Table ronde Flottes Automobiles 2015 : l’innovation en partage

Table ronde Flottes Automobiles 2015 : l’innovation en partage

Une centaine de responsables de flotte se sont réunis le 25 juin à l’Automobile Club de France autour du thème de l’innovation. Une conférence organisée en partenariat avec ALD Automotive, Michelin et TomTom Telematics, et avec la participation du CEA de Grenoble, de Danone et Véhiposte, trois entreprises venues partager leurs retours d’expérience.

- Magazine N°211
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Table ronde Flottes Automobiles 2015 : l’innovation en partage

Quel sera l’usage du véhicule d’entreprise dans le futur ? Premier défi, s’adapter aux nouvelles pratiques des salariés en développant notamment des modes alternatifs de déplacement et de fonctionnement, comme l’autopartage ou le crédit mobilité.

C’est le cas au sein du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) de Grenoble. Pour ses 120 véhicules (69 électriques, 7 essence, 40 VU diesel, 2 GNV et 3 hybrides), le CEA a fait le choix « d’une mise en pool totale ou presque de la flotte », a rappelé Bruno Renard, chef du service vie du centre, responsable du plan de déplacement d’entreprise. Un PDE a été établi qui joue sur les trois types de trajets du salarié : domicile-travail, in situ et professionnel.

Apporter une réponse aux besoins de mobilité des conducteurs

Devenue « partagée », la voiture est désormais gérée dans la globalité des déplacements. « Nous avons été obligés de déployer tout ce qu’il était possible pour apporter une réponse adaptée au quotidien de nos salariés », a justifié Bruno Renard. Cinq offres d’autopartage ont donc été lancées ainsi qu’une offre de covoiturage car dans ce domaine, « il faut saturer l’offre ». Et le résultat est là : « Le taux d’usage des véhicules atteint aujourd’hui sa limite », s’est félicité le représentant de l’organisme public.

Danone, à la tête d’une flotte de 1 500 véhicules, a pour sa part fait le choix du crédit mobilité avec le plan Mobilities. Partant du constat que « l’attractivité du véhicule de fonction n’est plus ce qu’elle était », a souligné Manuel Martins, directeur adjoint environnement de travail France.

Le concept de Danone repose sur deux formules : la première fournit une enveloppe appelée crédit mobilité et une petite citadine aux collaborateurs ; la seconde propose un véhicule en autopartage (électrique et thermique) et un crédit mobilité « mais cette fois plus important pour conserver le principe de l’équivalence en coût avec le véhicule précédent », a ajouté Manuel Martins.

« Lors des renouvellements des véhicules, 20 % des collaborateurs choisissent cette offre », s’est réjoui Manuel Martins, avant de préciser qu’aucun souscripteur n’était revenu en arrière. Avec un ratio d’un véhicule en autopartage pour remplacer trois véhicules de société, le coût est moins élevé pour Danone, avec une qualité perçue supérieure pour les salariés. Autre point fort de cette solution : la possibilité pour les salariés non éligibles à la voiture de fonction de bénéficier de ce pool en autopartage.

Les motorisations vertueuses, le véritable enjeu ?

Si les offres alternatives de déplacement s’imposent désormais dans les entreprises, le choix des motorisations n’en demeure pas moins central. Pour Véhiposte et sa flotte de 64 200 véhicules, l’électrification s’est imposée avec 6 500 modèles électriques dont 5 000 Kangoo Z.E. L’entreprise a aussi introduit le GNV pour les véhicules de 10-15 m3 et plus, « l’offre électrique ne répondant pas à notre cahier des charges », a précisé Patrick Grondin, directeur de l’exploitation et des ventes de véhicules d’occasion.

Pour justifier ce recours à l’électrique, Patrick Grondin a avancé le fait que « sur un certain nombre de véhicules, dont ceux des grands constructeurs, il n’y a pas de différence de TCO avec un véhicule thermique. » Reste un problème et de taille : l’autonomie. « Il n’y aura pas de rupture fondamentale au niveau des caractéristiques de la batterie avant 2025-2030, a anticipé Dominique Herrier, directeur adjoint IFP Énergies nouvelles – Centre de résultats transports. Au mieux, a-t-il annoncé, l’autonomie pourrait doubler à cette date. »

La fiscalité se situe aussi au centre de cette transition technologique. « Cet élément se veut même dimensionnant des flottes. La montée des usages soutiendra également la diffusion des motorisations alternatives alors que le véhicule électrique reste encore largement sous-employé », a explicité Virginie Boutueil, chercheuse à l’École des Ponts Paris Tech, Laboratoire Ville Mobilité.

Véhicule électrique ou véhicule hybride rechargeable ?

Un constat complété par Dominique Herrier : « Pour les constructeurs, l’enjeu des 95 g de CO2 à atteindre en 2020 amène ce développement de nouvelles technologies. » Si le véhicule électrique fait figure de solution, les moteurs thermiques ne sont pas oubliés, avec l’emploi systématique du downsizing et de l’électrification. Les hybrides et surtout les hybrides rechargeables sont là pour le confirmer. « Ce dernier moteur présente l’avantage du tout électrique sur une petite distance pour, par exemple, circuler en ville », a pointé Dominique Herrier.

Directement liée aux nouvelles formes de mobilité, la connectivité occupera aussi une place prépondérante dans l’avenir du véhicule d’entreprise. Pour Fabrice Denoual, directeur de la stratégie et du développement d’ALD Automotive France, les véhicules connectés se positionnent au cœur de plusieurs thématiques de gestion : « La maintenance prédictive et l’entretien, la gestion du TCO, de la sinistralité et de l’assurance, et enfin l’apport de services aux conducteurs », a-t-il énuméré.

Si le principe du « cloud » a résolu la question du stockage des données, « le problème de leur gestion entre les différentes marques dans une même flotte reste posé », a poursuivi Fabrice Denoual. Tout en notant que la télématique embarquée permettra un benchmark plus précis dans le choix du véhicule.

Chez Véhiposte, tous les modèles électriques sont équipés d’un boîtier télématique. Pour Patrick Grondin, « les constructeurs ont bien compris que la voiture connectée serait l’avenir… et ces derniers s’en serviront pour rapatrier l’après-vente dans leurs réseaux. »

Le véhicule connecté : un enjeu bien réel

Patrick Grondin met aussi en avant le problème de l’homogénéité des données récupérées : « Entre les solutions des constructeurs, les boîtiers adaptables, il existe une vraie faiblesse, a-t-il pointé, celle de l’hétérogénéité des données en fonction des systèmes, avec de vrais écarts entre autres dus au fait que certaines données sont estimées et non vérifiées. »

Danone fait aussi partie de ceux qui testent déjà la connectivité embarquée. L’entreprise a déployé un test sur 80 véhicules « mais sans géolocalisation, les salariés n’étant pas franchement pour, a relaté Manuel Martins. Il s’agit là de faire en sorte que le conducteur ait une conduite plus sûre plus souple et plus écologique. »

Mais reste aussi la question de l’emploi des informations remontées. « Nous en sommes au démarrage mais à terme, il nous faudra travailler avec tous les acteurs pour trouver une réelle utilisation à ces données », a commenté Manuel Martins. Qui espère en tirer 15 % d’économie sur le carburant. Sans pour autant pouvoir encore préciser le gain apporté par la connectivité sur le TCO.

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