Une station hydrogène à Orly

Jeudi 7 décembre, Air Liquide et le groupe Aéroports de Paris ont inauguré une station d’avitaillement en hydrogène ouverte au public, pour accompagner le développement des taxis Hype.

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Taxy Hype à la station hydrogène Orly Air Liquide ADP

La station d’Orly est capable de fournir 200 kg d’hydrogène par jour, soit l’équivalent de 20 000 km – un kilo permettant de parcourir 100 km. Le coût, en revanche, n’est pas à prendre à la légère : 15 euros le kilo. « Nous nous sommes fixé comme règle de commercialiser l’hydrogène au même coût que le diesel ou l’essence pour l’utilisateur final, taxes comprises, a expliqué Benoît Potier, P-DG d’Air Liquide – l’hydrogène n’étant pour l’instant pas taxé. Notre objectif est d’arriver à 10 euros le kilo. »

Station hydrogène Orly - prix au kilo
A Orly, l’hydrogène est actuellement vendu à 15 euros le kilo.

L’implantation de la station, de génération 2, a nécessité un investissement d’environ 2 millions d’euros. La moitié a été financée par des subventions, dans le cadre du projet Hydrogène Mobilité Europe (H2ME) du partenariat européen public-privé FCH JU (Fuel Cells and Hydrogen Joint Undertaking). « Nous sommes en baisse de coût permanente, a toutefois assuré Benoît Potier, avec une réduction de facteur 4 ou 5 depuis les premières stations. Et nous pourrons certainement diviser le prix encore par deux, principalement grâce à des économies d’échelle. »

De l’hydrogène pas encore totalement propre

L’hydrogène qui alimente la station d’Orly provient notamment du site de Port-Jérôme, en Normandie. Il est considéré comme « bleu » par Air Liquide, bien qu’il reste produit à partir d’hydrocarbures, par reformage de gaz naturel.

Le groupe a en effet mis en place un dispositif de captage de CO2, basé sur sa technologie Cryocap. Le CO2 est séparé de l’hydrogène par procédé cryogénique (utilisation de basses températures), puis stocké en sous-sol ou revendu à des entreprises, comme par exemple Coca-Cola pour la carbonatation des boissons gazeuses.

« Nous voulons que d’ici 2020, au moins la moitié de l’hydrogène alimentant la station soit 100 % propre, a annoncé Benoît Potier. Les technologies existent aujourd’hui, il est juste question de les mettre en œuvre, de faire baisser leurs coûts et de les installer un peu partout. »

Station hydrogène Orly
La stations peut délivrer 200kg d’hydrogène par jour, un kilo permettant de rouler 100 km.

Accompagner le développement des taxis Hype

L’inauguration a eu lieu le jour du second anniversaire de Hype, le service de taxis hydrogène lancé en 2015 par la société du taxi électrique parisien (STEP). La société bénéficie d’un tarif contractuel à 12 euros le kilo, et les entreprises ou collectivités souhaitant investir dans des véhicules hydrogène peuvent également négocier avec Air Liquide.

Au départ uniquement composée de Hyundai, la flotte de Hype dispose depuis cet été de plusieurs Toyota Mirai. Elle comptera 75 taxis fin 2017, contre 15 à l’origine, et un appel d’offres va être lancé en 2018 pour l’intégration de 130 véhicules supplémentaires.

Toyota
Toyota Mirai, taxis Hype

« Notre objectif reste d’atteindre 600 véhicules avant fin 2020, a rappelé Mathieu Gardiès, président de la STEP. L’enjeu est de faire en sorte que tous les taxis aient la possibilité de passer au zéro émission grâce à la mobilité hydrogène. Nous espérons aussi renforcer nos liens avec les constructeurs pour les convaincre de la réalité et du potentiel des marchés que nous tentons d’adresser. »

De plus, le service sera sous peu ouvert à la réservation avec le lancement d’une application mobile, au départ uniquement pour les commandes immédiates.

Les flottes captives en ligne de mire

Pour accompagner ce développement, une nouvelle station sera ouverte d’ici peu à l’aéroport Charles de Gaulle, et une autre près du campus de Saclay aux Loges-en-Josas. La station pont de l’Alma restera ouverte jusqu’à ce qu’une station pérenne soit implantée dans le centre de Paris, d’ici deux ou trois ans.

Avec ces stations, Air Liquide vise principalement les flottes captives professionnelles de VUL, de bus ou de camions, utilisées quasiment 24 heures sur 24. Côté particuliers, « nous pensons que les petites citadines de catégorie A ne sont pas les meilleures candidates pour l’hydrogène, mais plutôt les véhicules de catégories D, E ou supérieure qui parcourent plus de kilomètres », a indiqué Benoît Potier.

Le groupe attend entre 10 et 15 millions de voitures roulant à l’hydrogène d’ici 2030 et environ 500 000 camions, selon une étude réalisée par le cabinet McKinsey pour l’Hydrogen Council. Des chiffres qui grimpent à 400 millions de voitures et 15 millions de camions en 2050.