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SUV, 4X4 : vers des flottes tout-terrain ?

SUV, 4X4 : vers des flottes tout-terrain ?

C’est un fait : les 4x4 ont pris du poids dans les flottes. Même si leur parcours est un peu chaotique et leur avenir sujet à controverses… Certains disent que le marché risque de se tasser, et d’autres, qu’il va gagner du terrain. Surtout avec l’arrivée prochaine des 4x4 Peugeot, Renault, Fiat, etc., offrant une nouvelle alternative aux collaborateurs ?

- Magazine N°122
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Pas moins de quinze membres du comité de direction de Coca Cola France roulent désormais en 4×4 de luxe : Volvo les a conquis avec son XC90. Et Fiat, qui vient tout juste de lancer le Sedici (en mai dernier), un 4×4 compact, qui, pourtant, n’est encore promu qu’auprès des particuliers, a déjà signé un contrat avec la société Bouygues…

Selon Nissan, environ 17 % des 4×4 toutes marques confondues (sans compter les modèles utilitaires) seraient vendus aux entreprises. Une part significative, « prouvant l’intérêt des sociétés pour ce type de véhicules », commente Frédéric de Jorna, directeur de Nissan Entreprises. Le franco-nippon est d’ailleurs totalement tendance, puisqu’il commercialise 17,4 % de ses 4×4 auprès des professionnels. Mais, plus on monte en gamme, et plus la part des ventes de 4×4 aux entreprises augmente. Ainsi,35 % des classes M ou R de Mercedes vont vers les flottes tout comme 32 % des Volvo XC90. Ces «tout-terrains», spacieux, luxueux, etc., grignotent ainsi le leadership des grosses berlines dans les sphères du top management. L’intérêt des sociétés pour les 4×4 suit celui du grand public, pense Frédéric de Jorna.

BMW semble partager ce point de vue. « Le X3 et le X5 représentent 28 % de nos ventes aux particuliers. Et sur l’ensemble des ventes BMW aux entreprises, ces véhicules représentent aussi 28 % du total. La pénétration de ces deux modèles est donc identique sur les deux marchés », conclut Frédéric Stik, responsable du département des ventes spéciales de BMW France.

Chez les loueurs longue durée, la tendance paraît moins évidente. Dans le parc d’ALD Automotive (125 000 véhicules en LLD) par exemple, les 4×4 ne représentent que 2,8 % de la flotte. Soit environ la moitié de leur pénétration sur le marché des véhicules particuliers. En effet, d’après Toyota,120 537 SUV (ou sports utility vehicles, terme désignant pour l’importateur l’ensemble des catégories de 4×4) ont été vendus en 2005, ce qui, sur un marché d’un peu plus de deux millions de VP, représente 5,8 %. Prudence cependant, explique Eric Trelet, le directeur commercial d’ALD : « notre flotte compte beaucoup d’utilitaires ». Des véhicules qu’il faudrait donc retrancher pour une comparaison plus juste.

Mais chez GE Fleet Services, dont le parc (75 000 véhicules en LLD) compte environ 20 % de VU, les 4×4 ont représenté 1 % des commandes sur les 12 derniers mois… En somme, pas grand-chose. A ceci près, précise Arnaud Muller, directeur marketing du loueur, qu’il y a un an et demi : « nous louions deux fois moins de 4×4 ! Ce qui veut dire que leur succès croissant auprès des particuliers se ressent aussi chez nous. »

Quatre fois plus de 4×4 !

En 1996, la part de marché des 4×4 sur l’ensemble des ventes VP était, selon Toyota, de 1,3 %. Elle a donc été multipliée par plus de quatre en moins de dix ans ! Quant à la proportion de tout-terrains dans l’ensemble de l’Europe occidentale, elle serait, d’après Eurotaxglass’s, encore plus forte qu’en France, à 7,5 %. Certains pays dépasseraient même la barre des 10 %, à l’instar de la Suède (12,9 %), l’Autriche (12,5 %), la Grèce (10,9 %) et le Luxembourg (10,1 %).

« Hier, on parlait d’un marché de niche à propos du 4×4, se souviennent Olivier Garat et Stéphane Boutier, respectivement directeur des ventes sociétés, et, responsable marketing produits chez Mercedes France. Aujourd’hui, on ne peut plus du tout dire cela !» Et s’il y a quelques années, on réfléchissait pour compter les marques avec un 4×4 dans leur offre, c’est désormais l’inverse. D’autant que tous les grands constructeurs occidentaux, qui n’étaient pas encore sur le segment -ou partiellement-, tels Opel ou Renault, lancent ou s’apprêtent à lancer des tout-terrains ! « En 2001, nous étions seuls sur le créneau des 4×4 Premium avec le BMW X5. Maintenant, l’offre est pléthorique ! », note Frédéric Stik.

Pourquoi un tel engouement ? Parmi les explications essentielles, il y a bien sûr le look de ces véhicules, explique Nathalie Davenne, responsable des ventes sociétés chez Volvo France : différent, décalé par rapport à la norme, etc. Mais, la sobriété des modèles de l’importateur montre que c’est loin d’être la seule raison. Les 4×4 ouvriraient surtout une troisième voie entre la berline et le monospace. « Auparavant, les automobilistes avait le choix entre l’esthétique ou la modularité. Les SUV sont arrivés et conjuguent désormais les deux ! Leur clientèle est essentiellement celle des berlines, des breaks ou des monospaces », précisent Olivier Garat et Stéphane Boutier. Et la mode serait moins un moteur d’achat : le concept du 4×4 est désormais inscrit dans le marché, poursuivent- ils. Avec leurs enfants, leurs accessoires de loisirs (vélos, surfs, etc.), les familles aiment les véhicules spacieux, permettant d’attacher le petit dernier à son siège bébé sans se tordre le cou, etc. En outre, un 4×4 suggère de sortir des sentiers battus et d’aller là où l’on n’aurait pas eu l’idée de se rendre sans lui. « C’est un vecteur de loisirs, pratique, confortable et sûr. Même si un 4×4 n’est utilisé que 15 jours par an à la campagne, la mer ou la montagne, et, le reste du temps en ville, son propriétaire aime savoir qu’il offrira des possibilités que n’autorise pas une berline », estime Frédéric Stik.

Cependant, les ventes de SUV au 1er semestre 2006 ont accusé un léger recul : la pénétration de ce segment est tombée, selon Toyota, à 5,3 % du marché VP total, soit – 5,7 % par rapport aux résultats des 6 premiers mois 2005. Les ventes de 4×4 baissent donc plus que celles du marché VP dans son ensemble (- 1,6 %), alors que l’an passé le schéma était inverse. Les tout-terrains caracolaient à + 14,7 %, tandis que le marché global n’enregistrait que + 2,7 % de hausse par rapport à 2004. L’effet séduction des 4×4 commencerait- il à s’émousser ?

Le calme avant un nouveau décollage ?

Pour Olivier Garat et Stéphane Boutier, ce petit reflux n’est pas une vraie tendance et s’explique surtout par le peu de nouveaux modèles lancés au cours du premier semestre. Alors qu’entre 2000 et 2005, les sorties se sont succédées à vitesse grand V. Un peu de patience jusqu’en 2007 et l’on verra ce qu’on verra…

Bien des constructeurs sont en effet dans les starting-blocks pour renouveler leur gamme et les marques généralistes leaders, telles Peugeot ou Citroën, vont lâcher leurs rejetons tout-terrain sur les routes. Les nouveautés ont un impact très important sur ce marché et en particulier sur le segment du luxe, constate Cédric Journel, chef du département ventes aux entreprises du Groupe Volkswagen France. « Car la clientèle disposant de moyens pour se faire plaisir avec un véhicule différent est toujours à l’affut des derniers modèles. Je pense que les 4×4 vont encore grignoter un peu du gâteau ». Mais ces progressions dépendront aussi de l’évolution économique, du prix des carburants et des politiques urbaines vis-à-vis de l’automobile. En clair, tout cela risque de ne guère favoriser un essor fulgurant du marché, poursuit-il. « Et pour moi, le 4×4 restera un segment plutôt haut de gamme, qui ne devrait pas se développer sensiblement plus qu’aujourd’hui ».

Selon Frédéric de Jorna, le repli enregistré au 1er semestre 2006, est aussi la conséquence de l’influence du «lobby» contre les 4×4 (trop gros en ville), de la lutte contre la pollution et de l’instauration des nouvelles règles en matière de TVS… « Ces facteurs ont fait réfléchir la clientèle. Mais je pense que le marché va s’adapter et probablement continuer à se développer avec des produits plus compacts, moins chers à l’achat et en terme de taxes, dotés de moteurs de moindres cylindrées ».

On en n’est toutefois pas encore là dans les flottes… Sur l’ensemble des 4×4 loués par GE Fleet,80 % sont des haut de gamme destinés à des cadres dirigeants ou au PDG ! « Il s’agit de véhicules statutaires », précise Arnaud Muller. Et on les voit plus dans les petites entreprises que dans les grandes. C’est-à-dire : là où le dirigeant a toute latitude pour s’offrir un modèle de luxe, loin des cars policies, des exigences des actionnaires, etc. Le patron d’une grande société, lui, doit tenir compte de ces contraintes, mais aussi du symbole que représente son auto ou celles de l’état-major, pour éviter les jalousies internes, les précédents, etc. , poursuit Arnaud Muller.

En effet, si les numéros deux ou trois de l’entreprise sont dotés d’un beau 4×4, pourquoi le numéro quatre n’en aurait-il pas un ? Et pourquoi pas, également, les commerciaux qui ramènent le chiffre d’affaires ? Et puis, estime Cédric Journel, « vous ne pouvez pas demander aux collaborateurs de faire sans cesse des économies et rouler vous-même en gros 4×4. C’est aussi pour cela que je suis un peu sceptique quant à l’avenir de ce segment dans les flottes : les progressions seront sans doute modestes ».

Quel vecteur d’image pour l’entreprise ?

Reste aussi le problème de l’image qu’un 4×4 donne de la société à l’extérieur. La plupart des entreprises mettent aujourd’hui un point d’honneur à privilégier le développement durable et à respecter l’environnement. Et, dans ce domaine, les SUV ne sont pas toujours très porteurs ! « Certains dirigeants prêtent attention à ce point et d’autres non, estime Eric Trelet. Mais, paradoxalement, lorsqu’une flotte décide de se passer de tout-terrains, elle peut par ailleurs garder de grosses berlines à 4 roues motrices plus… politiquement correctes ».

En tout cas, pour ALD Automotive, la demande en 4×4 a baissée avec la forte médiatisation autour du développement durable, la signature des accords de Kyoto, etc. Après un pic en 2004 où leur part a grimpé jusqu’à 3,4 % de la flotte, une redescente a eu lieu, explique Eric Trelet. Et bien sûr, l’instauration de la TVS, particulièrement élevée sur les gros 4×4, a aussi joué. « Pour une question de coûts, mais aussi d’image, certaines sociétés ont retiré les tout-terrains de leurs car-policies », ajoute Arnaud Muller.

Des préventions qui seraient à la fois rationnelles et irra- tionnelles… Car Olivier Garat et Stéphane Boutier affirment qu’un 4×4 ne pollue pas plus, voire moins qu’une berline dans certains cas. Ainsi, quand en cycle mixte (urbain, extra urbain et autoroutier) une Classe E 6 cylindres consomme 9,6 l/100 km, une Classe M 280 CDI brûle 9,4 litres, précisent- ils. En réalité, « les 4×4 qui dérangent sont ceux conduits de manière arrogante, qui ont tendance à vouloir pousser tout le monde. Lorsque ce n’est pas le cas, on accepte mieux ces véhicules. Le problème est plus d’ordre psychologique qu’écologique », concluent-ils. Et si l’on compare un 4×4 à un gros monospace, indique Frédéric Stik, le tout-terrain émet souvent moins de CO2 : « il faut remettre l’église au milieu du village ! Quant à la TVS, elle n’est, par conséquent, pas plus élevée que sur d’autres véhicules ».

Ils auront tous leur 4×4…

En très haut de gamme, les sociétés ne tiennent guère compte de la TVS, note aussi Frédéric de Jorna. Mais lorsque l’on change de niveau, elle devient en revanche un élément plus important, pouvant pousser les entreprises vers « de plus petits 4×4, sans affecter le segment du luxe. Et l’offre plus dense à venir sur ce segment pourrait aussi inciter à doter de tout-terrains des collaborateurs qui n’y avaient pas accès jusqu’alors. Ils deviendraient alors une alternative et remplaceraient certaines berlines compactes. Ce qui serait favorable aux ventes de 4×4 dans les flottes », espère-t-il. De petits tout-terrains, moins encombrants et plus écologiques, pourraient aussi changer l’image de ces véhicules. « Si la perception négative que l’on peut en avoir change et si l’on met plus l’accent sur leurs performances en terme de sécurité par exemple, les flottes se laisseront peut-être davantage tenter », déclare Eric Trelet chez ALD Automotive.

En observant les ventes de la Panda 4×4, on peut penser qu’Eric Trelet voit juste… En effet, ce très petit tout-terrain est vendu à 50 % auprès de professionnels ! Surtout des commerçants, des PME et des collectivités locales, précise Christophe Decultot, directeur de la marque Fiat. « Et je pense que le Sedici, qui ne mesure que 4,20 m et coûte de 18 000 à 22 000 € devrait aussi séduire les flottes. »

Prometteur pour les nouveaux modèles que s’apprêtent à lancer les autres marques généralistes occidentales ? Chez Opel, on ne dit pas encore si l’Antara (crossover 5 places dévoilé au Mondial) qui sera commercialisé début 2007, fera l’objet d’une politique flottes… Mais le constructeur a pris la ferme décision de revenir sur le marché du SUV et de valoriser son savoir faire américain.

Côté Ford, on propose déjà le Ranger, un pick-up vendu à près de 800 unités par an en France et à environ 400 dans les DOM-TOM. Cela étant, précise la marque, il ne s’agit guère d’un véhicule de flottes. Il est plutôt destiné aux artisans ou aux travailleurs indépendants utilisant professionnellement ses capacités tout-terrain. En revanche, il pourrait en être autrement du futur 4×4 Ford, qui ne sera pas lancé avant un an, et sur lequel le constructeur ne veut pas encore communiquer. On observe la même réserve chez Renault, qui sortira son 4×4 de fabrication Renault/Samsung Motors en 2007, sous sa propre marque en Europe et sous le nom de Renault Samsung Motors ailleurs.

Enfin, les marques du groupe PSA, Peugeot et Citroën, auront aussi toutes deux leur 4×4, au début du 2nd semestre 2007. La présentation de ces nouveaux modèles (5 places, plus 2 sièges d’appoint escamotables) aura lieu au salon de Genève en mars prochain, à l’instar du dernier né de Mitsubishi, avec qui PSA a conçu ses tout-terrains. « Si nous avions fait cavalier seul, l’investissement aurait été très lourd », précise t’on chez PSA. « Nous souhaitions un partenariat pour aborder ce marché qui progresse fort et nous positionner efficacement avec un 4×4 propre, qui pourra tout à fait s’intégrer dans les flottes. » La stratégie du constructeur est donc claire. Et avant le lancement d’une version essence, c’est le diesel qui aura la primeur !

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