et à adapter la formation sur simulateur ou à bord », avance Pascal Vanbeversluys, directeur du marché fleet de GE Capital Fleet Services.

Des pistes de réflexion pour les conducteurs

Cette formation est orientée autour de quatre axes essentiels : le partage de la route, la conscience du risque, les règles de base et quelques notions d’éco-conduite. Le conducteur prend alors mieux conscience de son environnement. « Mieux vaut anticiper que de devoir gérer une situation accidentogène », résume Pascal Vanbeversluys.

« Nous leur apprenons à cohabiter sur la route avec les piétons, les deux-roues et les autres conducteurs, à anticiper, à lever le pied de l’accélérateur dans les zones d’incertitude ou de danger, à prendre les bonnes postures, etc. Ainsi, avant l’airbag, les mains sur le volant se posaient à 10 h 10, maintenant c’est plutôt à 9 h 15 car l’ergonomie du volant a changé. Cela limite aussi les maux de dos », précise Christophe Cierpucha, de La Route pour tous. Nos disques intervertébraux sont sollicités 100 000 fois par des étirements et des compressions sur un trajet de 780 km, mieux vaut donc privilégier une position confortable !

Alexis Raillard, co-gérant de la PME nantaise Solution Recyclage, a testé la formation à l’éco-conduite chez EMCO2 et celle, plus axée sur la sécurité routière, chez Centaure : « L’éco-conduite nous apprend à utiliser les bons régimes moteur, à mieux anticiper les zones dangereuses et les virages, à gérer les imprévus, à accélérer correctement et à utiliser la coupure d’injection. Lors des formations à la sécurité routière, j’ai appris à mieux maîtriser mon véhicule, à allonger les distances de sécurité. Les deux formations sont complémentaires mais aboutissent au même résultat. On est plus responsable et respectueux sur la route, on réduit les risques de sinistres et les coûts liés à l’usage du véhicule », détaille Alexis Raillard.

Sur route, les formateurs à l’éco-conduite recourent pour la plupart à des boîtiers branchés sur le véhicule qui enregistrent les données relatives au comportement du conducteur lors d’un premier circuit-test afin d’affiner leur diagnostic. Toutes les données chiffrées (vitesse, compte-tour, accélérations et décélérations, consommation, émissions de CO2, etc.) mais aussi comportementales sont passées au crible. Après un « débriefing », le collaborateur reprend le volant pour un second parcours, ce qui permet de comparer « l’avant » et « l’après ». « À l’issue d’une formation, le conducteur ne retient que 10 % des informations », relativise Christophe Cierpucha, de La Route pour tous. D’où l’importance du suivi pour sensibiliser et motiver les collaborateurs sur le long terme. Une des solutions consiste à équiper les véhicules d’un boîtier-enregistreur comme le propose la société Marko Ecomobilité. « Nous pouvons ainsi calculer les gains de consommation sur la durée, attribuer des notes, intervenir en cas de dérapages, procéder à des piqûres de rappel, par exemple tous les trois mois, proposer des challenges, etc. Le collaborateur peut suivre ses propres performances et le dirigeant mesurer les résultats globaux », énumère François Martinez.

Des boîtiers pour un meilleur suivi

Mobigreen, Logica, Nomadic Solutions ou TomTom Business Solutions proposent tous leurs boîtiers. « Ceux-ci peuvent aussi transmettre des messages personnalisés liés à la prévention quand le véhicule est à l’arrêt », indique Christophe Cierpucha. Des piqûres de rappel souvent utiles. En plein essor dans les grandes flottes, ces outils ne sont cependant pas toujours bienvenus dans les petites entreprises.

Dans un Livre Blanc sorti en février, l’Assurance Maladie fait douze propositions en faveur d’une meilleure organisation des déplacements, du covoiturage, d’une meilleure sensibilisation des salariés, etc. « Optimiser les trajets, cela réduit l’exposition des salariés aux risques. Quand quatre personnes partagent la même voiture, cela veut dire trois véhicules en moins sur la route », note Christophe Cierpucha. Simple mais efficace !

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