Segment N1 : Tous n’y sont pas favorables

Pouvoir immatriculer un VP sans malus ni TVS avec une carte grise et la fiscalité afférente à un véhicule utilitaire semble un bon choix à faire dans les entreprises. Beaucoup de constructeurs l’ont compris ainsi, mais d’autres montrent du doigt l’incohérence de cette nouvelle mesure.

- Magazine N°156
799
Segment N1 : tous n’y sont pas favorables

On a déjà beaucoup évoqué l’homologation de véhicules dans la catégorie N1. Mais qu’en pensent les constructeurs ? Tous attendaient le début de l’année et la nouvelle loi de Finances pour voir si cette disposition européenne serait amendée et s’il y avait lieu de mettre en place une procédure d’homologation de leurs modèles dans cette nouvelle catégorie. Et de fait, la plupart des constructeurs vont proposer dans les prochaines semaines des modèles N1. Seules quelques marques font objecter que cette catégorie de véhicules va à l’encontre de la politique de réduction des émissions de CO2 puisqu’elle permet d’échapper à la fois au malus et à la TVS.

Pour Renault, une véritable gamme N1 existe déjà depuis juillet dernier et selon ce constructeur, « nous n’avons pas à juger des lois ou des directives européennes, mais à les exploiter pour le bien des consommateurs, ce qui est le but de cette directive. Il est donc normal que Renault offre à ses clients du conseil en matière de fiscalité automobile. Cette particularité est cependant limitée à un certain nombre de modèles et de motorisations et devrait rester limitée dans son nombre de ventes. Concrètement, nous sommes aujourd’hui prêts et utilisons cet avantage fiscal pour nos clients. »

Chez Opel, qui lancera une gamme réduite dans le courant de l’année, on marque toutefois un étonnement. Pour Philippe Peyrard, « la pérennité de cette loi est difficile à cerner. En fait, on veut réduire les émissions de CO2 dans les flottes d’entreprises et d’un autre côté, on donne les moyens de contourner cela. Est-ce pour se donner une bonne raison de taxer les véhicules utilitaires, si c’est la démarche, elle apparaît malsaine. Il serait bon de faire simple. » Et le directeur des ventes sociétés d’Opel note « le peu d’empressement à rentrer sur ce marché observé chez beaucoup de professionnels (loueurs), en raison du peu de visibilité autour des valeurs résiduelles de ces modèles et même face à quelques contestations de «fiscalistes» sur les avantages concédés. Il y a donc un vrai risque pour les acheteurs entre la promesse et ce qui risque de se passer. »

En attendant, de nombreux constructeurs vont, comme Opel, proposer quelques modèles N1, voire homologuer une grande part de leur gamme. Il en va ainsi de Seat qui proposera d’abord des versions N1 de l’Exeo puis de l’Altea. Chez Skoda, « c’est l’ensemble de la gamme qui est homologuée, sans surcoût par rapport aux VP ».

Plus discret, Volkswagen annonce avoir homologué le Touran N1 avant de faire de même du Touareg en mars. Mais comme l’explique VW, « nous considérons le N1 comme une opportunité que nous devons saisir, mais ce n’est pas un axe structurel de développement pour notre marque qui reste les valeurs technologiques, l’environnement etc ».

Chez le coréen Kia, on envisage également des versions N1 du Kia Soul, du nouveau petit monospace Venga ainsi que de la Cee’d en cours d’homologation. Pour ce constructeur, « sauf aménagement de la fiscalité par le gouvernement français (taxation particulière sur les VU de plus de 3 places par exemple), les véhicules N1 devraient pouvoir se tailler une large part dans les ventes société puisqu’ils permettent de bénéficier d’avantages fiscaux tout en préservant les caractéristiques d’une berline. »

Chez Citroën aussi, les «N1» arriveront progressivement. Une version existe déjà pour le C4 Picasso et le C5 Tourer, cette gamme sera étendue à la C5 berline et Grand C4 Picasso.

En revanche, Volvo marque un total désintérêt pour cette nouvelle catégorie d’homologation de ses véhicules. « Nous nous sommes bien évidemment penchés sur le sujet et avons pris la décision de ne pas suivre cette niche fiscale », explique la responsable ventes sociétés de Volvo, Nathalie Davenne. « Nous développons nos produits en phase avec les valeurs fondamentales de la marque que sont la sécurité et l’environnement. Nous préférons concentrer nos efforts et investissements dans cette voie, par exemple dans la mise en série systématique des filtres à particules sur nos moteurs diesel, plutôt que de favoriser la mise à la route de véhicules plus polluants grâce à une défiscalisation partielle. »

La marque suédoise est rejointe dans cet état d’esprit par Toyota. « Nous avons la possibilité de proposer des véhicules VUL/5 places tel que le Hilux double cabine. Cependant, n’avons pas encore pris la décision de le faire. D’une part, car nous ne souhaitons pas exposer nos clients à des redressements fiscaux que pourrait impliquer une mauvaise utilisation de ces véhicules et, d’autre part, parce que les loueurs longue durée ne souhaitent pas les proposer. » Pour la marque japonaise, « cette disposition parachutée par les homologations européennes va à l’inverse de la politique de réduction des émissions de CO2 puisqu’elle permet d’échapper à la fois au malus et à la TVS. »

Au total, le doute persiste donc mais ne décourage pas les plus optimistes des constructeurs automobiles. Au marché de trancher.

PARTAGER SUR